‹ Jules LaurensChapitre 100 sur 230 · DOTATIONS AU MUSÉE DE CARPENTRAS RÉORGANISÉ · texte numérisé non relu

DOTATIONS AU MUSÉE DE CARPENTRAS RÉORGANISÉ

Il mettait la même modestie, la même abnégation, à faire ce qu'il appelait la liquidation de sa vie. N'ayant pas d'enfants, il entendait bien laisser à Madame Laurens la propriété entière et complète de son héritage ; mais il estimait aussi que l'œuvre, constitué par le labeur de toute son existence, constituait un amas de documents dont il serait utile de faire profiter, non quelques individus, mais l'ensemble de ses concitoyens présents et futurs, et la collectivité des artistes. De plus, il ne se considérait pas comme maitre absolu, mais seulement comme dépositaire, des dessins, esquisses ou tableaux qu'il tenait de la gracieuseté de ses amis: de ce qui peut être considéré comme une chose d'art, on n'a pas le droit, pensait-il, de priver ceux qui peuvent l'apprécier. A ces sentiments se joignait l'afïection qu'il n'avait pas cessé de témoigner à sa ville natale : en cela, d'ailleurs, s'il avait eu besoin d'être entraîné, il n'aurait eu qu'à suivre l'exemple de Bonaventure Laurens, qui, de son vivant, déposa à la Bibliothèque de Carpentras plusieurs portefeuilles de dessins et d'aquarelles et surtout sa très riche collection musicale. Mais il avait été luimême un de ceux qui avaient le plus engagé son frère à agir ainsi et depuis longtemps, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il avait pris l'habitude d'enrichir de son propre fonds la Bibliothèque et le Musée de Carpentras.

Grâce à lui, le Musée avait même été réorganisé complètement ; grâce à ses générosités, il offrait à l'admiration de ses visiteurs quelques œuvres des plus célèbres artistes contemporains, des ébauches, esquisses ou tableaux achevés d'Alexandre Gabanel, d'Isabey, d'Hippolyte et Paul Flandrin, de Gustave Doré, de Jules Didier, de Rosa et Auguste Bonheur, d'Hcnner, d'Emile Vernier, d'Ingres, de Lhermitte, de Bellel, de Cicéri, d'Alfred de Gurzon, pour ne citer que ces noms illustres ou estimés de l'École française au XIX^ siècle. Il avait même mérité, avec son frère Bonaventure, que, par reconnaissance de leurs largesses, le

Page 1