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du jurv, où 1 orateur demande le retour à la loi d'août 1848; — sur la fermeture de l'École de médecine, où il se constitue ravocat des étudiants ; — sur le rôle de la justice impériale, à propos du complot plus ou moins inventé parle préfet de police Pietri ; — sur les mesures prises à l'égard de militaires qui avaient voté non lors du plébiscite; — sur l'Algérie, pour laquelle Jules Ferry réclamait la fin de l'autocratie militaire, l'abolition du régime des décrets, une organisation municipale et départementale, le droit d'être représentée au parlement métropolitain; — sur le chemin de fer de Saint- Gothard, qu'il jugeait, avec trop de raison, menaçant pour les intérêts stratégiques et économiques de la France.
Jules Ferry, dans ce Corps législatif qui n'était plus muet comme autrefois — mais qui avait peine à se sentir indépendant — se révélait très laborieux, très militant, d'humeur volontiers balailleuse, enclin à provoquer et à braver les orages parlementaires.
En outre, il était assidu aux réunions des gauches qui se tenaient alors rue de la Sourdière : « On y discutait toutes les lois importantes, on rédigeait des amendements, on assignait à chacun son rôle. Ferry, qui était fait pour le commandement, comme il l'a montré plus tard, ne semblait être alors qu'un auxiliaire utile; mais son influence grandissait de jour en jour. Elle était immense au dehors. J'eus l'occasion de m'en convaincre dans un voyage que nous fimes à Villefranche et Decazeville pour étudier sur place les tragiques événements de la grève (I). »
Comme si la tribune enfin relevée et toute cette activité politique ne suffisaient [)as à son ardeur, Jules Ferry allait parler dans des réunions publiques : le 10 avril 1870, à la salle Molière, il prononçait le discours relatif à VÉgalitc (f éducation, sur lequel nous aurons occasion de revenir (2).
Ouand éclata la guerre avec la Prusse, Jules Ferry com-
(1, JiLK.H MM'.n, Mon l'rttt Journal, «lan» le Temps ilu 20 mars 1893. (J) Voir ri <l< iiii» .mx chapitres /'enseignement primaire et F.nscijncment secondaire (éducation des filles).
battit au Corps législatif, le 19 juillet, un projet du ministère tendant à assurer le secret des opérations militaires, mais que l'opposition jugeait dangereux à cause des pouvoirs arbitraires qu'il conférait au gouvernement en matière de presse. L'orateur s'écriait : « La publicité, permettez-moi de vous le dire, « c'est d'abord un droit. Ceux, celles qui ont leurs fils, leurs « époux à la bataille ont le droit de savoir comment les opé- « rations sont conduites, de les connaître et de les critiquer. . . « Non seulement la publicité est un droit pour tous, mais c'est « une force, sachez-le bien, car elle seule peut tenir en comte munion perpétuelle d'idée l'armée qui combat et le pays H qui est derrière elle. » Les arguments présentés par Jules Fepry avaient leur valeur; il n'en reste pas moins nécessaire d'assurer, à tout prix, le secret des opérations militaires, et de l'assurer, même à l'égard des nationaux si l'on veut qu'il ait chance de rester un secret pour l'ennemi. L'expérience de la guerre franco-allemande allait, plus d'une fois, nous en apporter la démonstration.
La journée du 9 août, trois jours après le désastre de Reichshoffen, fut, au Palais-Bourbon, particulièrement agitée. Au dehors, la foule essayait d'escalader les grilles; un moment, le petit jardin donnant sur le quai se trouva envahi par des exaltés; Jules Ferry fut parmi les députés qui vinrent les haranguer et les décider à se retirer. Dans la salle des séances, les explications d'Emile Ollivier recevaient, même dans la majorité, un accueil glacial. Ce furent des membres de celle-ci qui signèrent une adresse tendant au remplacement du cabinet par un ministère que présiderait le général Trochu. Puis les propositions de loi se succédèrent. Jules Favre demanda l'armement des gardes nationales et la formation d'un comité exécutif de quinze membres. Pour cette dernière proposition, il recueillit 53 voix; la majorité se réservait : « Vous y viendrez! » lur criait Gambetta. « Et il sera trop tard ! " ajoutait Jules Favre. Puis un ordre du jour de défiance, accepté même par le centre et la droite, mit fin à l'existence du cabinet Ollivier.
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Le lendemain, 10 août, était constitué le ministère Palikao. Ce même jour, Estancelin déposa une motion que signèrent Jules Ferry et 74 autres députés, portant que pour la Chambre, « tant que l'ennemi sera sur le sol de la France, c'est un devoir patriotique de rester en permanence » . L'urgence ne fut repoussée que par 117 voix contre 117. Jules Ferry prit ensuite la parole pour interpeller le gouvernement sur l'usage qu'il comptait faire de l'état de siège imposé à Paris parle précédent cabinet; ou plutôt, pour protester énergiquement contre une telle mesure. Il exaltait cette foule parisienne « qu'anime à cette heure une seule pensée, un seul délire, le délire du patriotisme » . Il ajoutait, avec un optimisme qui était peut-être justifié ce jour-là, mais auquel l'expérience devait apporter plus d'une atténuation :
« Je vous l'atteste sur mon honneur et sur ma conscience, « cette population de Paris, que je connais mieux que vous, o n'a qu'un cri et qu'un voeu : des armes! Des armes pour o repousser l'étranger! Si donc Paris n'est pas en insurrec- * tion, je demande à quoi sert l'état de siège? A quoi servent a ces régiments qui seraient beaucoup mieux à la frontière? « Eh quoi! messieurs, l'ennemi a repoussé une de nos a armées, et vous gardez ici vingt-cinq mille hommes pour tt servir vos fausses et folles terreurs! Eh bien! laissez-moi le a dire, ce sont là des terreurs qui ressemblent à une trahison « envers la patrie! » Le Corps législatif vota Tordre du jour pur et simple.
Les derniers discours de Jules Ferry au Corps législatif portèrent sur la prorogation des effets de commerce, d'un intérêt de premier ordre pour les Parisiens, et sur les modifications que réclamait la loi militaire. Pour celle-ci, sa proposition tendait à supprimer les exonérations accordées à certaines catégories de conscrits. Emmanuel Arago n'avait parlé que des séminaristes, — car il y avait, à gauche, un certain nombre de députés à qui nul danger du pays ne pouvait faire oublier leur manie anticléricale. Jules Ferry, avec un sens plus pratique et un patriotisme plus éclairé, étendait la dispo^
sition nouvelle à toutes les catégories de dispensés (élèves de l'École polytechnique, membres de renseignement, grands prix de l'Université ou de l'Institut, etc.). Le Corps législatif vota l'urgence : c'était la première fois qu'il accordait une telle faveur à des opposants (14 août).
11 s'en tint là. Dans le projet de loi militaire, la proposition Jules Ferry ne fut pas adoptée : d'une part, les membres du clergé gardèrent leur immunité antérieure ; d'autre part, les autres jeunes gens que Jules Ferry proposait d'incorporer dans l'armée active furent simplement versés dans la garde mobile.
Le 25 août, on discuta une autre proposition de Jules Ferry, demandant que, pendant la durée de la guerre, fût suspendue l'application des articles 1 à 14 de la loi du 2A mai 183*4 sur la fabrication des armes de guerre. Voici la péroraison de son discours : « Si on hésite à rendre libre la fabrication des armes de guerre, c'est que l'on craint que les armes ne tombent entre les mains des ennemis du gouvernement. Que l'on dise cela, et que l'on sache enfin que, s'il y a quelque chose qui paralyse en ce moment la défense nationale, c'est rintérét dynastique! » Un avenir prochain allait montrer que ce n'était pas la dynastie seule qui avait à se garder contre certains dangers.
De tous les votes émis par Jules Ferry au Corps législatif pendant la période si critique qui s'étend du miheu de juillet aux premiers désastres, il en est un qu'il importe surtout de relever. Le 15 juillet 1870, le gouvernement impérial avait demandé un crédit supplémentaire de 50 millions pour le ministère de la guerre et un autre de 30 millions pour le ministère de la marine, crédits dont l'adoption équivalait presque à une déclaration de guerre contre l'Allemagne (cette déclaration fut remise à Berlin par la France le 19 juillet). Jules Ferry fut au nombre des républicains qui votèrent les crédits (1).
(1) Sur le crédit de 50 millions, les membres de l'opposition se partagèrent. Dix républicains votèrent contre : Emmanuel Arago, Desseaux, Esquirol, Jules Favre, Gagneur, Garnier-Pagès, Glais-Bizoin, Jules Grévy, Edouard Ordinaire, Eugène Pelletan. Parmi les abstentionnistes, on relève les noms
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Il était un de ces démocrates qui désapprouvaient la ,uerre, la prévoyaient désastreuse et en faisaient à l'Empire m crime inexpiable; mais, après avoir tout fait pour détourner la catastrophe, Jules Ferry avait trop le sentiment français pour ne pas placer au-dessus de toute autre considération l'intérêt de la défense nationale. Il n'en haïssait que davantage le pouvoir personnel ; mais il ne croyait pas pouvoir lui refuser les ressources indispensables à cette défense, se réservant, si l'occasion s'en présentait, de les confier à d'autres nains. D'autre part, il n'était pas homme à chercher, en des irconstances si critiques, par le refus de crédits qu'il savait devoir être votés à une énorme majorité, le bénéfice d'une trop facile popularité.
C'est à ce moment que s'accuse nettement une scission, tout lu moins une séparation entre les républicains attardés dans les idées d'humanitarisme naïf, d'antimilitarisme aveugle, de lésarmement candide devant l'Europe armée jusqu'aux dents, omme les Gagneur et les Glais-Bizoin, et ceux qui, sous 1 aiguillon de l'épreuve, comprirent que la France, même ♦ publicaine, surtout républicaine, a le devoir de garder son iidividualité nationale, de maintenir son rang de grande puisince, d'organiser toutes les forces nécessaires à la défense de a frontière, à la protection de son commerce, à sa légitime xpansion dans le monde. C'est le premier pas que firent ces lairvoyants patriotes pour s'éloigner de l'utopie antimilitaiste que semblait consacrer le a programme de 18G9» . Gaml»ctta et Jules Ferry entraînèrent à leur suite une fraction de .lus en plus compacte du parti républicain; ils rendirent à elui-ci l'immense service de le détourner des rêveries internalonalistes et de le constituer eo un parti vraiment national; Is rarrachcrent au dangereux mirage des a États-Unis d'Europe • et réclamèrent pour la France tout son dévouement.
']>• Crémicuz, R.itpail, Rochefort. Volèrent avec la majorité (245 voix) : Har- ^rlcmy Sainl-llilaire, Rethmont, Horace de Choiseul, Cochery, Dorian, 'tilc< Ferry, (^amhctta, de Kératry, Mofjnin, Ernest Picard, Jules Simon, ^teeoackers, Tbicrs. Les votes sur les crédits de la marine furent à peu près les inéines, sauf que Glais-Bizoin persista, seul, à voter contre.