LA PAIX AVEC LA CHINE
Dans riiistoire des négociations il n'est question, à celte époque, que de l'empereur de Chine, Kouang-Su (un enfant de 13 ans!) et de sa décisive intervention. Kn réalité, c'est à rimpéralrice douairière, la célèbre Tzé-Hy ou Sy-Tay-Héou, qu'il convient d'en faire remonter tout l'honneur (1). C'est ce que fit Jules Ferry dans un interview qui eut lieu très peu de temps après sa chute. Voici ce qu'il disait : « On ne se méprit pas en Chine sur la portée d'un succès fort éphémère. L'impératrice, qui est réellement une femme supérieure, ne s'v arrêta pas un instant. Comme on discutait ropporlunité de la pai.x, l'impératrice l'imposa et voulut elle-même se rendre compte du texte chinois des préliminaires de paix. Les négociations, à l'état embryonnaire la veille encore, revêtirent tout à coup une forme définitive. Toute hésitation avait cessé ; la paix fut faite. » — « Trop tard pour que vous pussiez la signer w ! fit observer l'interviewer (2).
Le dernier épisode des luttes d'E.vtrême-Orient, mais qui n'intéressait en rien la Chine, et dans lequel le cabinet Ferry n'était plus pour rien, fut, en juillet, l'expédition du général de Courcy à Hué; il réprima l'insurrection fomentée par la cour d'Annam et fit installer un nouvel empereur, encore aujourd'hui régnant.
Dans la journée du 30 mars, Jules F'erry, en butte aux injures et aux accusations les plus violentes, aurait donc pu
• répondre victorieusement : il avait si peu trompé la Chambre qu'il lui apportait le Tonkin pacifié et la paix avec la Chine. H respecta le secret qu'avait exigé de lui Robert Ilart. Dans l'intérêt supérieur du pays, il se tut, et son silence fut l'arrêt de mort de son gouvernement. Il donna ainsi un grand et rare exemple de vertu civique. Jusqu'au bout, Jules Ferry resta plus grand que ses ennemis, plus patriote que ceux qui
(1) Voir la très curieuse et tolide étude <1é M. Louih Colore sur l'impératrice Sy-Tay-Héoii, dans la Hevue île Pun's ilii l" mai 1900. Du iihmih', but Li-llong-Tchan|>, ibiJ., 1" Jioût 1S96.
(S) Interview prit à Jules Ferry, donné par \*i Figaro du 19 juin 188.").
rets de la patrie » , car à ceux qui nous avaient fait perdre l'Egypte il ne permit pas de nous faire perdre l'Indo-Ghine.
Il prit sa revanche, comme nous le verrons, dans la séance du 28 juillet 1885, où, simple député, revenant sur les affaires d'Indo-Ghine en même temps que sur celles de Madagascar, il put dire à ses interrupteurs :
« J'ai montré que je savais me taire, quand j'estimais que l'intérêt public ne me permettait pas d'aborder et d'engager certaines discussions. Je me suis tu quand il fallait me taire et quand le devoir m'en était imposé... »