LE SUFFRAGE UNIVERSEL DES CAMPAGNES
u Vous le savez, vous tous qui avez collaboré à la conquête républicaine de cette vieille terre de France; vous tous qui, jour par jour, pas à pas, avez amené la démocratie rurale aux doctrines républicaines. Vous êtes les témoins des progrès accomplis; mais n'oubliez jamais que si le suffrage universel des campagnes est entré avec confiance, avec résolution, dans la voie républicaine, il y est entré avec ses facultés propres, avec son tempérament particulier et, pour tout dire, conservateur...
»i C'est par esprit de conservation, par amour de la stabilité que le paysan français est devenu le plus ferme appui de la Révolution française. C'est encore par esprit de conservation qu'il s'est détaché — ■ du second Empire; c'est encore l'esprit de conservation, bien entendu et bien compris, qui Ta détourné de la monarchie; c'est ce même esprit de conservation qui lui a dicté son attitude en pré- .sence des retours de réaction du 24 mai et du 16 mai, et qui nous * a dotés d'un ordre politique stable et incontesté.
«< Nous avons conquis le suffrage universel des campagnes : gardons-le bien, ne l'inquiétons pas, ne le lassons pas...
« Je ne viens pas vous dire qu'il est moins avancé que vous et
(1) Extrait d'un disrours de Julc» Ferry à Bordeaux, 30 août 1885. — Voir ci-de*»u«, p. W)8-V09.
qu'il faut le ménag^er. Le suffragfe universel des campagnes est ce qu'il est, et il est heureux qu'il soit ce qu'il est. C'est là une force immense, et sur laquelle repose la sécurité de notre société, que cette population de petits propriétaires, si nombreux qu'ils constituent à eux seuls la majorité du nombre dans la nation.
« C'est par là que notre édifice social est le plus solide de toute l'Europe, le mieux abrité contre les révolutions sociales. Les populations des campagfnes sont le fond même de la société française; elles ne constituent pas seulement un immense réservoir de labeur et d'épargne, elles sont encore un réservoir d'hommes, et c'est en plongeant dans ces couches profondes que la bourgeoisie, les ouvriers des villes et ceux môme qui s'appelaient autrefois les classes dirigeantes se renouvellent incessamment. De là sortent nos soldats, nos instituteurs, nos commerçants, nos industriels ; c'est pour notre société une base solide, et, pour la République, une assise en granit que ce suffrage universel des paysans... »
COMMENT LA HAUTE - BIRMANIE FUT CONQUISE PAU LES ANGLAIS (l)
La Haute-Birmanie était tout ce qui restait de l'ancien empire birman après les deux démembrements opérés par l'Angleterre en 1826 et 1853. Depuis, elle avait usé de longanimité à l'égard du roi Thibaw. Cette attitude prit fin lorsque les Français eurent mis le pied au Tonkin et dans l'Annam, surtout lorsque, le 13 août 1883, fut arrivé à Paris un ambassadeur birman, qui allait y séjourner jusqu'en 1885.
Dès le 14- novembre 1883, lord Lyons, ambassadeur delà Grande- Bretagne à Paris, avertissait Jules Ferry de ne jamais perdre de vue " l'intérêt tout particulier que le gouvernement de Sa 3Iajesté attache à ce pays (la Birmanie), en raison de la position géographique et des relations politiques avec le gouvernement de l'Inde » . Le président du Conseil répondait qu'il s'agissait d'une simple ratification du traité de commerce franco-birman de 1873. Il assurait que le nouveau traité n'autoriserait pas l'importation en
(1) Voir ci-dessus, p. 386-387.