L'EGYPTE ET LE CA^AL DE SUEZ
ayant été déférée à M. Billot, celui-ci indiqua, dans son allocution, la méthode qui lui semblait la meilleure pour les travaux de rassemblée.
Or, dans l'après-midi de cette même journée, le cabinet Ferry succombait dans Tinterpellation sur FafFaire de Lang-Son.
Deux fois (l), le 29 juillet 1882, le 30 mars 1885, la Chambre française avait renversé son gouvernement au moment où il lui apportait la solution de Taffaire égyptienne. ' Deu.\ fois la France avait vu TÉgyptc lui échapper. Dans ces deux journées, si heureuses pour la Grande-Bretagne, M. Clemenceau avait également joué un des premiers rôles.
Jules Ferry n'avait pas eu seulement en vue la neutralisation du Canal; des promesses mêmes de Gladstone etGranyille, il avait tiré cette conclusion que ce n'était là qu'unpremier pas ; l'évacuation et la neutralisation de l'Egypte devaient suivre.
Quanta la commission internationale pour la neutralisation du Canal, c'était Jules Ferry qui était parvenu — au prix de quels efforts ! — à la mettre sur pied et à la faire se réunir à Paris; c'était lui qui tenait groupées, contre les empiétements britanniques, la Russie, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. De cette coalition pacifique, il était le ciment; il en était le stimulant, il en était rame. Lui tombé, le faisceau s'éparpilla. Sa chute rendit à l'Angleterre toute sa liberté d'action et* toutes ses prétentions. D'ailleurs, depuis qu'elle avait obtenu, par la convention de Londres, du 18 mars, les moyens finan-^ ciers de maintenir en Egypte le statu quo^ elle avait moins de raisons de faire à l'Europe des concessions qu'elle lui eût accordées si celle-ci était restée unie. Ses commissaires surent tenir léte ù ceux des autres puissances. On les vit travailler à faire dégénérer les propositions les plus pratiques en simples déclarations de principes, à inventer des chicanes. Ils prétendaient appliquer la neutralisation au Canal seul, mais
(1) On pourrait même en citer une troi«i(Miie : le 9 novembre 1881. Voir ci-deMu«, p. 259.
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non à ses ports d'accès; ils prétendaient réserver à l'Egypte tous les droits de police (car ce serait l'Angleterre qui les exercerait au nom du khédive). La commission en fut réduite, sur les points les plus importants, à inscrire face à face la proposition anglaise et la proposition française, celle-ci appuyée par la majorité des commissaires, et à réserver aux puissances elles-mêmes la solution. C'était l'aveu que la commission avait échoué. Elle n'eut plus qu'à se dissoudre.
M. de Freycinet, revenu aux affaires étrangères dans le cabinet Brisson, essaya, par la circulaire du 22 juin 18S5, de reprendre les négociations ; mais un autre ministère anglais arrivait au pouvoir; puis, après des élections générales, encore un autre. Aux démarches les plus pressantes de la •France, l'Angleterre n'opposait plus que des réponses dilatoires. A la fin, elle adressa un projet de convention, mais avec cette restriction : « La présente convention ne sera opposable à aucune mesure qui serait nécessaire pour la défense de l'Egypte et la sécurité du Canal! n (4 mai 1887). C'était la •neutralisation du Canal imposée à tous, excepté à TAngleterre. C'est seulement le 22 décembre 1888 qu'une convention dont les termes étaient à peu près acceptables put être signé à Constantinople par les représentants des puissances.
Si la neutralité du Canal paraissait assurée, que devenaient les promesses de Gladstone etde Granville, que devenaient les engagements britanniques du 3janvier 1883 et du 16 juin 1884, .faisant espérer l'évacuation de l'Egypte pour le début de 1888? Il n'en fut plus question. A toutes les démarches de l'Europe l'Angleterre allait opposer la formule de sa nouvelle politique africaine : « D'Alexandrie au Cap ! »