CROYANCE AUX PROGRES DE LA SCIENCE
que, malgré tout, il se trouvait parfois préoccupé de l'au-delà : il ne consentait pas à disparaître complètement en mourant et il restait violemment tourmenté. Les réflexions auxquelles il était amené par notre incertitude du lendemain de la mort se traduisirent à plusieurs reprises, surtout de 1880 à 1890, par des notes mélancoliques, même épouvantées. Je dois ajouter que ce sentiment de la nature qui se révolte contre la destruction, fut très notablement atténué dans les dernières années de sa vie : j'ai dit avec quelle résignation, quel détachement, quelle placidité même il se regarda vieillir et m.ourir. Mais, s'il ne comptait pas que son âme immortelle survécût au corps, il espérait qu'il resterait quand même quelque chose de lui, que ses œuvres lui assureraient une survie après que le souvenir de sa personne se serait effacé de la mémoire des hommes. S'il avait pu penser qu'un jour sa biographie fût écrite, il se serait écrié, le livre restàt-il au fond d'un tiroir : « Je suis assuré maintenant de ne pas mourir entièrement! « Et il en aurait été consolé.
Il croyait surtout à l'âme des choses, à la vie qui anime les paysages et les différents aspects de la nature, et c'est une des raisons qui attiraient sa sentimentahté, qui surexcitaient son émotion et lui faisaient aimer un site, un rocher, un arbre, presque à l'égal d'un être humain. Effet de son imagination certainement, car cette faculté était chez lui constamment en travail.
Il croyait aussi à la science, à son progrès indéfini; il pensait que par elle on arriverait à percer les mystères au miheu desquels nous nous débattons, et en même temps à perfectionner l'humanité. Et pourtant, mais c'était peut-être pour cela qu'il jugeait ainsi, il avait l'esprit le moins scientifique possible : les opérations de calcul les plus simples présentaient pour lui les plus grandes difficultés. « J'écoute parfois, écrivait-il pendant les loisirs de son séjour forcé dans le village de Sohou, sur la route d'Ispahan à Téhéran, j'écoute les battements d'un chronomètre que je monte avec grand soin, chaque matin, tout en me privant bien de jamais lui demander l'heure, attendu que c'est lui qui alors, en sa quahté d'instrument très perfectionné, très cher et surtout très savant, m'en