‹ Jules FerryChapitre 69 sur 99 · I.A TU M SI K · texte numérisé non relu

I.A TU M SI K

la Turquie, c'est à cette renaissance de F Islam favorisée par les entreprises du sultan de (^onstantinople. — «C'est ce qui « me permet de dire que la France, en faisant, pour sa « propre défense, ce qu'elle a fait en Tunisie, ce qu'elle v fait a encore à l'heure qu'il est, a porté à cette renaissance du « fanatisme musulman un coup mortel; qu'elle a rendu ainsi a un nouveau et capital service à la cause de la civilisation a qu'elle sert depuis si longtemps. »

Puis le président du conseil démontrait que si le déploiement des forces françaises avait été considérable, en apparence disproportionné avec les résistances qu'on avait à craindre, c'était précisément à ce déploiement qu'on avait dû la faiblesse dans la résistance, la rapidité du succès, le peu qu'il avait coûté. La meilleure tactique n'était pas de se risquer avec peu de monde et peu d'approvisionnements,, comme on l'avait fait en 183G pour l'expédition de Constantine, dont on était revenu « glorieusement, mais battu » . Elle consistait, au contraire, à « réunir des masses qui agis- « sent tout autant par l'effet moral, par l'effet imposant que « produit sur le moral des tribus barbares le déploiement u d'un grand appareil militaire que par la destruction des a individus eux-mêmes... Nous avons voulu faire voir à ces- « tribus barbares et insoumises ce que c'est qu'une armée tt française, et leur faire sentir tout le poids de notre orgauiu sation militaire... Nous l'avons voulu, parce que c'est la tt seule politique à suivre pour pacifier la Régence : c'est par • le déploiement d'une force supérieure, par une action « énergique sur l'esprit et l'imagination de ces peuplades « indomptées, qu'on pourra les faire rentrer dans l'ordre et « pacifier la Régence.

« A entendre tout ce qui se dit, à lire tout ce qui s'écrit « sur cette affaire de Tunisie, il semble, en vérité, que nous « soyons au Icndcmam d'un désastre national... Kllc doit être « placée sur la même ligne que l'expédition à jamais lamcn- « table du Mexique... Elle nous a fait perdre nos alliances « en Europe, elle a désorganisé aotre armée... Nos alliances

« perdues? Messieurs, vous avez signé hier un traité de coma merce avec Fltalie !... Je ne sache pas qu'un traité de coni- « merce ait jamais été le signe d'une mésinteUigence proa fonde entre deux nations voisines et amies... Notre armée H désorganisée?... Je crois qu'il y a peu de marches militaires « aussi belles que celles que le général Forgemol vient d'exé- « cuter, en douze jours, contre Tebessa et Kairouan... Il y a « peu de faits d'armes aussi considérables, aussi honorables a pour notre armée que la campagne qui commença par la « pointe du général Sabatier sur Zaghouan, et qui s'est con- « tinuée par cette admirable, cette splendide, cette triom- « phale marche de la colonne du général Saussier jusqu'à « Kairouan. »

L'orateur terminait par ces paroles courageuses en l'état présent de l'opinion :

a A l'heure qu'il est, notre véritable ennemi dans la Ré- « gence, ce n'est pas l'indigène, — nous en venons à bout « par la force ; ce n'est pas l'étranger, qui nous regarde et « nous jalouse : c'est l'incertitude, incertitude apparente « seulement, qui règne sur les résolutions définitives du gou- « vernement français... Cette polémique ardente à laquelle « on se livre depuis deux mois, dans le pays, contre l'expé- « dition de Tunis ; ce fait que des portions importantes de (• l'opinion publique, que des partis organisés se prononcent « ouvertement pour le retrait des troupes et Tabandon de la « Tunisie, cela est loin d'être indifférent. Ces dispositions sont « connues, escomptées. Croyez bien que le monde arabe, qui « possède des moyens d'information, de communication, si « nombreux, si discrets et si sûrs, est au courant de tout ce « qui se dit. Le danger, en ce moment, c'est de laisser croire « qu'un jour vous vous lasserez et que vous abandonnerez « votre œuvre. . . Ne faites rien qui puisse porter une atteinte, si « faible qu'elle soit, à la juste reconnaissance que nous devons « à l'armée et à ceux qui la conduisent. Ne touchez pas, si « légère que soit la main, à ces deux grands intérêts : ne « touchez pas à la France, ne touchez pas à l'armée ! »

Dans la séance du lendemain, 7 novembre, Naquet, Amédée Le Faure, reproduisirent les arguments de l'opposition. Le ministre de la guerre, général Farre, démontra que toutes les pertes de la campagne de Tunisie, tant par le feu que par les maladies, se chiffraient seulement par 782 hommes. Clemenceau essaya de passionner le débat, en insinuant que l'expédition n'avait été faite que pour sauver les intérêts de la compagnie des chemins de fer Bône-Guelma, de la société de l'EnKda, d'un crédit foncier projeté par Léon Renault, et finit par proposer une demande d'enquête sur les origines de l'expédition tunisienne. Jules Ferry releva vivement ces insinuations : est-ce que l'intérêt national ne suffisait pas à expliquer l'expédition? Les intérêts dénoncés par M. Clemenceau n'y avaient été pour rien. Ceux de la compagnie Bône- Guelma (pour le chemin de fer de Sousse) et de la société de l'Enfida étaient, au surplus, parfaitement honorables. Le crédit foncier projeté par Léon Renault eût été certainement très utile à la colonisation européenne ; mais il n'avait été ni recommandé par la France ni accepté par le bey.

« Je viens de vous montrer qu'il n'y a pas eu d'excès de « zèle dans cette affaire ; et, en vérité, l'excès de zèle sera H désormais la chose à redouter le moins de la part de nos a consuls généraux ; car vous venez de donner à ceux qui « défendent avec ardeur les intérêts français à l'étranger une « terrible et lamentable leçon...

« De deux choses l'une : il faut blâmer, rejeter, comme a indigne d'occuper la Chambre et le pays, ce qu'on appelle « la conquête économique... ou bien, il faut admettre que les o capitalistes et les sociétés qui entreprennent de fonder làtt bas des chemins de fer, des banques, des crédits fonciers « et autres entreprises semblables, sont des collaborateurs a de la conquête économifjue, et non pas des coupeurs de « bourse qui ne méritent que la colère et le mépris du par- « lement... Parmi les u ploutocrates » , la compagnie de Bône- « Guelma a particulièrement attiré l'animosité et les paroles u sévères de M. Clemenceau... A la porte de l'Algérie, qui

« nous a coûté si cheràconquériretàconserver, voilà une ligne « de chemin de fer qui s'établit, allant de Tunis à la fron- « tière algérienne... Et c'est là une mauvaise chose, une « chose qui ne regarde pas la France, un coup de Bourse ! . . . « .le dis, moi, que c'est une chose patriotique; que c'est une « chose honnête, utile, et que ce fut là un coup de fortune a pour la France!... Et je demande, en vérité, si le gouveru neur général de l'Algérie, si le gouvernement actuel avaient « laissé passer une pareille occasion, quels justes reproches (t on nous eût adressés ; quelles malédictions, quelles accu- « sations d'imprévoyance, de dédain des intérêts français, de « légèreté et de routine bureaucratique ! J'entends d'ici l'élo- . a quente philippique de l'honorable M. Clemenceau. »

L'orateur avait hâte de s'élever au-dessus de ces mesquines insinuations, pour aborder une autre série des objections dont on cherchait à l'accabler. La Tunisie était pour l'Algérie la meilleure protection; or, on avait supprimé la Tunisie ; on l'avait tuée! La Tunisie, au contraire, on venait de la consolider, de la fortifier, on allait l'organiser. En contradiction avec cette objection venait celle des politiques qui disaient : « Pourquoi ne pas annexer la Tunisie? L'annexion vaut mieux que le protectorat. » Jules Ferry réfutait à la fois la thèse de l'abstention et la thèse de l'annexion. La France n'entendait pas avoir opéré une conquête ; elle ne voulait pas de l'annexion; elle s'en tenait au protectorat. Grâce au protectorat, elle s'épargnait tout le détail de l'administration locale, d'infinies responsabilités, et de lourdes dépenses pour la métropole. M. Clemenceau avait également touché la question diplomatique. Il avait dit : « En cas de guerre européenne, est-ce que l'échiquier militaire ne sera pas modifié?'>

« Oui M , répliquait le président du conseil.

« Oui, il sera modifié, mais à notre profit, en fermant une

porte par laquelle on peut entrer chez nous... Ces choses « ne sont point des choses de l'heure et du moment; ce sont « des choses et des œuvres d'avenir. Eh bien! je prie ceux « qui s'occupent de politique étrangère — et ils sont nom-

• breux sur les bancs de la droite — de réfléchir à ce qui

• pourrait arriver dans un temps donné — éloigné, j'en suis

• sûr — dans le cas d'un conflit à propos de la question

• d'Orient; ce jour-là vous direz qu'il s'est trouvé, en 1881, m un ministère qui a pris une initiative périlleuse pour lui a — nous le voyons aujourd'hui — mais heureuse pour la c patrie ! »

Venant à la proposition d'enquête faite par MM. Clemenceau et Naquet, il la repoussait en ces termes énergiques : « Une enquête surquoi?... Une enquête sur l'origine de la

• question tunisienne? Est-ce qu'il vous reste quelque chose « à apprendre?... N'avez- vous pas le Livre jaune entre les « mains, et n'avez- vous pas entendu nos explications?... Est-ce « que les meilleures enquêtes ne sont pas celles qui se font à « la tribune? Une enquête sur les opérations militaires? Y u pensez-vous, messieurs, et en avez-vous mesuré toute la tt portée, tout le péril pour la discipline de l'armée, pour la a hiérarchie militaire?... Demander aux soldats s'ils sont « contents de leurs chefs et s'ils ratifient les actes du com- « mandement?... Une enquête sur la solution qu'il convient « de donner à l'expédition tunisienne? Prenez garde, car, ici,

• vous toucheriez à la France, à l'intérêt français lui-même; « car, si vous voulez éterniser l'insurrection tunisienne dans u le sud de la Régence, si vous voulez donner un encouragement au fanatisme musulman... si vous voulez fortifier,

« alimenter l'insurrection, jeter de l'huile sur le feu... faites

• l'enquête demandée par M. Clemenceau, enquête qui peut « laisser supposer que l'évacuation pourra être la solution de

• cette question... »

La demande d'enquête fut repoussée par 3*28 voix contre IGI, et, sous une autre forme que présenta Ballue, par 310 contre 171.

Nous avons vu plus haut (l) sous quelle nécessité de politique intérieure, sous quelle pression de sentiments, ou sym-

1^1 Voir (i dessus, |). lî)7.

pathiques, ou hostiles à Gambetta, mais tous le poussant éfjalement au pouvoir, succombait, même victorieux aux élections dernières, même victorieux en Tunisie, même victorieux des interpellations tunisiennes, le premier cabinet Ferry. Sa démission fut remise le 10 novembre.

Gambetta, chef du « grand ministère » , suivit, en Tunisie, exactement la même politique. Le 1" décembre 1881, à propos d'une nouvelle demande de crédits, comme M. Dclafosse demandait une revision du traité de Kasr-Saïd, Camille Pelletan posait ce dilemne : ou l'annexion, ou l'abandon de la Tunisie. Gambetta repoussa l'une et l'autre solutions, et emporta, à une majorité de 400 voix, le vote des crédits. Le 15 décembre 1881, dans le procès intenté par M. Roustan à V Intransigeant, le jury de la Seine ayant acquitté le second, ce qui semblait condamner le premier, Gambetta n'en maintint pas moins à son poste ce bon serviteur de la France. Dans les années qui suivirent se poursuivit la réorganisation de la Tunisie, administration, justice, finances. Quand M. Roustan fut nommé, le 18 février 1882, ministre plénipotentiaire à Washington, on lui donna comme successeur M. Paul Gambon, qui révéla un certain talent d'organisateur en même temps que de diplomate

L'œuvre de réorganisation était déjà très avancée quand Jules Ferry, le 21 février 1883, revint à la présidence du conseil. Il eut à faire voter par les Chambres : 1° la loi du 27 mars 1883 instituant les tribunaux français en Tunisie : ce qui permit aux Etats européens de renoncer à leurs propres juridictions; 2" la loi du 10 avril 1884 approuvant la convention financière conclue avec le bev, le 8 juin 1883, en vertu de laquelle la France garantissait un emprunt beylikal destiné à rendre possible la conversion ou le remboursement de la dette tunisienne. Cette mesure permit de dissoudre la « commission financière » , qui représentait les créanciers de la Régence et qui s'était fait attribuer la moitié des revenus de l'Etat. La Tunisie recouvrait son indépendance financière à l'égard de l'Europe; elle put siVQir V>n budget régulier;,

celui-ci, dès 1883, accusait une augmentation de recettes de 7 millions. Les excédents ne cessèrent de croître ; ils permirent d'accorder au peuple tunisien la suppression des impôts les plus mal assis, les plus vexatoires, les plus lourds, et d'exécuter les travaux publics les plus urgents. C'est à l'occasion du vote de l'emprunt que Jules P^erry, le l" avril 1884, dut répondre à une interpellation de Camille Pelletan, qui demandait comment les Chambres françaises pourraient contrôler la nouvelle organisation financière de la Tunisie; en somme, la question que soulevait Pelletan revenait à l'alternative qu'il avait déjà posée : ou l'annexion, ou l'abandon. C'est ainsi que le comprit Jules Ferry :

«... Le protectorat est beaucoup plus économique, et la « Tunisie, en dehors des sommes nécessaires à l'entretien du .1 corps d'occupation, peut être aujourd'hui gérée sans coûter u un sou au Trésor français, tandis que Si vous la transformez a en un département algérien, vous saurez ce que vous « aurez à payer... Sous quelle forme, par quel procédé, la

• France sera-t-elle informée de ce qui se passe là-bas? Où « «era sa garantie?... Cette garantie ne peut pas consister « dans un examen direct du budget tunisien parles Chambres « françaises .. C'est dans le contrôle par voie médiate, par

• voie de responsabilité ministérielle... Le gouvernement

• français administre la Tunisie, sous la res[)onsabilité, non « seulement du ministre des affaires étrangères et du ministre « des finances, mais sous la responsabilité collective de « tous les ministres, du conseil tout entier. Voilà la garantie « du parlement... Est-ce que la majorité n'exerce pas sur les « actes du pouvoir exécutif un contrôle suffisamment vigia lanl?... Comme il n'y a pas à craindre que la vigilance de u la presse s'endorme sur les affaires de la Tunisie, vous « pourrez, à toute heure de votre session, interpeller le a gouvernement sur un acte quelconque du protectorat. Je a ne vois pas, quant à moi, d'autre façon de combiner le « protectorat avec le contrôle des Chambres : c'est la responii sabilité ministérielle qui est l'intermédiaire, n

Le 3 avril 1884 Jules Ferry répondit à M. Delafossc qui réclamait des éclaircissements sur les négociations entamées avec l'Angleterre et Tltalie en vue de la suppression des Capitulations. Il constata que les négociations avaient, en effet, pour but d'o])(enir non seulement de l'Angleterre et de l'Italie, mais de l'Allemagne, de l'Espagne et de cinq ou six autres puissances, qu'elles voulussent bien renoncera maintenir dans la Régence leurs tribunaux particuliers à l'usage de leurs nationaux ou protégés, et confier ceux-ci à la juridiction des tribunaux français. Cette suppression assurerait à la Tunisie son indépendance judiciaire. L'Italie avait déjà consenti à fermer son tribunal; elle avait fait cette seule réserve, inspirée par les doctrines pénales en vigueur chez elle, que la peine de mort ne serait pas applicable aux Italiens; et la France avait cédé de bonne grâce : « C'est une concession que nous avons « faite volontairement et gracieusement à l'Italie... Nous « avons cherché à introduire dans ce protocole toutes celles « qui pouvaient lui donner satisfaction ; car nous mettons à « haut prix l'amitié de cette grande nation, et nous avons « salué avec bonheur, dans la conclusion de cette conven- « tion, négociée par l'illustre M. Mancini, approuvée par « l'opinion italienne, applaudie par toute la presse de la a péninsule; nous y avons vu et salué, comme cette presse « elle-même, une nouvelle et heureuse consécration de cette « vieille confraternité d'armes et de civilisation qui est le « profond et indestructible ciment de l'amitié des deux tt grands peuples. »

L'exemple de l'Italie, de l'Allemagne et de l'Angleterre avait été suivi par la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la Grèce, la Suède, les États-Unis, la Hongrie en attendant l'Autriche, le Portugal, la Russie, « qui toutes ont renoncé à « leurs privilèges et juridictions, en proclamant à l'envi que, « du moment qu'il y a une justice française instituée dans la « Régence, leurs nationaux sont assurés de trouver en elle « plus de garanties d'imparti^tUté et d'indépcndçinçç que devant « toute autre juridiction » ,

Au Scnal, le 8 avril, répondant à un discours du duc de Broglie sur la convention financière franco-tunisienne, Jules Ferry terminait le sien par cette déclaration :

« C'est le protectorat que nous voulons constituer en Tu- « nisie, c'est le protectorat que nous avons fait fonctionner, H et j'ai le droit de dire qu'après deux ans il fonctionne avec « un succès et avec des espérances d'avenir qui devraient, au K moins pour une fois, faire taire mes contradicteurs. »

En 1887, après un voyage d'études en Algérie, il avait tenu, accompagné de Mme Jules Ferry et de son frère, à visiter la Tunisie. A Tunis, l'hospitalité lui fut offerte dans un petit palais arabe, tout en marbre blanc, que le « ministre de la plume», Si-Djellouli, avait mis à sa disposition. Dans un petit salon, il reçut Européens et indigènes, accueillant leurs hommages, leur exposant ses idées, qui se résumaient dans le progrès de la Tunisie par le protectorat bien compris. Dans un punch que lui offrit le cercle des Français de Tunis, il développa un large programme de réformes, car, disait-il, « le protectorat de la Tunisie ne doit pas être un protectorattt borne, mais un protectorat réformateur » . Un de ses amis qui l'accompagnait dans ce voyage remarqua qu'il « se prodiguait sans fièvre, avec une extraordinaire et douce ténacité... Il semblait que les choses passées fussent toutes à ses yeux absolument mortes, que l'avenir seul fût désirable, et c'est peut-être ce qui explique son extraordinaire indifférence aux vanités de la gloire... Je ne surpris pas un instant, sur ses traits, la moindre expression d'orgueil ni de joie... Il parlait de son œuvre sans se nommer » . A Kasr-Saïd il n'eut pas un regard pour la table sur laquelle avait été signé le traité de protectorat et que les indigènes tenaient à lui faire voir; mais il passa une journée entière à visiter des écoles arabesfrançaises et deux autres à étudier la magnifique rade de IJizerle (I).

A son retour, il prit la parole, le 1" mars I8SS, ù la

(1) Emile Maaqukiiat, Jules Ferry en Afriffue en 1887, «laii.s l<,' Journal des Débatt du 5 avril 1893.

Chambre, cette fois comme simple député, dans la discussion du budget. Il se plut à constater les progrès réalisés par la Tunisie sous le régime du protectorat. Il rappela que le conseil municipal et les notables de Sousse, s'étant fait présenter au voyageur, lui avaient dit : « Nous avons tenu à vous déclarer que notre nouvelle organisation nous donne une satisfaction complète pour deux raisons : parce que la France a respecté nos traditions et notre bey, et parce qu'elle ne nous a pas inondés de ses fonctionnaires (1). »

(1) Plus tard l'œuvre de Jules Ferry sera complétée par les né{;ociations de «on ancien chef de cabinet, M. Hanotaux, qui, ministre des affaires étrangères, obtint, en 1896 et 1897, que ritaiie, la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre, etc., renonçassent aux traités de commerce qu'elles avaient autrefois signés avec la Régence ; les puissances reconnurent que « le traitement de la nation la plus favorisée ne comprend pas le traitement français » et se contentèrent de trouver dans la Hégence les mêmes avantages dont elles jouissaient dans la France métropolitaine. Complète fut alors l'indépendance, financière comme judiciaire, de la Tunisie à l'égard de toute autre puissance que la France.

Page 1