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CHAPITRE XIX

LK PARTAGE DE l'aFRIQUE : CONGO, GUINÉE, NIGER

Le 14 septembre 1876, le roi des Belges avait fondé ÏAssociation internationale africaine. Elle semblait alors ne se proposer qu'un but scientifique, l'exploration de l'Afrique inconnue, et un but philanthropique, la répression de la traite. En janvier 1878, Léopold 11 prit à son service Texplorateur américain Stanley et fonda, en novembre, le Comité d'études du Haut-Congo. Stanley avait, en 1871, aux frais de Gordon-Bennett, propriétaire du New-York Herald^ accompli à travers l'Afrique, dans la région du Tanganyika, son voyage « à la recherche de Livingstone " ; de 1875 à 1877, aux frais du New-York Herald et du journal anglais les Daily News^ il fit son voyage d'exploration au Nyanza, à l'Ouganda, au Congo et aux affluents de ce fleuve (1).

En août 1879, cette fois comme agent du roi Léopold, il reparait à l'embouchure du Congo; en décembre 1881, au Stanley-Pool. Il prodigue les coups de fusil et, avec lui, l'Association perd son caractère philanthropique pour devenir conquérante, son caractère international pour devenir exclusivement belge. Ses empiétements soulèvent bientôt les récriminations d'États européens. Le Portugal réclame contre renvahisseraentdu Congo inférieur. Les Français ne protestent

(1) Livres jaune*, 1884 et 1885. — GÉsij», Les explorations de Diazza (•• d.). — DuTBEClL DK Kui>8, l'Ouest africain, clans la France coloniale <I'A. Ramiaid, 1893. — Du tnème, le Cou yo français, 1885. — Léon Gihhal, le Conffo français^ 1889. — Hobkht de Fi-aix, le Partage de l'Afrique, dans t Histoire générale d'E. Lavishk et A. FUmbai o, t. XII, 1901. — J.-A. Wautkhs. l'État indépendant du Congo, Bruxelles, 1899. — t'iKiir.K Mille, Au Congo helge, Paris, 1899. — E. Descamps, l'Afrique nouvelle {Conf-o bel{^e), 1903.

JULES FRRIIY

moins vivement contre ces intrusions dans leur zone d'influence. Ils étaient établis depuis 1839 dans l'estuaire du Gabon et, en 1849, v avaient fondé Libreville. Longtemps, ils n'avaient tiré aucun parti de cette colonie. Puis Paul du Ghaillu, Gompiègiie, Marche avaient poussé leurs explorations à 300 kilomètres du littoral océanique. En 1875, Savorgnan de Brazza, Ballay et Marche pénétrèrent jusqu'à la rivière de l'Alima ; sur ses bords, ils furent reçus à coups de fusil par les Apfourous, qu'avaient exaspérés les fusillades de Stanley. Ils n'en découvrirent pas moins l'Ogôoué, dont ils reconnurent la valeur comme voie de pénétration, et touchèrent à rOubanghi. Les gens de Stanley se jetèrent alors sur le Niari ou Kiliou qui, du rivage océanique, ouvre un accès au Congo supérieur. LesFrançais revendiquèrent la possession du Niari. Bientôt se manifestèrent les prétentions des Allemands : ils commençaient à explorer les pays qui devinrent ensuite les colonies de \ Afrique orientale allemande et du Sud-Ouest africain allemand. C'était dans toute l'Europe un engouement général au sujet de l'Afrique. A Paris, à Berlin, à Londres, à Lisbonne, se formaient des comités africains; tous lançaient de hardis explorateurs à travers l'immense continent. Le partage de l'Afrique, subitement ouvert et qui allait s'achever en moins de vingt ans, risquait de devenir une curée et de mettre aux prises lune avec l'autre les nations européennes.

La France, par ses possessions du Gabon et les occupations ébauchées par ses explorateurs, se trouvait en contact très direct avec la turbulente Association. Les Chambres françaises votaient 100 000 francs pour une nouvelle mission Savorgnan de Brazza et en confiaient la direction au ministre de l'instruction publique, alors Jules Ferry(1879). Bientôt Savorgnan de Brazza fondait Franceville sur le haut Ogôoué, Brazzaville sur le Congo, au sommet des gradins par lesquels il se précipite en une série de rapides vers l'Océan, en face de Stanley-Pool, fondée par l'Association belge. Le 3 octobre 1880, il signait avec Makoko et les autres chefs des Batékés un

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traité qui plaçait sous le protectorat de la France la vaste ré{»ion comprise entre Brazzaville et TOubanghi. Il occupa fortement la vallée du Niari-Kiliou entre l Atlantique et le Congo. De retour en France, il y obtient, sous le cabinet Duclerc, un double succès : le 18 novembre 188:2, les Cbambrcs ratifient d'enthousiasme le traité avec les Balckés ; le 10 janvier 1883, elles votent un crédit de 1 275 000 francs, porté Tannée suivante à 2 millions, pour l'organisation de « TOucst africain français » , toujours sous la direction du ministre de l'instruction publique. Du 21 avril 1883 au 20 mai 1885, M. de Brazza, avec un personnel restreint de savants et de militaires, opère i 000 kilomètres de levers sur les cours d eau de notre nouvelle colonie. Celle-ci présentait une surface d'environ 800 000 kilomètres carrés, 275 000 de plus que la France métropolitaine ; elle n'avait coûté que 2 155 000 fr., pas une vie d'homme. C est le 20 mai 1885 que la « mission Brazza » , réalisée en un vaste empire, passa du ministère de^ l'instruction publique à celui de la marine et des colonies.

Incomparablement plus vaste était la région que se réservait, sans pouvoir encore l'occuper, l'Association belge, he territoire de celle-ci, embrassant tout le centre de l'Afrique, avoisinait les possessions portugaises des deux rivages océaniques, le» nouvelles conquêtes à peine ébauchées de l'Allemagne, l'Afrique australe anglo-batave. Du cùté français, ses |>oste8 étaient enchevêtrés dans les nôtres : on se disputait des fractions d'une même vallée.

Le Portugal s'était, le 20 février 1884, fait reconnaître par l'Angleterre la possession des deux rives du bas Congo : c'était fermer au territoire de l'État belge-congolais tout déi>ouché vers l'Océan ; pour son compte, la (rraiule-Brelagne obtenaitlc droit de police dans les eaux portugaises de l'Afrique occidentale et le droit de préférence si le l*ortugal aliénait un jour le fort d'Ajuda et ses droits sur la Cote de l'Or. Enfin, le traité autorisait l'établissement de nouvelles taxes sur les comptoirs européens en territoire portugais. Dès le 14 mars Jules Ferry faisait parvenir à Lisbonne les protestations de la

France, tant au point de vue des né^^^ociants français, menacés par les nouvelles taxes, que de nos intérêts et prétentions politiques dans la région de la Côte de l'Or.

L'Association belge, menacée de mort par le traité angloportugais et que sauvait, en le rendant caduc, la protestation de la France, s'efforça d'entretenir avec celle-ci de meilleurs rapports. Le 23 avril, elle signait avec elle un traité par lequel, sans établir encore de frontière commune, les parties contractantes s'engageaient à ne pas inquiéter leurs postes respectifs. En outre, M. Strauch, président de l'Association, prenait envers la France cet important engagement :

Bruxelles, le 23 avril 1884.

A Monsieur Jules Ferry, président du conseil, ministre des affaires étrangères, à Paris.

Monsieur le Ministre,

L'Association internationale du Congo, au nom des stations et territoires libres qu'elle a fondés au Congo et dans la vallée du Niari-Kiliou, déclare formellement qu'elle ne les cédera à aucune puissance, sous réserve des conditions particulières qui pourraient intervenir entre la France et l'Association pour fixer les limites et les conditions de leur action respective. Toutefois l'Association, désirant donner une nouvelle preuve de ses sentiments amicaux envers la France, s'engage à lui donner le droit de préférence si, par des circonstances imprévues, l'Association était amenée un jour à réaliser ses possessions.

Strauch.

Jules Ferry prit acte de cet engagement dans sa réponse du, 24 avril. En outre, le 31 mai, dans une circulaire adressée à tous les ambassadeurs et représentants de la République fran^ çaise, même dans les cours de Téhéran, Tokio et Pékin, il les chargea d'en faire part aux divers gouvernements. Dans cette circulaire les lignes suivantes sont particulièrement intéressantés à relever :

« L'entente ainsi intervenue... garantit pour l'avenir l'œuvre

poursuivie dans ces régions par le gouvernement de la République, contre l'intervention d'une puissance tierce qui se substituerait à l'Association. »

On sait que par une convention en date du 5 février 1895, près de deux ans après la mort de Jules Ferry, la France a déclaré que son droit de préférence ne serait pas opposé à la Belgique.

Dans l'intervalle, par les votes du parlement belge en date des 28 et 30 avril 1885, Léopold avait été autorisé à devenir le souverain du Congo, dont son testament, en date du 2 août 1889, faisait la Belgique héritière éventuelle.

Nous avons vu (1) que Bismarck, après la rupture, le 2 août 1884, de la conférence réunie à Londres pour statuer sur les finances égyptiennes, avait pris l'initiative de la réunit>n à Berlin d'une autre conférence internationale, en vue de régler les litiges résultant du partage de l'Afrique. Bismarck avait encore un autre but : ainsi que Ta noté M. Engelhardt, qui fut ensuite délégué par la France à la conférence de Berlin, l'Allemagne avait « exprimé le désir de se concerter avec la France et de s'associer à ses résistances contre une politique d'exclusivisme colonial aussi peu dissimulée » . La France accepta l'invitation à celte conférence ; et l'Angleterre, comprenant que cette conférence pouvait bien, en son absence, statuer contre ses intérêts, se hâta de faire connaître son adhésion. Dans ses circulaires d'octobre 188i, Jules Ferry déclarait qu'après un échange de vues relativement aux questions de l'Afrique occidentale il avait été amené à reconnaître, conjointement avec l'Allemagne, qu'il serait désirable d'établir un accord international sur les points suivants :

1" Liberté du commerce dans le bassin et aux embouchures du Congo;

2* Application au Congo et au Niger des principes adoptés par le congrès de Vienne relatifs à la navigation sur certains fleuves internationaux ;

(1) Voir ci-deMus, p. 271.

3° Définition des formalités à observer pour que, à l'avenir, des occupations européennes sur les côtes d'Afrique soient considérées comme effectives.

Les deux grands fleuves africains, Congo et Niger, avaient à ce moment, tout comme le Danube, un caractère international. Le Congo baignait des territoires belges, français, portugais. Aux sources du Niger la France n'apparut que le jer février 1883 avec Borgnis-Desbordes à Bammako; à l'embouchure du Niger, bien qu'elle pût opposer trente-deux comptoirs aux trente-quatre des Anglais, et que ces trente-quatre eussent pu alors être rachetés à bon compte, elle ne put empêcher V United African Company^ constituée en 1879, dotée en 1885 d'une charte royale, de conquérir la prépondérance; les compagnies françaises durent même vendre leurs comptoirs à cette puissance rivale (1884). Ce fut certes une grande faute commise par la France (1) au moment où la théorie de Vhinterland allait partout prévaloir, car elle se trouvait avoir abandonné à la Grande-Bretagne tout un empire, la Nigeria^ englobant les pays de Bénin et Kalabar, la plupart des États haoussas et le sultanat de Sokoto jusqu'au lac Tchad.

On voit qu'au moment où la France fut convoquée à la conférence de Berlin, elle pouvait avoir intérêt à admettre le caractère international des deux grands fleuves africains.

La réunion de la conférence de Berlin était fixée au 15 novembre 1884. L'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, la France, la Grande- Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège, la Turquie y figurèrent. La France y fut représentée par son ambassadeur à Berlin, M. de Courcel, M. Engelhardt, ministre plénipotentiaire, le docteur Ballay, explorateur, assistés par Desbuissons, géographe du ministère des affaires étrangères. Jules Ferry, dans son instruction du 8 novembre, eut soin de formuler les réserves indispensables : il excluait d'avance toute délibération au sujet

(1) Consulter E. Viard, Au Bas-Niger, 1886.

LE PARTAGE DE L'AFRIQUE iiSI

du Sénégal et de TOgèoué, qui traversent des territoires exclusivement français; il admettait, à la rigueur, que même le Niger et le Congo fussent divisés en sections qui seraient soumises à des régimes différents ; enfin les formalités relatives aux prises de possession sur la côte d'Afrique ne pourraient s'appliquer qu'aux occupations qui seraient postérieures à la date des invitations envoyées pour la conférence.

Celle-ci siégea du 15 novembre au 2G février. Elle aboutit à VActe de Berlin^ qui porte cette dernière date. Ses décisions relatives à la libre navigation du Niger et du Congo ne devaient avoir aucun résultat : en autorisant les États riverains à percevoir certains droits en vue d'améliorer cette navigation, on rouvrait la porte aux taxations et aux monopoles, sans lesquels, au surplus, les nouvelles colonies eussent été impuissantes à se constituer. On sait de quelle façon la compagnie anglaise du bas Niger a respecté les décisions de la conférence de Berlin. Quant à celles qui avaient pour objet la protection des indigènes, des missionnaires, des voyageurs, l'abolition de la traite des esclaves, chaque nation ne les a observées qu'en tenant compte des conditions dans lesquelles elle avaità opérer. Les clauses relatives aux prises de possession européennes sont à noter : elles exigeaient que toute occupation nouvelle fût l'objet d'une notification aux autres puissances signataires du présent acte, et que la possession fût confirmée par « l'existence d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis, et, le cas échéant, la liberté du commerce et du transit m . Ces légitimes exigences ne firent que donner une impulsion nouvelle à l'activité des explorateurs, à Tintervention des gouvernements, pressés de rendre « effective » l'occupation des territoires qu'ils convoitaient.

Presque aussitôt après la clôture de la conférence, la France signait, le 5 février 1885, avec « l'Association internationale «' une convention qui fixait enfin la frontière entre leurs possessions respectives. Cette frontière était désormais marquée par la rivière Ghiloango, la crête de partage des eaux entre le Niari-Kiliou et le Congo, le Congo jusqu'à l'embou-

chure de l'Oubanghi, l'Oubanghi jusqu'à l'embouchure du M'bomou, le M'bomou jusqu'au 27* degré de longitude Est de Greenwich. La République française reconnaissait le caractère neutre de cette Belgique africaine, ainsi que son drapeau, — bleu avec étoile d'or au centre. Le texte de la convention présentait quelques obscurités, très excusables quand il s'agissait de régions encore inexplorées, mais dont les Belges abusèrent largement (1).

En outre, le 14 février 1885, à Berlin, sous la médiation de la France, une convention fut conclue entre « 1 État libre » et le Portugal. Celui-ci renonçait au traité anglo-portugais du 26 février 1884; il cédait à l'État libre la rive nord de l'estuaire du Congo, la rive sud restant au Portugal. L'État libre eût été, par le traité anglo-portugais, réduit, tout en occupant au centre de l'Afrique un territoire huit fois grand comme la France, à ne posséder aucun débouché sur la mer; il eût été condamné à périr d'inanition. La protestation de la France le 11 mars 1884 et la convention du 14 février 1885 furent son salut. Peut-être n'en a-t-il pas depuis témoigné à notre pays beaucoup de reconnaissance.

En somme, ce que Jules Ferry avait recueilli de la conférence de Berlin, c'était un vaste territoire, abondamment arrosé, d'une luxuriante fertilité. Le nom du grand ministre mérite d'être associé à celui de Savorgnan de Brazza dans cette création de la plus vaste de nos colonies.

Presque en même temps, Peters prenait possession pour l'x^Uemagne du futur Sud-Ouest allemand; Nachtigal plantait le drapeau de l'Empire sur le Togo et le Cameroun. Plus tard, par le traité du 24 décembre 1885, en échange des droits qu'elle prétendait sur certains territoires des Rivières

(1) 11 dut être revisé par le traité du 29 avril 1887. Tel qu'il se présentait en février 1885, il consacrait de p.ros sacrifices consentis par la France en faveur du nouvel Etat « libre « . On sait que celui-ci, par la suite, ne s'en est pas contenté : ses empiétements sur l'Oubanghi, puis sur le M'bomou, ont failli, en 1893-1894, amener un conflit armé avec la France ; ce conflit ne fut écarté que par la convention du 14 août 1894, en vertu de laquelle les Congolais durent évacuer les territoires usurpés.

du Sud, nous cédions à l'Allemagne Petit-Popo et Porto-Seguro; mais l'expansion française dans la boucle du Niger réduisit le Togo allemand à n'être plus qu'une colonie côtière, dont nous avons Vliinterland.

D'ailleurs, toutes les petites colonies françaises de la côte de Guinée prirent, par l'exploration et la conquête de leur hinterland, une importance qu'elles n'avaient jamais eue. Au lendemain de la guerre franco-allemande, c'était une politique de renoncement, d'abdication et d'abandon que la France avait semblé vouloir pratiquer sur ces lointains rivages. Elle avait retiré des postes d'Assinie, Grand-Bassam, Dabou ses derniers employés et ses derniers soldats, abandon-, nant à leur sort les établissements de la célèbre maison Verdier. Moins de quinze ans après, comme le flux succède au reflux, les postes abandonnés furent réoccupés, l'expansion française se porta sur ces mêmes rivages et commença même la conquête de leur liinterland. Par la hardiesse de nos explorateurs, par les traités obtenus des roitelets et des peuplades nègres, nos établissements de la Côte des Graines et de la Côte d'Ivoire tendirent à se rejoindre au futur Soudan français; notre protectorat s'étendit sur le Baoulé et les pays situés entre le Kong et le Baoulé. A la Côte des Esclaves, le traité du 3 février 18G3, qui avait établi notre protectorat sur le royaume de Porto-Novo, fut de nouveau confirmé, à la demande du roi Tofl^a, par le décret du 14 avril 1882. Ce protectorat devait amener plus tard les deux guerres avec le Dahomey et la conquête de ce pays. Jules Ferry put assister à cette conquête (i8î)2), ainsi qu'à la rapide expansion de sa colonie du Congo dans la direction de l'Oubanghi, du Chari et du lac Tchad.

Dans une autre partie de l'Afrique, au Sénégal, il vit s'exécuter le plan d'expansion qu'avait médité Faidherbe (l).

(1) Sur le Sénégal et le Soudan (rien que pour l'époque de Jules Ferry) : Sénégal et Siger, la France danx i Afrique occidentale, publication du inini»lère de la marine, 1884. — Ascei.lk (ofHcier d'état-major <ln Faidlierhe), Les exptorationt en Sénégal et dans les contrées voisines, 1886. — Le général

Le 10 mars 1881, le capitaine Gallieni faisait sl^jner au sultan Ahmadou le traité qui plaçait sous notre protectorat « le Niger depuis ses sources jusqu'à Tombouctou » et qui préparait la conquête de cette région. La même année, le docteur Bayol faisait signer un traité de ce genre aux alrnamys du Fouta-Djalon.

Le 1" février 1883, le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes construisait un fort français à Bammako, sur le haut Niger, et battait à plusieurs reprises les bandes de Samory.

Au Soudan, les progrès de Borgnis-Desbordes (1880-1883), Boilève, Combes (1884-1885) sont contemporains des deux premiers ministères de Jules Ferry.

Tombé du pouvoir, il put suivre les brillantes campagnes de Gallieni (1886-1888) et d'Arcliinard (1888-1891); les grandes victoires remportées par des armées de quelques centaines d'hommes, dont les trois quarts étaient des noirs instruits à la française; la dislocation des empires dWhmadou et de Samory, le progrès de la domination française sur le moyen Niger, l'expansion dans le Kong et le Mossi.

A THôtel Continental, le 7 juillet 189:2, il lui fut donné de féliciter le lieutenant Mizon qui revenait de son exploration dans le Mouri, le Sokoto et TAdamaoua; il tint à honneur de serrer la main de cet homme « qui se place par ses actes dans Il l'élite de l'humanité, et qui nous fait songer, en cette fin « de siècle où tant de choses semblent s'abaisser, à ces héros «. des grandes légendes de l'antiquité, à ces fondateurs de civi- « lisations dont les noms nous sont arrivés sur les ailes de la « poésie grecque, et qui, eux aussi, allaient tout seuls, au miu lieudes sauvages, et, par le seul ascendantdeleurgénie, fonte daient, civilisaient, assouplissaient la primitive humanité » .

Faiduerbe, Le Séiic(/al; la France dans i Afrique occidentale, 1889. — Gallie>'I, Mission d'exploration du Haut-Ni(jer, 1885, et Deux Campagnes au Soudan, 1891. — Bikger, Du Niger au golfe de Guinée, 2 vol., 1892. — Archin'ard, le Soudan français en 1889-1891, Rapports, 1891, et le Soudan en 1893, le Havre, 1895; un chapitre dans la France eoloniale. — Le lieutenant Jayme, De Koulikoro à Tombouctou, 1891, — Ajouter : le cap. Len- FAisr, Le Niger, voie ouverte, etc., 1902.

Un jour, le 3 juillet 1883, Jules Ferry eut à s'expliquer à la Chambre sur Fexpansion française par le Sénégal. Il s'agissait d'une ligne de chemin de fer à voie étroite, allant de Médine à Kayes et qu'on avait espéré pousser jusque sur le haut Niger. Pour celte ligne, exécutée sous la direction de nos officiers, les Chambres avaient voté 16 millions : les devis furent dépassés ; ils atteignirent 24 millions. Le gouvernement demandait un nouveau crédit de 4 (377 000 francs pour continuer la ligne au moins jusqu'à Bafoulabé. La dépense avait été grossie moins par les difficultés qu'opposaient aux travaux la nature du terrain, le climat, les fièvres que par la construclion de forts destinés à la protéger.

Les anticoloniaux, entre autres La Vieille, ne manquèrent pas cette occasion de dénoncer les mécomptes, les déboires, les périls, l'absurdité de toute entreprise de ce genre. Comme si l'Angleterre n'avait pas pour premier souci de couvrir de voies ferrées ses nouvelles possessions! Jules Ferry, alors président du conseil, leur répondit :

« Je ne veux pas entrer dans le détail. Je voudrais seule- « ment que l'honorable M. La Vieille formulât une proposia tion, et qu'il nous demandât franchement de renoncer à tt l'œuvre que nous avons votée en IS81. Voudrait-il nous tt voir abandonner, sur les rives des affluents du Sénégal, u entre le haut Niger et le Sénégal, cet énorme matériel que « vous avez payé? car le matériel tout entier est rendu aux M abords de la ligne. Vous propose-t-il, ce qui serait grave, « de laisser sans ravitaillement possil)le, sans moyens de tt défense sérieux, les cinq ou six forls que nous avons cons- « truits, et dont le dernier a été glorieusement élevé par le « colonel Borgnis-Desbordes sur les bords du Niger?... le « colonel Borgnis-Desbordes, un de ces héroïques enfants de « la France, dont la race n'est jamais perdue et qui étonnent « par leur courage, par leur audace, en même temps que par tt la variété de leurs aptitudes ! Car ce ne sont pas seulement « des chefs militaires, ce sont aussi des ingénieurs et des « savants... »

Le rapporteur du projet, Arthur Leroy, vient démontrer que, si on déduisait les dépenses qu'avaient absorbées les forts, le télégraphe et d'autres services, on verrait que le chemin de fer n'avait pas coûté plus de 9 millions. Vainement insista La Vieille, vainement intervinrent Blancsubé et Clemenceau, demandant l'ajournement du projet : la Chambre leur donna tort par 241 voix contre 216. C'était une faible majorité; aussi Clemenceau et Blancsubé crurent possible de faire voter une motion d'enquête parlementaire. Après une courte intervention de Jules Ferry, elle fut repoussée par 208 voix contre 182, et la loi votée par 273 contre 101.

Toutefois les anticoloniaux témoignèrent plus d'une fois leur animosité contre ce chemin de fer qui, s'il avait été poussé activement, eût épargné tant de fatigues à nos soldats, tant de dépenses inutiles de transport, tant de vies humaines, et qui eût mis en relation permanente le Sénégal et le haut Niger. Plus d'une fois ils réussirent à faire arrêter les travaux. L'expansion de la France dans l'Afrique centrale en fut énormément retardée. Le chemin de fer de Médine au Niger en fut discrédité et, généralement, pour de longues années, tous les projets de chemins de fer dans les colonies nouvelles.

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