‹ Jules FerryChapitre 60 sur 99 · L'EGYPTE ET LK CANAL DE SUEZ · texte numérisé non relu

L'EGYPTE ET LK CANAL DE SUEZ

rompu, rÉgypte pourrait, dans un avenir très rapproché, se trouver exposée à des dangers causés par des ambitions rivales... Tout projet d'agrandissement personnel, de la part de l'un ou de l'autre gouvernement, devra nécessairement, par sa nature même, ruiner cette utile coopération » .

Ainsi, parfait accord entre les deux gouvernements, clause, de désintéressement admise par chacun d'eux, engagement de maintenir l'autonomie de l'Egypte en même temps que la suzeraineté du sultan, résolution d'intervenir si le pays tombait dans l'anarchie, consécration nouvelle du contrôle à deux et du condo minium, telle était la situation encore au 10 novembre 1881.

C'est précisément ce jour-là que démissionna le premier cabinet Ferry.

Le chef du « grand ministère », Gambetta, professait sur la question égyptienne les mêmes doctrines que son pre'décesseur. Seulement, la situation s'aggravant au Caire, il apporta plus d'insistance auprès du cabinet britannique pour obtenir en Egypte une intervention commune. Arabi venait de convoquer une prétendue assemblée des notables ; avec leur concours il travaillait à renverser le khédive. Voulaiton se laisser surprendre par les événements? Mais ni (iranville ni son chef Gladstone ne se souciaient de lier partie avec un cabinet déjà en désaccord flagrant avec la Chambre française, notamment sur la question du scrutin de liste. Le 2(> janvier, le « grand ministère » tomba. Un cabinet Freycinet lui succéda.

Presque aussitôt une évolution nouvelle se dessina dans l'attitude du gouvernement britannique. Ainsi que l'a écrit rhistorien de L'Isthme et le Canal de Suez^ u jusqu'à présent, c'est la France qui a voulu aller de l'avant, et c'est l'Angleterre qui a préféré se tenir dans l'expectative... Les rôles «ont intervertis : c'est l'Angleterre qui prend l'initiative de propositions que la France repousse ou qu'elle n'accepte qu'à regret n . Non que le chef du nouveau cabinet français le cède en clairvoyance à ses prédécesseurs; mais ce cabinet

est si précaire, avec une Chambre qui n'entend rien, ne veut rien entendre aux affaires étrangères, en qui vacille le sentiment de la grandeur nationale, où le patriotisme même se laisse intimider par la terreur qu'inspire la minorité d'extrême gauche! L'entente entre la France et l'Angleterre, si parfaite au temps du cabinet Ferry, va se relâcher : il y a trop d'écart entre l'ardeur nouvelle de celle-ci et les temporisations perpétuelles de celle-là ; le condominium est en péril, car l'Angleterre, ce qu'elle n'eût jamais admis auparavant, incline, plutôt que de rester en tête à tête avec la France, à favoriser l'introduction des autres puissances dans l'imbroglio égyptien et même l'intrusion de la Turquie, si longtemps tenue à l'écart. C'est maintenant l'ambassadeur britannique, lord Lyons, qui, le 3 fe'vrier 1882, demande à M. de Freycinet ce qu'il penserait de l'envoi en Egypte d'un corps de troupes ottomanes. Notre président du conseil déclare n'y pouvoir consentir. Après qu'Arabi s'est implanté au ministère de la guerre, lord Granville propose à la France, le 6 février 1882, d'échanger des vues avec les autres puissances ; il ajoute que, si une intervention devait se produire, il faudrait « qu'elle représentât l'action collective de l'Europe et que le sultan fût partie dans toute mesure ou discussion ». Et le gouvernement français adoptait cette dangereuse proposition. Surquoi, notre contrôleur, M. deBlignières, donnait sa démission.

Lord Granville ne cesse plus de nous harceler de propositions qui toutes sont le désaveu des doctrines et de la politique soutenues, un an auparavant, par les deux puissances protectrices. En Egypte, désaccord croissant entre les ministres des deux nations : sir Malet convoque des réunions diplomatiques où M. Sienkiewicz n'est point invité.

La France et l'Angleterre se trouvèrent encore une fois d'accord lorsque, en mai 1882, sur l'annonce qu'Arabi proposait à l'assemblée des notables de déposer le khédive, elles décidèrent d'envoyer chacune six bâtiments de guerre à Alexandrie et un septième à Suez ; de soutenir Tcwfik et de

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