‹ Jules FerryChapitre 58 sur 99 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

La guerre d'Orient (1877-1878), les traités de San-Stefano et de Berlin se rapportent à la présidence du maréchal de Mac-Mahon. Jules Grévy trouva les plus grosses questions résolues. Il en subsistait d'assez délicates. Durant le premier ministère qu'il ait constitué, le cabinet Waddington, fut signée la paix particulière de la Russie avec la Turquie (8 février 1879); les troupes austro- hongroises (en juillet et août) occupèrent la Bosnie et l'Herzégovine. La Bulgarie élisait un prince, Alexandre de Battenberg, le 29 juillet I87Î). Restaient la question grecque et la question monténégrine-albanaise.

Cédant à la pression de l'Europe occidentale, la Grèce avait consenti à ne pas prendre, durant la guerre d'Orient, les armes contre la Turquie. De cette docilité elle espérait une récompense. Or, au congrès de Berlin, elle avait seulement obtenu qu'un vœu serait formulé |)ar la diplomatie européenne, vœu auquel il est simplement fait allusion dans l'article 24 du traité de Berlin, et qui ne devient précis que dans

(1) Livres Jaunci : !• Affaires de Grèce (1880 et 1881, î fiisc.) ; 2" ifcgodations relatives à une rectification des frontières de la Grèce (1879 et 1880, S fasc). — Le haron A. d'Avril, Négociations relatives au traité de Berlin et aux arrangements qui ont suivi, 1886.

un texte en dehors du traité : dans le treizième protocole. Il tendait à faire obtenir à la Grèce, sous forme d'une rectification de frontière, la Thessalie jusqu'au Pénée et TÉpire jusqu'au Kalamos. Elle s'agitait pour presser Texécution de cette espèce d'engagement; elle menaçait de commencer, pour son propre compte, à ses risques et ses périls, la guerre contre la Turquie. En juin 1880, les puissances proposèrent à la Porte une a rectification de frontière » en faveur de la Grèce. La Turquie résista. La Grèce s'indigna. Son armée fut portée à 82 000 hommes.

L'autre difficulté fut la prise d'armes de la « Ligue albanaise 1) , qui prétendait empêcher que, conformément à une clause du traité de Berlin, une augmentation de territoire fût accordée au Monténégro. Celui-ci, parce que les Albanais les occupaient aussitôt, n'avait pu obtenir aucun des territoires que lui avait d'abord offerts la Turquie. A la fin, elle lui offrit le port de Dulcigno. Les Albanais entrèrent dans cette ville, au moment où les troupes ottomanes en sortaient et avant que les Monténégrins eussent pu y entrer. La guerre était sur le point d'éclater entre les deux peuples et peut-être d'embraser encore tout l'Orient.

Le 3 août 1880, courant au plus ]:)ressé, le cabinet Freycinet s'était mis d'accord avec les puissances pour insister auprès du sultan sur la cession de Dulcigno aux Monténégrins. Il avait accepté de coopérer à une démonstration collective des forces navales européennes en vue de cette ville (I).

Telle était la situation lorsque, le 23 septembre 1880, Jules Ferry devint pour la première fois président du conseil, avec Barthélemy-Saint-Hilaire comme ministre des affaires étrangères. Dans le conflit autour de Dulcigno il suivit la politique Freycinet. La flotte internationale ne se sépara que lorsque

(1) « Au fond, dans l'intention de tout le monde, cette grande réunion de bâtiments armés n'avait pour objet que d'exercer une pression morale... Il était parfaitement entendu qu'en aucun cas on n'aurait recours à la force et qu'il ne serait pas tiré un coup de canon. " (Circulaire Barthélemy-Saint- Hilaire, du 20 juin 1881.)

Dervisch-Pacha eut contraint les Albanais à évacuer Dulcigno et en eut fait la remise aux Monténégrins (:2() novembre) (1). Le nouveau cabinet eut en même temps à s'occuper de la Grèce. Celle-ci ne se calmait pas. Sous le belliqueu.x ministère Coumoundouros, elle menaçait d'envahir les provinces qu'elle convoitait. Ainsi la question d'Orient, si épuisée qu'elle parût, n'en restait pas moins féconde en péripéties et en surprises, qui remettaient sans cesse en péril la paix européenne. La France a toujours eu pour la Grèce de sérieuses empathies. Elles ne pouvaient qu'être partagées par Jules , Ferrv, l'ancien ministre de France à Athènes, d'où il était revenu enthousiaste de la Hellade, ainsi que par l'éminent helléniste qui dirigeait avec lui notre [)olitique étrangère. Ces deux hommes d'Etat n'allaient pas cependant jusqu'à proposer, comme faisait le journal de Gambetta, d'organiser une action < européenne contre la Turquie. Ils comprenaient que celle-ci serait, comme elle l'a été tout récemment (en 1897), soutenue par l'Allemagne; ils sentaient que les convoitises du petit rovaume ne pouvaientintéresser que médiocrement l'Europe, fatiguée et harrassée de toutes ces complications orientales. Le cabinet Freycinet avait essayé de faire proposer par les ' puissances une sorte de médiation; la Porte avait décliné la proposition. Une guerre turco-hellénique devenait imminente. Le cabinet Ferry ne laissa pas ignorer aux Grecs que, s'ils se lançaient dans cette lutte inégale et peu justifiée, ils n'auraient pas à compter sur l'appui de la France. Barthélcmy-Saint- Hilaire, dans ses circulaires diplomatiques, déclarait nettement que, la médiation des puissances ayant échoué, la Grèce n'avait pas le droit de soutenir ses prétentions par la violence : u Si l'Europe avait trouvé bon de rendre un décret qui dût « être exécuté par la force des armes, elle l'aurait dit ; et u elle n'aurait pas laissé a un État dont l'importance est »4 aussi minime que la Grèce le dangereux devoir d'exécuter Ci par la force un j)arcil décret. »

(1) Livre Jaune: A//airei du Monlénérjro^ 1880.

En France même, le cabinet avait à défendre sa politique, d'une part contre les philhellènes passionnés, ou ceux qui faisaient d'un prétendu philhellénismeune forme d'opposition contre le gouvernement — tous étaient soutenus par les amis et par le journal de Gambetta; — d'autre part, contre l'opinion publique presque entière, qui ne se laissait point gagner par cette agitation factice et qui redoutait de voir la France engager ne fût-ce qu'un doigt dans ce périlleux engrenage. De là une interpellation à la Chambre, le 3 février, par Antonin Proust, un des amis de Gambetta. Ce fut Barthélemy- Saint-Hilaire qui lui répondit. Au surplus, Jules Ferry et lui étaient pleinement d'accord, et les discours du ministre des affaires étrangères, aussi bien que les notes et circulaires rédigées par lui, procédaient de décisions prises en commun. Voici en quels termes s'exprima le ministre des affaires étrangères :

« Pour moi les Grecs sont des amis auxquels je voudrais pouvoir donner raison; mais auxquels, au nom de la vérité, au nom de l'intérêt de la France et de l'Europe, au nom de l'intérêt de la Grèce elle-même, au nom de la paix générale, j'ai le pénible devoir de donner tort. J'espère que les déclarations que j'apporte à cette tribune, tombant de cette hauteur, pourront porter des fruits heureux et influer sur les délibérations du gouvernement hellénique... »

Recherchant qui avait pris l'initiative et la responsabilité de soulever la question grecque, l'orateur remontait plus haut encore que le Congrès de Berlin et en trouvait l'origine dans une correspondance échangée, en juin 1877, entre le cabinet hellénique et le Foreign-Office. Donc « l'initiative a été prise par le gouvernement grec, acceptée par le gouvernement anglais, et, plus tard, appuyée par le gouvernement français » . Au Congrès de Berlin, c'est lord Salisbury qui a le premier soulevé la question; M. Waddington n'est venu qu'ensuite; la proposition de celui-ci a été précisée et comme élargie par le Congrès. Le vœu primitif est devenu « le vœu commun de toutes les puissances " . Après le Congrès de

Berlin, il y avait eu la conférence de Berlin, en avril 1880, à laquelle le cabinet Freycinet avait demandé que les revendications de la Grèce fussent recommandées par les puissances à la Turquie, mais seulement par la voie de la médiation. - M. de Freycinet attribuait à la concession demandée par l'Europe en faveur de la Grèce un « caractère surabondamment gracieux " . Est-ce que jamais il y avait eu là pression sur la Turquie, jugement rendu par l'Europe, intention d'employer la force matérielle pour l'exécution? Est-ce que M. de Frevcinet n'avait pas déjà formellement exclu « l'hypothèse d'un recours à la coercition matérielle? »

Donc l'affaire grecque, dès le début, avait eu le caractère non pas d'une affaire française, mais d'une affaire européenne; la France n'avait jamais agi que de concert avec l'Europe; elle avait offert sa médiation, son arbitrage : elle offrirait encore ses bons offices. Le cabinet Ferry n'avait fait que «continuer fidèlement la politique de ses prédécesseurs » . Harthélemy-Saint-Hilaire concluait en ces termes :

« Jamais le Congrès de Berlin n'a prétendu donner à la Grèce, en vertu d'un jugement exécutoire par la force, l'Épiie et la Thessalie... Jamais la Conférence de Berlin n'a fait non plus un don do celte nature... Nous avons donné des conseils aux Grecs, et nous ne cessons de leur en donner tous les jours; malheureusement, jusqu'ici, les Grecs n'ont pas voulu les accepter... La France ne s'engagera pas dans les aventures... J'aurais horreur et honte de la paix à tout prix ; mais je dois déclarer également que je ne comprendrais pas une guerre sans motifs... Malgré toute la sympathie que nous pouvons avoir pour la Grèce, la Grèce me permettra d(r lui dire que j'aime cnroro [)lus la France. »

Apres ces franches et ( :(Ju^a)Mni^5cs explications, un ordre du jour, présenté par le député Devès, approuvant « la politique de paix pratiquée par le gouvernement >» , fut voté à l'unanimité.

Le même Devès, un ami de la paix, interpellait, le 21 février, sur des fournitures d'arme» de guerre et de munitions qui auraient été faites à la Grèce par le gouvernement français.

252 JULES FEKRY

C'est Jules Ferry qui prit la parole. Il affirma que le gouvernement n'avait pas vendu un seul fusil ; au contraire, il était intervenu pour faire résilier des ventes, consenties par certaines de nos directions d'artillerie, qui agissaient d'ailleurs dans la limite de leurs attributions. Pas une arme n'avait été livrée. Sur la question s'il ne s'était pas opéré des ventes par personnes interposées, le président du conseil répondait : « Non! il n'y a pas eu de personne interposée. Il y a vm gouvernement légal, qui, aussitôt informé, par une décision énergique que vous approuverez sans doute, atout suspendu, et mis un terme à un trafic aussi préjudiciable au.\: intérêts de la patrie. »

Un député, Pascal Duprat, demanda si, le gouvernement gardant fidèlement la neutralité, quelqu'un n'avait j)as, à côté de lui, fait entendre au.N: Grecs des paroles d'encouragement. « On a prononcé un nom, poursuivait Pascal Duprat; je veux et je dois le répéter. . . Cet homme, ce puissant orateur me semble avoir des ambitions trop tières et trop viriles pour vouloir se contenter d'agir dans l'ombre, sans mandat, sans autorité légale... » Gambetta, qui était au fauteuil de la présidence, fit entendre cette interruption : « Et je me donne la parole pour l'établir tout à l'heure » . il se fit remplacer au fauteuil et, quand Pascal Duprat eut terminé son discours, il s'empara de la tribune. Dans une brillante improvisation il se défendit d'avoir jamais tenu le rôle que s'obstinait à lui prêter, pourinfiuer sur les prochaines élections, la mauvaise foi des partis. Il convint que ses idées sur les affaires d'Orient différaient de celles que professait le gouvernement; mais il se réservait de les manifester le jour où il conviendrait au pays de le « désigner nettement pour un autre rôle » que celui de président de la Chambre.

Cette déclaration, d'ailleurs, ne ferma la bouche à personne.

A quelque temps de là, le 24 février 1881, une interpellation très analogue à celle de Devès, sous une forme à peine différente, se produisit au Sénat par l'organe du duc de

Broglie. Il s'agissait, notamment, de savoir si le gouvernement n'avait pas autorisé l'envoi d'une mission militaire, sous les ordres du général ïhomassin, pour la réorganisation de l'armée grecque. Le fait se rapportait à l'année précédente, c'est-à-dire au cabinet Freycinct. Jules Ferry prouva que si, à celte époque, on avait pu avoir l'idée d'une telle mission, la mission n'avait cependant pas quitté la France. Ce qu'on eût été en droit de faire pour une Grèce pacifique et soucieuse uniquement de sa sécurité, on ne pouvait le faire pour une Grèce encline à se lancer dans les aventures : « Il nous a paru juste, politique, nécessaire, conforme à l'attitude loyale du gouvernement et à la loyauté de sa conduite, de refuser au gouvernement grec les instructeurs militaires qu'il avait sollicités depuis plusieurs mois. »

Gomme le duc dç^roglie insinuait, à son tour, que le gouvernement officiel avait pu vouloir une chose, et certain gouvernement caché dans l'ombre en vouloir une autre, agir à l'insu ou en dépit du premier, envoyer à la Grèce les secours que celui-là lui refusait, Jules Ferry, exaspéré par cette allusion ou cette redite, malmena très fort le noble duc : « Si Ton veut mettre on jeu le prétendu gouvernement occulte, qui devient, en vérité, dans les mains des partis, une machine de guerre ridicule, tant ils en abusent, le Sénat le dira ! »»

Knfin, le 5 mars I8SI, à la Chambre, sous une troisième forme, la même interpellation fut reproduite par Clemenceau. Cette fois, il s'agissait d'envois de poudres françaises aux Grecs par l'intermédiaire d'une maison de Vienne. Il n'y aurait eu à cela aucune irrégularité, car TFtat français, fabricant de poudres, en est aussi marchand. Torftefois, dans l'espèce, Jules Ferry n'eut pas de peine à démontrer que, précisément parce qu'on soupçonnait cette maison de Vienne, le gouveroement français avait résilié le marché conclu avec elle. Le gouvernement français avait même fait là ce que n'avait fait aucun des gouvernements européens intéressés au même degré que lui à empêcher une guerre gréco-turque. L'Allemagne, l'Autriche continuaient à vendre leurs poudres :

« C'est donc au parlement allemand, c'est au parlement « austro-hongrois que des interpellations pareilles pourraient u être portées. Pourquoi n'y songe-t-on pas?... Pourquoi ne « le fait-on pas? Parce que ces gouvernements n'ont pas en « face d'eux une opposition inspirée par l'esprit de parti, « qui ne recule devant aucun moyen d'action... exploitant les « moindres incidents, et se souciant peu, après tout, des « conséquences que ces perpétuelles inquisitions peuvent « avoir sur la situation du gouvernement devant l'Europe et a sur sa dignité devant le pays et devant le monde. Les oppo- « sitions, dans ces deux pays, prennent garde à toutes ces « choses. Ici, l'opposition ne s*en émeut guère ! »

Pendant ce temps la diplomatie française était à l'œuvre. D'une main, elle contenait l'impatience des Grecs ; de l'autre, elle agissait sur la Turquie pour leur préparer une éclatante satisfaction. On avait échoué à la Conférence de Berlin ; on fut plus heureux à la Conférence de Constantinople. Celle-ci fît agréer par le sultan un nouveau tracé de frontière, que la Grèce finit par accepter. Elle n'eut pas lanina, centre de populations musulmanes que le sultankhalife n'aurait jamais voulu céder à des infidèles ; mais elle obtint le district d'Arta, en Épire, et la presque totalité de la Thessalie, avec Larisse et Trikala : au total, une augmentation d'environ 300 000 habitants (22 mai 1881).

Dans l'affaire albanaise-monténégrine, dans l'affaire grecque, le cabinet Ferry, par sa sagesse et sa fermeté, parvint à éteindre les deux derniers brandons qu'eût laissés après lui l'incendie allumé en 1877. L'Europe dut à Jules Ferry et Barthélemy-Saint-Hilaire de voir s'évanouir tout danger de conflagration. La France leur dut d'être délivrée d'anxiétés sans cesse renaissantes et de pouvoir consacrer toute son activité à des œuvres qui l'intéressaient directement.

Jules Ferry, dans ces affaires helléniques, où ni l'honneur ni l'intérêt de la France n'étaient directement en jeu, avait pour principe de ne rien tenter que d'accord avec les autres grandes puissances. Ses successeurs aux affaires étrangères

n'eurent pas toujours la même prudence. En avril I88G, M. de Freycinet, désireux d'épargner à la Grèce l'humiliation d'un ultimatum européen, essaya, par le ministre de France, M. de Moùv, d'amener le cabinet d'Athènes à cesser les armements qu'il avait commencés contre la Turquie, par dépit et par jalousie, au lendemain de la réunion de la Bulgarie et de la Roumélie orientale en un seul État. M. Delyannis, président du conseil, céda devant cette amicale démarche. On croyait avoir tout fini, et le gouvernement français comptait pouvoir s'en attribuer l'honneur. Or, trois jours après, le 2G avril au soir, les ministres d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie, de Grande-Bretagne et de Russie remirent à M. Delyannis l'ultimatum qui enjoignaitau gouvernement hellénique de remettre, dans le plus bref délai, son armée sur le pied de paix. En même temps, les escadres des quatre puissances appareillaient pour venir croiser devant Athènes (1). Jules Ferry ressentit douloureusement cet échec de la politique française. Il écrivit à un de ses amis :

u ...Je ne connais pas de mésaventure plus cruelle pour « un gouvernement sérieux que ce a succès diplomatique » a proclamé, il y a trois jours, par les mille bouches de la « presse officieuse... et aussitôt démenti, de la façon la plus « brutale, parla remise d'un ultimatum et l'arrivée de l'es- « cadre européenne. Il est évident qu'on a agi sans mandat tt de l'Europe, sans garanties du côté de la Grèce; qu'on a « eu l'incroyable suffisance de s'imaginer qu'on allait donner u au monde une leçon de diplomatie, et la naïveté de croire « qu'une lettre de M. Delyannis à M. de Moiiy, dont on « n^avait môme pas pris la peine de peser les ternies, donne- M rait satisfaction au concert européen. L'amertume de la « soumission est, par là, quoi qu'il arrive, doublée pour les « pauvres Grecs. Quant à nous, nous restons à la fois isolés « et ridicules. Comme si l'histoire ne nous enseignait pas M qu'il n'a jamais été loisible, en aucun temps, ni sous Louis-

(1) Sur ret incident. A. n' Avuti. ouvrn{;e rilé, p. 408.

« Philippe, ni sous Napoléon III, à la France d'agir seule

« dans les affaires d'Orient! Puisque l'isolement a été érigé

« en doctrine; que c'est là, dit-on au quai d'Orsay, le seul

o moyen pour la France de sauvegarder son honneur et sa

« sécurité, il faudrait au moins savoir le pratiquer sans dom-

« mage pour les faibles qui se fient à nous, et sans camouflet

« pour nous-mêmes. C'est donc en vain qu'on a pris le contre-

« pied de notre politique de deux années; qu'on a posé en

u principe la déférence, partout et toujours, vis-à-vis de l'An-

" gleterre : lord Roseberry nous en tient bon compte! Il me

« semble qu'avec moins de déférence nous trouvions, en ce

« temps-là, une Angleterre moins dédaigneuse... (1).

(l) A M. Billot, ministre de France ;« Lisbonne, 1" mai 1886 (lettre inédite).

Page 1