L'EGYPTE ET LE CANAL DE SLEZ
près veux par les fautes qu'elle avait accumulées; une majorité qui restait toujours sous la terreur de rexlrème fjauche, et qui semblait avoir adopté pour leader le chef de ses ennemis irréconciliables; deux minorités contre le centre : l'une de droite, l'autre de gauche, également acharnées; en un mot, le sentiment de l'intérêt général chaque jour plus oblitéré parles passions politiciennes.
Jules Ferrv avait choisi comme ministre des affaires étran- , gères Challemel-Lacour, naguère ambassadeur à Londres, où il avait pu suivre, comme du meilleur poste d'observation, les vicissitudes de la question égvptienne. Jules Ferry, qui, membre du cabinet Freycinet, avait pu assister de si près à sa chute, en démêler les causes, concevoir le plan d'une autre politique, avait à suivre parallèlement les affaires d'Egypte, celles de Madagascar et celles du Tonkin. Triple responsabilité terriblement lourde ! Elle devint encore plus lourde pour Jules Ferry lorsque, le 20 novembre 1883, il dut reprendre des mains de Challemel-Lacour, fatigué et malade, le portefeuille des affaires étrangères.
Près de seize mois allaient s'écouler avant que le silence sur les affaires d'Egypte fût rompu. Il le fut par la circulaire anglaise du 19 avril 1884, invitant les grandes puissances à se faire représenter dans une conférence chargée de statuer sur les finances égyptiennes. 11 le fut, le 14 juin 1884, lorsque notre ambassadeur, Waddington, eut avec lord Grandville un entretien au sujet de l'évacuation de l'Egypte et lui rappela l'engagement qu'il avait pris, — la France avait si longtemps paru l'oublier! — dans sa circulaire du 3 janvier 1883. Lord Granville ne renia pas cet engagement; mais r Angleterre pouvait-elle opérer l'évacuation de l'Egypte avant que sa tâche y fût terminée? Quand le serait-elle? On pouvait, à la rigueur, indiquer un délai de trois ans et demi. Par une communication du I(i juin, Granville précisait encore mieux le nouvel engagement : a Le gouvernement de Sa Majesté... s'engage à retirer ses troupes au commencement de Tannée 1888, à condition que les puissances seront alors
faire
d avis que 1 évacuation peut se raire sans compromette la paix et l'ordre en Egypte. » En attendant, et pour faire prendre patience aux intéressés, Granville formulait cette autre promesse : « Le gouvernement de Sa Majesté proposera, à la fin .de l'occupation anglaise ou avant, aux puissances et à la Porte, un projet de neutralisation de l'Egypte sur les bases des principes appliqués à la Belgique, et fera, en ce qui concerne le canal de Suez, des propositions conformes à celles contenues dans la dépêche circulaire du 3 février 1883. » Sur ces * bases se conclut l'accord anglo-français du 17 juin. Il semblait alors que le terrain perdu depuis le bombardement d'Alexandrie pût encore être regagné pour la France.
Presque aussitôt, le 23 juin, Jules Ferry dut répondre à une interpellation de M. Delafosse, député de droite, sur l'état des négociations avec la Grande-Bretagne. Le président du conseil rappela que, depuis la dépêche Duclerc du A janvier 1883, depuis l'affirmation d une France « reprenant sa liberté d'action » jusqu'à une heure récente, il n'y avait plus eu le moindre échange de vues entre la France et l'Angleterre sur les questions égyptiennes:
« Fallait-il persister dans cette attitude? Fallait-il la porter " devant la conférence, ou plutôt, ce qui alors eût été plus « simple et plus clair, refuser d'aller à la conférence? Nous a ne l'avons pas pensé. Il faut, en politique, savoir reconu naître la force des faits accomplis et des situations acquises, « et se garder des regrets inutiles : la politique du tout ou « rien n'est pas meilleure pour les nations que pour les « partis. »
Ce qu'il y avait d'acquis au débat, c'était la fin du contrôle à deux, du condominium, Aboli en fait, il l'était également en droit. Notre diplomatie était impuissante à le faire revivre par ses protestations.
« La sagesse commandait d'aviser et de chercher une « autre politique. Car, regarder, laisser faire, se voir pro- « gressivement évincer, de jour en jour, d'un pays où la « France avait porté ce qu'elle a de meilleur, — son génie, sa