i:(;yi'te et le canal de slez
tique d'annexion et repoussait même le protectorat? N'étaitce pas " rompre, de la façon la plus grave, et la plus irréparable peut-être, avec notre puissante voisine, l'Angleterre? ...Aller à la conférence, mais sans faire de conditions préalahles?... C'eût été de l'aveuglement, de l'abandon, de la folie, et il eût fallu renverser comme un château de cartes le cabinet qui aurait commis cette imprudence! »
Sans doute on pouvait regretter la situation d'autrefois, déplorer la fin du condominium. Mais le condominium a n'était qu'un mot, une expression trompeuse » . Ce qui n'est pas un mol, ce sont les intérêts français :
« Et c'est précisément à cause de ces intérêts français, que o vous les considériez au point de vue économique, au point « de vue intellectuel, au point de vue des souvenirs, au point a de vue de la popularité, au point de vue de la langue, au « point de vue des bienfaits répandus sur le pays ; c'est parce « que la France est là, dans la mémoire du peuple égyp- « tien, sur cette vieille et illustre terre, la première entre « toutes, qu'elle n'a aucune crainte de s'y trouver avec le « concert européen... La thèse de l'Egypte internationale, « qui est la seule vraie, est la seule pratique, la seule possible " aujourd'hui... Donc je trouve qu'en abandonnant le rêve, « la chimère du contrôle à deux; en nous plaçant sur un
terrain diplomati({ue nouveau; en substituant, par ce que < j'appellerai une heureuse novation de titres, les titres noutt veaux, résultant des engagements de l'Angleterre, aux vieux u titres périmes, qui résultaient d'un décret d'un khédive ou - des négociations entre le khédive et les deux grandes puis- •• sauces... nous avons fortifié notre situation au point de « vue diplomatique... Je préfère infiniment les engagements « pris par l'Angleterre au néant qui avait remplacé notre « ancienne situation du condominium. »
Après cet exposé si clair et si éloquent d'une situation dont .Iules Ferry n'avait assurément pas la responsabilité ; qu'il avait, au contraire, réussi, à rendre meilleure, l'ordre du iour de conhance fut adopté à l'unanimité des 4(i() votants.
Tout en travaillant à faire comprendre à la Chambre la position nouvelle de la question égyptienne et à réveiller en elle le souci de l'intérêt national éclipsé depuis le 29 juillet 1882, Jules Ferry luttait corps à corps avec la diplomatie britannique sur le terrain même que celle-ci lui avait livré.
Les représentants de la Grande-Bretagne, dans la conférence de Londres, avaient apporté un plan financier, le Mémorandum du 29 novembre 1884, que Jules F'errv estimait nuisible aux intérêts des créanciers français et aux droits de la France. En ce qui concernait les propositions britanniques, il estimait que le » meilleur moyen d'arriver à une entente n'était pas de les discuter et de les amender l'une après l'autre, et qu'il serait préférable d'établir, sur quelques vues générales, un nouveau travail d'ensemble répondant autant que possible aux nécessités diverses qui dominent la situation présente des affaires égyptiennes » . (Dépêche du 8 janvier 1885.) Parmi ses contre-propositions figurait celle-ci, dont l'intérêt politique est évident. Jules Ferry demandait qu'à la commission de la dette, siégeant en Egypte, fussent adjoints les agents diplomatiques des grandes puissances. Il jugeait nécessaire que cette commission fût préalablement complétée par un représentant de l'Allemagne et un représentant de la Russie. La Russie ne s'était pas encore immiscée dans les affaires égyptiennes. Elle allait y apporter un élément nouveau, assurément favorable à la France. Comme conclusion à son travail, Jules Ferry affirmait l'importance capitale « d'un régime définitif destiné à garantir, en tout temps, à toutes les puissances, le libre usage du canal de Suez» . Il n'oubliait pas de rappeler que cette importance avait été reconnue par lord Granville dans ses dépêches du 3 janvier 1883 et du 16 juin 1884. L'Angleterre, se sentant par trop vivement pressée, résolut de s'opposer à l'insertion d'une clause exigeant, pour une réduction des intérêts, l'unanimité des voix dans la commission de la dette. Elle déclina toute discussion à cet égard, et la conférence dut se séparer le 2 août 1884. On pouvait croire à une rupture des négociations.