LA PAIX AVEC LA CHINE
nous serions dédommagés par un traité de commerce, Fou-, verture de quelque port, ou la concession de quelque chemin de fer en Chine. Quant à l'évacuation du Tonkin par les troupes chinoises, comme elle avait déjà été stipulée par le traité de Tien-Tsin, la France ne pouvait-elle se contenter du décret impérial, en date du U) juillet, prescrivant cette évacuation (1)?
Une difficulté surgit : Jules Ferry voulait s'assurer que c'était bien le gouvernement chinois qui négociait avec lui par cette voie anormale. Gomme on ne pouvait attendre l'envoi des pleins pouvoirs, il demandait que leur existence fût affirmée par le Tsong-li-Yamen au consul de France de Tien- Tsin qui, par notre ministre Patenôtre (alors retiré à Shanghaï), télégraphierait à Paris. C'est le 12 mars que Li-Hong- Tchang fit cette communication, affirmant que Robert Hart avait pouvoir pour traiter aux conditions déjà connues, et Campbell pour signer les préliminaires.
Quand Jules Ferry apprit, par le premier télégramme (du 26 mars, arrivé le 27), la retraite de Négrier sur Lang-Son, il eut une vive préoccupation, et sans doute une véritable angoisse : il craignait, comme il l'écrivait à notre ambassadeur à Berlin, que « cet embryon de négociation v ne fût compromis. Quand arriva, le 29, le télégramme annonçant la blessure de Négrier, il en prit connaissance avant de recevoir l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, qui venait lui présenter le délégué autrichien pour la commission du canal de Suez. Il s'entretint avec eux des affaires d'Egypte dans une complète liberté d'esprit; puis, après la sortie des deux diplomates, tendant le télégramme au directeur politique, M. Billot, qui avait assisté à l'entretien, il lui dit : « Lisez! Fn nouvel échec à Lang-Son, et pas de nouvelles de Pékin! Voilà l'issue de
11108 négociations peut-être ajournée. Et demain le ministère n'existera plus ! »
(1) Voir ct-dessiii, p. 349.
de Lang-Son, sans se laisser éblouir par des faits dont elle appréciait la médiocre portée, toujours tenue en échec par la flotte française, réduite aux extrémités par le blocus du riz, ne pensait guère à revenir sur ses pas. Au surplus, le cabinet Ferry continuait à envoyer au Tonkin des renforts, et prescrivait à Courbet de maintenir étroitement le blocus du Petchili.
Le 30 succombait Jules Ferry; le lendemain, il recevait de Robert Hart un télégramme annonçant que la Chine, même après Lang-Son, toujours aux mêmes conditions, consentait à la paix et que le président du conseil avait seulement à télégraphier son acceptation de certaines modifications, d'ailleurs sans importance, qu'elle proposait.
La chute du cabinet ne changea rien aux dispositions de Robert Hart, ni à celles de la Chine. Campbell était en mesure de signer les préliminaires; mais, sur cette pièce, quelle signature française figurerait en face de la sienne? Jules Ferry ne pouvait signer, ou s'en faisait scrupule. Le 3 avril Robert Hart télégraphiait de Pékin : « Le Tsong-li-Yamen est très impatient d'un prompt règlement. Un délai d'une semaine peut faire échouer l'arrangement que nous avons effectué après trois mois de travail patient et persistant. » Alors le président de la République intervint et autorisa M. Billot à signer. Au moins est-ce à un bon serviteur du pays qu'échut cet honneur que la fortune avait refusé à Jules Ferry. Les préliminaires furent signés dans le protocole du 4 avril, deux jours avant l'avènement du nouveau ministère. Ils reproduisaient les termes du télégramme du 28 février, sauf la variante demandée par Jules Ferry, et d'autres, sans importance, demandées par les Chinois. Le même jour fut signée la « note explicative du protocole ». Le 5 avril, Campbell recevait ce télégramme de Robert Hart : a Bravo. Bien fait. Mes remerciements et félicitations " . Le 6, les préliminaires étaient ratifiés à Pékin, par décret impérial. Le 9 juin, était signé à Tien-Tsin le traité définitif. Les hostilités avaient déjà cessé sur terre et sur mer, les évacuations s'opéraient, et tous les blocus étaient levés.