‹ Jules FerryChapitre 77 sur 99 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Peut-être y a-t-il lieu ici de revenir sur les critiques dont l'affaire du Tonkin fut l'objet et qu'on peut recueillir dans le fatras des polémiques d'alors (1). A entendre les adversaires de Jules Ferry, que de fautes n'aurait-il pas commises! 11 n'aurait su a ni prévoir les difficultés de l'heure présente, ni calculer celles de l'avenir» . Il n'aurait « procédé que par résolutions précipitées et par coups de tête : coup de tête, l'impardonnable désaveu infligé à Bourée ; coup de tête, la marche du lieutenant-colonel Dugenne sur Lang-Son en plein mois de juin ; coup de tête, le langage tenu à la Chine après 1 affaire de Bac-Lé ; coup de tête, l'équipée de Formose ; coup de télé, la marche de Négrier sur la frontière de Chine. " KeprcnoDS, l'un après l'autre, tous ces griefs.

Si Jules Ferrj' et Challemel-Lacour n'avaient pas infligé un désaveu à Bourée, à son étrange projet d'arrangement, aux folles exagérations de sa correspondance sur les ressources et la puissance militaire de la Chine, c'est alors qu'ils eussent été impardonnables (2).

(l)On trouvera ces critiques non seulement dans les discours des opposants,

P'\» ramassées et rassemblées dans des journaux sérieux, par exemple le iritat dct Dehat^, numéro du 30 mars; dans les rapports C. l'eJIctan cl De la rte, du 17 décembre 1885 ; enfin dans la brochure du sénateur de (^onstioc FoHCiOLi, sous ce titre : Jules Ferry est-il coupable? Oui. l'ari», 1885. 2) Le refus de l'arrangement Hourée, audire de Pourée, u c'est la guerre!... lutte prendra un caractère plus sérieux, à mesure que des contingents ••xen:és arriveront du nord, pour^'us d'armes à tir rapide et d'une cx<;ellentc irtiilcrie. Cclt»; guerre... n'exposera la Chine à aucun rêver» décisif, puisqu'il ne saurait entrer dan» notre esprit d'attaquer désormais les forniidiibles

La marche du lieutenant-colonel Dugenne sur Lang-Son n'était pas une opération qui, même en plein été, dût se remettre, pas plus que la marche conduite ensuite sur la même ville par le général de Négrier : pour cette bonne raison que la diplomatie chinoise essaya constamment, jusqu'à la fin, de revenir sur l'abandon de cette place, et qu'il y eut toujours urgence à la mettre hors de discussion.

Quant au langage tenu à la Chine par Jules Ferry, après l'affaire de Bac-Lé, peut-on s'étonner qu'il ait été sévère? Li-Hong-Chang accepte du capitaine Fournier un papier stipulant qu'à partir du 9 juin Lang-Son aura été évacué ; il ne nous avertit pas qu'il y ait quelque chose de changé ; quand les Français croient aller prendre paisiblement possession de Lang-Son, ils trouvent sur leur chemin, les 23 et 24 juin, les Chinois établis et retranchés, commandés par des généraux du parti de la guerre, et ce sont les Chinois qui tirent les premiers ! En sorte que c'est à la fois le parti de la guerre et le parti de la paix qui, l'un en agissant, l'autre en se taisant, préparent la surprise de Bac-Lé à la colonne française. La Chine ne fit rien pour se disculper d'avoir préparé un guetapens ; elle ne fit rien pour expliquer des apparences qui

ouvrages qui couvrent Pékin... C'est le vice-roi i^i-Hong-Tchang... qui sera chargé de préparer la campagne chinoise au Tonkin. Je connais son activité, son courage et son énergie; nous aurons en lui un adversaire dangereux... Votre Excellence peut être sûre qu'il nous y suscitera des embarras et ries obstacles dont on pourra regretter de ne s'être pas assez soucié » . (Dépêche du 17 mars 1883.) Dans la dépêche du 5 décembre 1882, lîourée avait déjà donné cours aux plus étonnantes exagérations. « Les canonniers... ne le cèdent en rien, comme adresse à manier un matériel excellent, à ceux des meilleures armées européennes » . La Chine possède « un nombre imposant de navires de combat et de croiseurs... des cuirassés, des croiseurs à grande vitesse armés de pièces puissantes. « Comment nos troupes pourront elles seulement débarquer au Tonkin? Dans telle autre de ses dépêches, Bourée prête à IJ-Ilong- Tchang 150 000 hommes! Les politiques qui se firent contre Jules Ferry une arme de ces appréciations de Bourée ont dû être quelque peu humiliés quand ils ont vu CourI)et anéantir en un jour les forces navales de la Chine; quand ils ont vu les soldats de Millot, Rrière de l'isle, Négrier, se battre un contre dix; quand ils ont vu, en 1895, les faciles victoires japonaises justifier la clairvoyance de Jules Ferry; quand ils ont vu, en 1900, le peu de résistance qu'offrirent à quelques poignées d'Européens, d'Américains et de Japonais « les formidables ouvrages qui couvrent Pékin »!

toutes la condamnaient; elle laissa les troupes régulières impériales commettre, à Hac-I.é, les mêmes barbaries à l'égard des blessés et des morts; et enfin n'a-t-elle pas essayé d'exploiter la situation nouvelle, créée par sa propre fourberie, en revenant sur toutes les stipulations de Tien-Tsin, en reproduisant toutes ses impudentes prétentions d'autrefois, ses exigences de « vainqueur à vaincu » , jusqu'au maintien de sa suzeraineté sur l'Annam et à l'évacuation du Tonkin par les Français? La première fois que les Gbinois mettent une sourdine à leurs rodomontades, c'est lorsqu'ils apprennent que Courbet cingle sur Fou-Tchéou. Quand ils se résignent à traiter sérieusement, c'est lorsque l'action de notre marine et les rigueurs du blocus du riz menacent de la famine Pékin et toute la Chine du nord. Ils n'ont cédé qu'à la force ! '

Fn admettant même que le lieutenant-colonel Dugennc ait eu tort de ne pas s'arrêter devant l'obstacle, que plus tard Négrier se soit trop aventuré sur le territoire cliinois, que son successeur Herbinger ait commis des fautes Inexcusables, en quoi la responsabilité personnelle et politique d'un président de conseil pourrait-elle s'en trouver engagée?

Le « coup de tête » de Formose ? Nous avons vu, au contraire, à quel point l'entreprise fut réfléchie, méditée, discutée avec l'amiral Courbet qui, après avoir proposé une action dans le nord des mers chinoises, finit par se rendre aux raisons d'ordre politique (|ui obligeaient notre gouvernement à se contenter d'opérations dans cette île.

Tout ce que Jules Ferry avait dit à la Chambre des conditions particulières où évoluait la diplomatie chinoise, de ses singulières habitudes, de ses usages si étrangers à l'Furope, des ménagements de formes qu'il fallait garder avec elle, de la nécessité de ne jamais rompre avec les Célestes; de ne jamais

Ileur déclarer la guerre, lors même (ju'on la leur faisait; des motifs inattendus dont s'inspiraient les résistances des Chinois ou leurs soudaines résipiscences, tout se trouve pleinement justifié dans cette négociation dernière où deux Anglo-

nèrent à bien la négociation dans laquelle avaient échoué les diplomaties officielles.

Certains ont reproché à Jules Ferry de ne pas proportionner l'effort au but qu'il se proposait, de n'avoir pratiqué que la politique des « petits paquets " . L'événement prouva que les sacrifices qu'il avait demandés aux Chambres, les envois de renforts, les demandes de crédits, si insuffisants qu'ils parussent, avaient été cependant proportionnés à l'entreprise indo-chinoise, quels qu'en pussent être les péripéties et les imprévus. Les forces que le cabinet Brisson rassembla ensuite au Camp des Lanciers n'eurent même pas besoin de s'embarquer pour l'Extrême-Orient.

Quant aux prétendus désastres tonkinois qui avaient })rovoqué la chute du cabinet, presque aussitôt des informations précises firent comprendre à tous que le cabinet Ferry n'avait commis aucune des fautes pour lesquelles on l'avait frappé. Dès le surlendemain de la néfaste séance, un nouveau télégramme de Brière de Tlsle faisait connaître que toutes ses dépêches antérieures, trompé qu'il était par les rapports d'Herbingor, avaient été empreintes de la plus grande exagération et même des plus graves erreurs.

« Hanoï, 1" avril.

u La blessure de Négrier va aussi bien que possible. Pas de fièvre. — L'évacuation de Lang-Son, à la suite de la blessure de Négrier, semble avoir été un peu précipitée, surtout après la réussite d'une contre-attaque de notre part sans pertes sensibles pour nous. La brigade avait vingt jours de vivres et de munitions qui lui permettaient d'attendre les convois en route et annoncés. On ne s'explique pas non plus l'évacuation si rapide de Dong-Son... La .situation est, en résumé, meilleure que ne faisaient supposer les renseignements exagérés qui m'étaient parvenus depuis quatre jours... »

Cette dépêche arrivait deux jours trop tard. Elle ne pouvait plus sauver le cabinet, mais elle lui apportait sa justification.

La journée du 28 mars, celle de Ki-Lua, où fut blessé le général de Négrier, était en réalité une brillante victoire, rem-

portée avec 3 500 hommes contre 50 000 armés de fusils et de canons à tir rapide, énergiquement conduits et qui se battiient bravement. Nous n'avions perdu que 3 tués, 2 disparus et 37 blessés (dont le général), tandis que les Chinois avaient été cruellement décimés. Aussi ne pensaient-ils guère à attaquer Lang-Son, dont Herbinger, le soir même de la bataille, ordonna Tévacuation. Ils n'osèrent le poursuivre dans sa retraite. C'était sans aucune raison ni prétexte que cet officier, en l'absence de Négrier, s'était permis de télégraphier à Brière de Tlsle que vivres et munitions lui faisaient défaut, car il avait de tout en abondance; sans l'ombre d'une raison, il avait fait jeter dans les torrents une batterie de montagne, la caisse de l'armée, fait détruire les registres de comptabilité et les appareils télégraphiques, comme s'il eût voulu donner à ses soldats, à la Chine et au monde, au soir même d'une victoire, l'impression d'une déroute (I). Il offrit le même spectacle d'affolementà Than-Moi, qu'il évacua et où il voulait détruire une autre batterie. Plus tard, une enquête militaire fut ordonnée sur le cas d'Herbinger; le rapport du colonel Borgnis-Desbordes fut terriblement accusateur : ou bien Herbinger avait menti, ou bien il avait été victime d'étranges hallucinations. Encore à Than-Moï, il suffit de l'apparition dans le voisinage d'une petite troupe de bandits locaux, déguenillés et à peine armés, pour le décider à faire encore retraite. La fortune du cabinet Ferry, la fortune de la France tinrent à l'extravagance d'un cerveau faible !

En réalité, la France avait été vaincue, non sur quelque champ de bataille indo-chinois, mais dans les couloirs et la salle des séances du Palais-Bourbon.

(1) Herbinger était un ofKcicr « gavant » , sorti avec le n" 1 de Saint-Gyr, |fuis profeMcur «le tactique à l'École «upérieure de yucnc. Sur le terrain, ce tacticien ne se retrouvait plus. Voir Jacqijkm Harmatit, La vérité sur ta retraite de Lang-Souy mémoires d'un combattant, Paris, 1892. CelouvraRc contienten appendice le rapport Bor{>nis-I)e«bordes. Voir aussi capitaine Carthiion, Souvenirs de la campafjne du Tonkin, Paris, 1891. — Commandant F. Lk- ICOMTK, J^tn/j/Son, combats et négociations, 1895. Cet officier, également témoin oculaire de» fait», e»t tout auski sévère pour llerbin{;cr. Il le disculpe seule-

Sur les fautes militaires qui furent alors commises, Jules Ferry s'est noblement expliqué dans sa préface pour Touvrage de Léon Sentupéry, Le Tonkin et la Mère-Patrie (1890) :

H Quelque jour on écrira l'histoire militaire du Tonkin... « Cet historien, que j'attends avec confiance, fera la part des « responsabilités; sévère ou bienveillant, il ne me rendra, « j'espère, responsable que de ce que j'ai fait... Je demande a à cet historien impartial, à ce juge inconnu, qui me lit « peut-être à cette heure, de relever avec soin toutes mes « fautes, mais de ne pas porter à mon compte celles que a d'autres ont commises. »

Pendant toute la durée de l'entreprise tonkinoise, la presse de droite et celle d'extrême gauche n'avaient cessé d'inventer de fausses nouvelles; d'ouvrir leurs colonnes aux confidences intéressées ou perfides du marquis Tseng, l'homme du parti chinois de la résistance et l'ennemi juré de notre pays; de traduire les moindres incidents en désastres, de montrer à l'horizon le fantôme de la guerre européenne se greffant sur la guerre chinoise; d'exagérer l'insalubrité des régions à conquérir, qualifiées par ces journaux de Tonkin-marécage, de Tonkin-cimetière, de Tonkln-ossuaire; de grossir surtout les dépenses d'argent et les pertes d'hommes pour l'acquisition d'une contrée qui, assuraient-ellcs, ne nous serait jamais d'aucune utilité (l).

On avait parlé d'un milliard gaspillé pour la conquête de l'Indo-Ghinc. Dans sa préface du Tonkin et la Mère-Patrie Jules Ferry additionne les crédits votés par les Chambres, non seulement sous son administration, mais jusqu'aux dépenses de l'année 1889, et il trouve, au 31 décembre de cette année, un total de 334 30:2 379 francs. Encore s'aglt-il, outre le Tonkin, de l'Annam et du Laos; au total, d'une région de plus de 510 000 kilomètres carrés, presque aussi vaste que la France, peuplée de 13 ou 14 millions d'habitants et qu'il a fallu conquérir sur la Chine et garder contre les pirates.

(1) Sur ce qu'est devenu le « Tonkin-marécage » , voir ci-dessous au chapitre V œuvre justifiée par les résultats^ p. 498 et suiv.

CONSIDÉRATIONS SUR LA CHUTE DE JULES FERRY 38r)

M. Andrieux avait affirmé à la tribune que cette conquête avait coûte la vie à 36 000 Français ; des enquêtes faites et des statistiques publiées ultérieurement il résulte que, poulies troupes de terre et de mer, y compris les opérations de Formose, il n'y a pas lieu d'enregistrer plus de 9 0G7 décès, tant par la maladie que par le feu; savoir : 154 en 1883, 3G9 en 1884, 3 890 en 1885, Tannée des grandes opérations militaires; 1 4(>9 en 1886, 1361 en 1887, 1 224 en 1888, environ 600 en 1889.

En 1890, se dessinait déjà le progrès économique de nos possessions indo-chinoises. Il était déjà évident qu'avant peu leurs budgets, abstraction faite des dépenses de souveraineté, se solderaient, comme celui de la Tunisie, par des excédents.

tt C'est pourquoi, écrivait Jules Ferry, je crois, j'attends et j'espère. Et je revendique fièrement le titre de Tonkinois, dont les méchants et les sots croient me faire outrage. »

La journée du 30 mars 1885 marque une date décisive et funeste, non seulement dans notre expansion coloniale, mais dans l'évolution intérieure de la République française.

1° A l'intérieur, elle révèle un affaiblissement dans l'organisation, dans l'esprit de résistance des partis modérés. De cette résignation ils vont prendre l'habitude. Ils laissent le pouvoir passer aux mains des radicaux avec le ministère Brisson, avec le troisième ministère Freycinet, avec le ministère Goblet. Et encore les radicaux de ce temps-là ne ressemblent-ils guère à ceux d'aujourd'hui. Ils ne cherchèrent point à créer une brisure, une solution absolue de continuité, ni dans le développement intérieur, ni dans notre expansion au dehors ; ils tinrent à honneur de n'abandonner entièrement l'œuvre de Jules Ferry ni à Madagascar, ni en Indo- Chine. Il est vrai qu'ils ne s'étaient pas asservis comme leurs épigones d'aujourd'hui aux factions internationalistes.

2" Le vote du 30 mars 1885, venant après celui du 29 juillet 1882, n'en pesa pas moins sur les résolutions des trois minis' lèrcs radicaux qui se succédèrent jusqu'au 30 mai 1887. S'ils ne renièrent pas complètement l'œuvre diplomatique et colo"

niale de Jules Ferry, ils la défendirent sans entrain (1), et, sur certains points, la compromirent de façon irrémédiable.

3° Dans la matinée du 30 mars 1885, Jules Ferry présidait la première séance de la commission internationale pour la neutralisation du canal de Suez, mesure que pouvait suivre l'évacuation de TÉgypte par les Anglais. En effet, c'était sur les engagements pris par l'Angleterre elle-même dans les communications du 3 janvier 1883 et du 16 juin 1884 — celle-ci fixant l'évacuation aux premiers mois de 1888 — que se fondait Jules Ferry, et il était soutenu par les autres puissances continentales (2). Par la chute du cabinet, une fois de plus l'Egypte nous échappait.

4" Les affaires alors pendantes de Madagascar allaient aboutir non pas à une solution définitive — que Jules Ferry comptait provoquer à l'aide des troupes que la pacification du Tonkin allait rendre disponibles — mais à la paix boiteuse du 17 décembre 1885.

b° A la vérité, on réussit à garder le Tonkin et l'Annam; mais si Jules Ferry avait pu se maintenir au pouvoir dans toute sa force, peut-être que le vœu de l'amiral Courbet, en ce qui regarde sinon la conservation de Formose, du moins celle des îles Pescadores, cette situation de premier ordre dans les mers chinoises, se serait réalisé, tandis que les Pescadores et Formose sont tombées, en 1895, comme des fruits mûrs, entre les mains du Japon.

6" L'Angleterre profita de Taffaiblissement du pouvoir en France pour hâter la conquête de la Haute-Birmanie. Ce royaume, Jules Ferry l'avait toujours considéré comme devant jouer le rôle d'Etat-tampon entre les possessions françaises et les possessions britanniques. Encore le 15 janvier 1885, il avait reçu au quai d'Orsay l'ambassadeur birman et signé avec lui un traité plus explicite en notre faveur que celui de 1873. Lord Dufferin, vice-roi des Indes, dès qu'il eut appris la chute

(1) C'est ce que Jules Ferry résumait en cette phrase : « On garde le Tonkin, mais on le boude. » Préface du livre Le Tonkin et la Mère-Fatrie.

(2) Voir ci-deasus, p. 265.

du cabinet Ferry, s'empressa d'opérer la conquête. Ce fut alors le Siam qui devint l'État-tanipon, mais subissant à tel point les directions britanniques qu'il n'a cessé de nous créer des difficultés, notamment sur les rives du Mékong (1).

"• Les mêmes retards, les mêmes reculs, les mêmes incohérencesse manifestèrent, toujours sous les mêmes influences, dans l'expansion de la France en Afrique centrale : c'est pourquoi, treize ans après la chute de Jules Ferry, mais en relation étroite avec cet événement, nous avons eu l'affaire le Fachoda, où notre seul tort a été d'arriver de plusieurs nées en retard sur le haut Nil, asservi depuis quelques jours seulement aux vainqueurs du Madhi.

C'est pourquoi aussi les explorations du lieutenant Mizon dans le Bénin et l'Adamaoua, et tant d'autres hardies entreprises, n'ont profité qu'à nos rivaux.

Le 30 mars 18S5 peut donc être considéré comme une : turnée à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de xpansion britannique. Ici encore sir Evelin Baring aurait I répéter ce qu'il dit à M. de Reverseaux après le vote du ' juillet 1882 sur les affaires d'Egypte : <i Vous êtes un sin- I lier pays !.. Vous n'attendez pas que nous vous demandions iclque chose : vous nous l'apportez. »

I) Voir h l'Appendice, p. 534, une noie sur la conquête de la Maulel'innanie par les Anglais.

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