INDULGENCE, COMPASSION, HUMOUR
relations. Mais je viens me bien analyser la chose, me la formuler en mon for intérieur et m'en débarrasser en l'écrivant... quitte à la retrouver au besoin. C'est tout le triomphe et toute la vengeance platoniques, mais qui me suffisent, de ma raison et de mon cœur. »
Presque autant que les discussions aigres, il détestait les critiques irraisonnées : « C'est le plus fréquemment et le plus copieusement, en croyant relever triomphalement les bêtises des autres, que nous commettons les nôtres », telîe était une de ses maximes. Ou bien encore : « Critiquer, surtout lorsqu'on ne fait rien, cela vous rend quitte de la reconnaissance que l'on devrait aux efforts et aux mérites des autres. »
« Rien ne m'est plus pénible que l'expression de figure d'une personne à qui je fais inconsidérément de la peine », disait-il aussi. C'est qu'en effet, s'il était plutôt sceptique vis-à-vis de lui-même et des jugements de la foule, il ne pouvait considérer l'affliction des autres le cœur sec; les émotions que le vrai etle beau lui faisaient éprouver s'étendaient naturellement au bien. Écoutons-le avouer, à la fin de sa vie : « Je ne trouverai vraiment, en ma conscience, au sortir de ce monde, que ceci : une profonde sympathie et une admiration d'âme pour les humbles et une suprême pitié, avec la volonté et la satisfaction de les secourir, pour les faibles et les malheureux. » Et cela correspond bien à ce que nous savons de ses habitudes : aimant à vivre hors de ce qui s'appelle le monde, en pleine nature, avec les gens simples de la campagne, il ne pouvait qu'apprécier leurs quahtés, compatir à leurs peines et aux difficultés de leur existence.
Mais, là encore, le caractère n'est pas d'une pièce; Jules Laurens avait le sens du comique et l'observation humoristique. S'il voyait les qualités des gens, il n'en découvrait pas moins vite les défauts ou les travers et il s'en amusait souvent, mais toujours sans la moindre méchanceté et avec la préoccupation de ne pas blesser les gens. Il n'y a guère qu'Alphonse Daudet qui ait observé mieux que lui le caractère du paysan, des petites gens ou des bourgeois de Provence, mais Daudet était impitoyable et exposait tout vifs les malheureux dans ses livres, tandis que Jules Laurens n'allait pas plus loin qu'à de petites égratignures d'épiderme