V^Ê SOLS LA PRÉSIDENCE DU MARÉCHAL
Waevant les intrigues ou les violences du ministère. Hors du ^Palais-Bourbon, elle constitua un comité directeur qu*on appela le Comité des dix-huit, chargé de concentrer la résistance. Jules Ferry en était membre (l).
Quand cette Chambre, ayant constitué son bureau et réélu Grcvy à la présidence, se retrouva en présence du cabinet, Fourlou, ministre de l'intérieur, essaya, le 14 novembre, de déplacer la question en affirmant audacieusement que «la pression, l'intimidation, la violence étaient venues de l'oppoition ». Ce fut Jules Ferry qui se chargea de lui répondre :
« Je m'attendais à ce que, dans la situation si paradoxale « qui nous est faite, l'orateur du gouvernement qui s'attarde
sur ces bancs viendrait apporter un paradoxe de plus. Que
nous importe, après tout? Quand on est en face de nous « comme un défi vivant à la loi, à la Constitution et à la volonté
nationale ; quand chaque heure, chaque minute que l'on - passe sur ces bancs ministériels est une offense au droit de
la nation et au bon sens public, il ne reste plus qu'une
chose à faire : c'est de se retourner vers cette France, que « l'on tient sous son talon depuis six mois, que Ton opprime f depuis six mois, contre laquelle on est en rébellion depuis
le 14 octobre, et d'oser lui dire : « C'est vous qui êtes les « oppresseurs! C'est vous qui êtes les révoltés! >»
Après avoir exécuté ces ministres qui restaient « jusqu'au bout les copistes et les plagiaires du second Empire » , Torateur dénonçait leur politique comme menaçante même pour la sécurité extérieure du pays. Il montrait leurs alliés catholiques soulevant cette dangereuse question du pouvoir temporel, de l'intégrité italienne, qui nintéressait pas seulement l'Italie, mais aussi l'Allemagne et l'Autriche, même l'Angleterre et la iiussie ; laissant dire aux ennemis du statu qiio italien, dans les
!^1) \.ci 17 autres membre» étaient : Albert Grévy, Paul liclliiiiuiit, Léon Hcnauh, llorarc de Choiseul, Ch. Lepi^re, de Marrère, Madier de Montjau, M. RriMOD, Clemenceau, Gambetta, Lockruy, Goblet, Antonin Proust, Tirard, ' loquet, Ix>uit Blanc, Henri Germain. On voit (|ue les modérés ne le cédaient
>^ ' n énergie à ceax qui furent ensuite les radicaux.
journaux du parti et les mandements d'évéques, « qu'il existe quelque part une épée sur laquelle ils comptent» et que cette épée est celle de la France; menant tout droit notre pays « à une situation extérieure telle qu'on peut affirmer qu'il n'y en aurait pas eu de plus dangereuse depuis Sedan » .
Les deux partis entre lesquels se partageait la Chambre étaient à ce point animés l'un contre l'autre qu'ils se renvoyaient les accusations de complot et de coup d'État : «une seconde dissolution » ! annonçait la gauche; «le coup de force des invalidations! « récriminait la droite. Et Jules Ferry s'écriait :
« Le vrai coup d'État, c'est cette seconde dissolution dont a vous nous menacez à mots couverts... Renvoyer devant le « pays ceux qu'il vient d'élire, traiter ce souverain comme un « serviteur révolté, cela serait écrit dans la Constitution?... « Ce coup d'État-là, s'il était tenté, ce serait le coup d'État u de l'hypocrisie, de la fourberie, de la lâcheté; mais ce « serait un coup d'État non moins coupable et, croyez-le bien, « non moins hasardeux que le coup d'État à découvert, car, « je vous le dis en vérité, la France ne le subira pas ! »
Après un discours du duc de Broglie et une vigoureuse réplique de Gambetta, la Chambre, par 312 voix contre 205, votaunerésolutionquiinstituaitunecommission de trente-trois membres chargés de faire une enquête sur « les actes qui, depuis le 16 mai, avaient eu pour objet d'exercer sur les électeurs une pression illégale » . Le ministère y répondit par une interdiction formelle aux fonctionnaires de faire aux « trente-trois » aucune communication, aucune réponse. La lutte n'était plus en paroles; elle passait dans les actes. Entre la Chambre et le ministère, c'était un duel qui ne pouvait se terminer que par la dissolution de l'une ou par la chute de l'autre. Un autre enjeu de la partie, c'était le sort des 86 préfets, des 276 sous-préfets, des chefs de parquet, de tous les fonctionnaires « de combat » , de tous les agents « à poigne » qui s'étaient engagés dans la bataille électorale à la suite du Maréchal. Que ferait pour eux le Maréchal?