‹ Jules FerryChapitre 63 sur 99 · LEGYPTK KT LE CANAL DE SUEZ · texte numérisé non relu

LEGYPTK KT LE CANAL DE SUEZ

tt langue, ses capitaux, une colonie laborieuse, puissante et k riche, — laisser faire et regarder, ce n'est pas une politique. • Assister aux embarras d'autrui (1), ce n'est pas une consoa lation, encore moins un dédommagement. Il fallait chera cher une autre politique, et voici à laquelle nous nous' « sommes arrêtés. L'Egypte n'est ni chose anglaise, ni chose tt française; c'est une terre essentiellement internationale et a européenne. C'est l'Europe qui Ta fécondée; c'est l'Europe tt qui a réorganisé sa justice ; c'est l'Europe qui lui a donné u de bonnes finances. La question d'Egvpte n'a jamais cessé ». et ne cessera jamais d'être, avant tout et par dessus tout, tt une question européenne. »

L'orateur rendait hommage aux efforts faits depuis deux ans par les hommes d'Etat britanniques, par Granville et Gladstone « pour substituer à cet état d'hostilité lourde, de mécontentement mal déguisé, qui pèse comme une atmosphère lourde et obscure sur les rapports de la France et de l'Angleterre... une entente fondée sur l'équité, sur la justice, entre les deux grandes nations dont l'harmonie importe tant à la paix comme à la liberté du monde » .

Il rappelait les nouveaux engagements pris par Granville. Etait-il permis de mettre en doute leur réalisation? « Ne «erail-cc pas faire injure, en quelque sorte, à la grande nation qui a entrepris de rétablir l'ordre dans la vallée du Nil, et à qui il faudrait — le suppose- t-on? — plus de trois ans et demi pour l'accomplir? « Puis il discutait les conditions pro- (losées par l'Angleterre pour la neutralisation, au moins, du Canal. Il passait légèrement sur l'article 4, qui subordonnait la neutralisation a aux mesures qu'il sera nécessaire de prendre pour la défense de l'Egypte n et qui ouvrait une porte par laquelle pouvait rentrer l'arbitraire britannique. I ..fM.c l,,|... Tcrry avait éventé le piège caché en cet

(1; C'éUiient le» tlifKmlt^-fl r|u'allnicnt amener pour les Arif^Iais la défaite de leur (général Ilicks, le* prugrra du Madhi, la priae de Khartuuia et le meurtre de Gordon par les madhistcs, la pénible retraite de la colonne Wolselcy venue pour sauver Gordon et Kli.irtoum (janvier 1885), etc.

article; mais il comptait sur la logique des choses : une fois que la question serait solennellement posée, elle serait par là même résolue.

Quant à la proposition anglaise relative à la réunion d'une conférence internationale chargée de statuer sur les finances égyptiennes, Jules Ferry montrait quelles sérieuse garanties la conférence offrait à l'Europe. Quels étaient donc les adversaires de cette conférence?

« Qui?... Tous les partisans du protectorat anglais, de l'annexion, sous une forme plus ou moins déguisée, de l'Egypte, qui forment en Angleterre un parti puissant; et puis, il y a tous ceux qui n'aiment pas l'entente entre la France et l'Angleterre... Gela fait beaucoup d'adversaires, des adversaires puissants, ayant sur le public une grande influence. En effet, ils ont, des deux côtés du détroit, et notamment au delà de la Manche,vivement remué l'opinion. Etnous avons, à cette heure, cet étrange spectacle qu'en Angleterre le sort du cabinet est mis en péril parce qu'on lui reproche d'avoir trop cédé à la France, et qu'ici le cabinet français est vivement et violemment attaqué pour avoir, dit-on, tout abandonné à l'Angleterre! «

Trois jours après, le 2G juin 1884-, nouvelle interpellation Delafosse. Le député reprochait au président du conseil d'avoir présenté comme succès diplomatique un arrangement qui consacrait l'omnipotence britannique en Egypte. .Iules Ferry put reprocher à l'interpcUateur d'avoir amèrement critiqué toutes les solutions imaginables et de n'en avoir apporté aucune. On ne faisait que de la politique de récriminations contre une grande puissance dont il ne voulait parler qu'avec la déférence, avec l'esprit de justice » que l'on se doit entre grands peuples » . On ne faisait qu'une politique négative. Fallait-il aller, ou fallait-il ne pas aller à la conférence de Londres? on ne le disait pas. N'y pas aller; dire à l'Angleterre : « Faites ce que vous voulez » , n'était-ce pas l'autoriser à tout oser? N'était-ce pas porter un coup terrible à ce cabinet Gladstone qui, précisément, combattait la poli-

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