LE DINER
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0 puissance merveilleuse de l'or !.... que de miracles inopinés ! que de changemens magiques opérés à notre apogée de civlisation , par cet or que Salomon , le roi sage , vouait à l'ornement de la maison du Seigneur, que Napoléon entassait dans ses caves , et
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dont l'élu de juillet fait ce que vous savez ! A notre époque , où tout est marchandise , honneur, gloire, amour de femme, conscience de juge, voix de député, l'or, c'est le talisman invincible, c'est la baguette des fées, c'est l'épée d'Alexandre qui tranche le nœud gordien!
Grâce à un peu d'or, Jules, tout à l'heure au désespoir, est rayonnant de joie ; grâce à un peu d'or, le pauvre étudiant à l'accoutrement provincial... va soudain être métamorphosé en fashionable !
Jules, sous la direction de Henri, a fait ses emplettes chez les fournisseurs à la mode; il vient de rentrer chez lui; le costume complet est là , et le jeune homme se hâte de procéder à sa toilette, aidé de son précieux ami.
Voilà qui est bien, mon cher !... Le pantalon est parfait; genou serré, la botte emboîtée.... Tassons à la cravate.... Que diable iàis-tu là, Jules? Tu as l'air d'avoir au cou le
nœud do souliers do Louis XIV.... Donnemoi cela Un nœud plal bien Chacun des coins passés sous une bretelle
c'est cela.... Mais lu n'as pas de poignets empesés , il n'y a pas moyen de s'en passer. . . . J'avais oublié de te les recommander... Les poignets sont de rigueur, comme autrefois
les manchettes Te crois-tu plus fort que
Bu(Ton,qui ne pouvait rien faire de bon sans manchettes?... 11 faut envoyer chercher sur-lechamp cet article indispensable. . . Le gilet s'ouvre bien , il laisse deviner une large poitrine , et cla a son prix aux yeux d'une femme qui saitvivre... Allons l'habit vertrusse... Le chapeau... Les gants paille... L'ensemble est très satisfaisant!... Maintenant de l'aplomb, de la verve , un regard lancé à propos , un soupir bien placé, quelques mots spirituels, deux ou trois réticences heureuses, et la victoire est assurées
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Jules se regarde avec complaisance dans sa petite glace de dix-huit pouces; il est enchanté de lui-môme.
Si madame de Chenevière m'a remarqué avec ma tenue d'étudiant, se dit-il, que serace donc maintenant!... Oh! Henri, mon ami, mon excellent ami, que ne te devrai-je pas! — Bien, bien! nous compteronsplus tard. Ah ça! ne va pas faire de balourdiseà table: déploie hardiment ta serviette, rompis ton [pain; et ne t'avise pas de demander d'un mets, ni de dire merci au domestique qui te servira, comme si tu dînais chez Flicoteaux... llest cinq
heures et demie; le cabriolet t'attend
adieu bonne chance...
Vers six heures, on annonce Jules dans le salon de madame Chenevière.
Mon cousin, s'écrie une petite voix connue du jeune homme. La marquise, qui causait avec Louise, tandis que monsieur de Chenc-
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vièfC terminait ses comptes avec le notaire, se tourna vivement vers la jeune fille, qui rougit bien tort de l'exclamation de joie qui lui était échappée. Jules était interdit; il allait peut-être manquer aux recommandations de son ami. Heureusement, à peine avait-il salué, que le marquis et M. Delatour parurent, et cet incident n'eût point de suite.
Les autres convives arrivèrent successivement: ce fut d'abord M. Durosnel, médecinde madame de Chenevière, docteur à la mode, qui avait tout ce qu'il faut pour réussir : une calèche , quelque science , quelque talent , mais surtout de la grâce, de l'esprit , de l'amenilé, et une discussion à toute épreuve. Avec lui, point d'appareil terrible, pointdefastedans les ordonnances , point de solennité dans les traitemens; lorsqu'il entrait chez un malade, c'était toujours avec le sourire sur les lèvres, avec une anecdote à raconter; la dernière
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chose dont-il parlait, c'était la maladie, et cela par un calcul d'intelligence supérieure; d'abord il voulait, par cette apparente négligence du véritable objet de sa visite, prouverait malade que son état ne devait lui donner aucune inquiétude , puisqu'il n'en donnait pas au médecin ; puis il observait pendant la causerie , sans avoir l'air d'y faire attention , les traits, le pouls, les agitations nerveuses ou fibrilles ; enfin, quand il allait sortir, il s'informait de la maladie comme d'une chose peu importante, et laîssaitense retirant, quelques conseils, et surtout du calme, de l'espérance, trésor si précieux pour un malade. Il avait fait une étude particulière du cœur delà femme, sachant que l'on arrive à tout par ce chemin; sa perspicacité le servait admirablement; il était impossible de faire naître ou disparaître une indisposition plus à propos : aussi madame de Chenevière en faisait-elle le plus grand cas;