SENTIMENTS ÉPROUVES DANS LES ÉGLISES
avons eu l'air de dire : Chacun pour soi, Dieu pour aucun. Ici Ali est tout; Khoda (Dieu) un très petit monsieur... »
Plus tard encore, il perdra même jusqu'à cette « croyance primordiale et universelle de Dieu » ; il deviendra athée à en scandaliser Victor Hugo, qui l'entreprit plusieurs fois sur ce sujet. Si Dieu existait, disait-il, il se manifesterait clairement, il se ferait connaître de toutes ses créatures. Pourtant, il eut bien soin de s'expliquer : « Rien qu'à la seule énonciation des mots irréligion et athéisme, on veut signifier [d'habitude] haine et hostilité envers une église officielle et un Dieu conventionnel », alors qu'à son point de vue « ils se bornent philosophiquement à une simple incrédulité. En tout cas, ajoutait-il, je n'ai jamais ressenti dans cet état aucun tourment, remords ni embarras d'esprit », mais la tristesse « de la grande séparation qu'il comporte d'avec une partie de mon prochain, que je ne puis comprendre, que je suis même forcé de suspecter au moins d'hypocrisie ou d'aberration». Cette dernière phrase est certainement excessive, car il respectait trop la bonne foi et les convictions sincères. S'il fallait en donner une preuve, on n'aurait qu'à rappeler les relations très amicales qu'il entretint avec plusieurs prêtres, notamment avec le curé de Saint-Sifïrein à Carpentras.
D'autre part, il aimait les monuments religieux, il les fréquentait, non point seulement parce que beaucoup se recommandent par leur architecture ou parce qu'ils constituent de merveilleux musées : « J'entre dans une église, écrivait-il, avec autant et [même] plus que quiconque de pieux sentiments d'émotion et de respect pour un lieu où mes ascendants de famille et mes compatriotes contemporains, pour la plupart intimement affectionnés, ont fait leur premier et leur dernier acte de présence, au baptême et aux funérailles. Mais je n'y sens, je n'y vois obstinément qu'eux et il ne m'est jamais arrivé, fût-ce par quelque efTort, d'y avoir la révélation de la présence ou la préoccupation d'un Dieu. »
C'était presque le sentiment d'un traditionnahste, quoiqu'on politique ses idées fussent extrêmement avancées pour l'époque où il vivait. Et puis, si nous pénétrons bien jusqu'au tréfonds de sa pensée, nous verrons