‹ Jules LaurensChapitre 118 sur 230 · SUPÉRIORITÉ DU PAYSAGISTE SUR LE PEINTRE DE FIGURES · texte numérisé non relu

SUPÉRIORITÉ DU PAYSAGISTE SUR LE PEINTRE DE FIGURES

comme dans les plaques sur verre des stéréoscopes, aux pénombres vraiment vivantes et rayonnantes de Rembrandt et du Poussin, du Gorrège et d'Ingres, de Prudhon et de Diaz. »

Est-ce parce qu'il était surtout paysagiste, il trouvait une réelle supériorité à la peinture des paysages sur celle des figures, et c'est même avec un peu d'injustice pour celle-ci qu'il s'exprimait, au moins dans ses notes : « Le paysagiste est le peintre attiré et intime de la Création entière dans ses quatre éléments : l'air, le feu, l'eau et la terre. Le peintre de figures ne l'est que d'un de ses détails, la figure humaine, et de celui le moins important et le moins beau, quoi qu'il en dise lui-même. » Voilà de ces opinions qui faisaient sursauter Bonaventure Laurens. Les phrases que je viens de citer sont de 1899-1900, mais elles auraient pu être datées de 1848, car de tout temps elles ont correspondu à son sentiment. En 1848, Bonaventure protestait ainsi : « Je ne comprends pas comment un gamin coiiime toi, qui était Pemé (1) et qui braillait à faire trembler mon palais de Carpentras, il n'y a pas vingt ans, qui pourtant a vu de ses propres yeux l'homme peint par Michel-Ange et Raphaël, sculpté par les artistes grecs, peut dire qu'il trouve l'homme le plus laid des animaux! Ne te pervertis pas le goût et le jugement par besoin de dire des paradoxes excentriques... Moi qui r.e trouve pas que l'homme et surtout la femme soit le plus laid des animaux et qui m'intéresse beaucoup à cette dernière pour mon usage pittoresque, je te demanderai si la Perse offre de jolis modèles... »

Au jugement de Jules Laurens, le paysagiste a encore cet avantage sur le peintre de figures, c'est que, pour ce dernier, les modèles sont déterminés et limités; quand leur représentation dépasse les proportions naturelles, « ce ne peut être que par une convention décorative, toujours d'ailleurs assez fâcheuse». Au contraire, pour le paysagiste, le modèle est illimité dans la nature comme dans la vision et l'interprétation de l'artiste. Celui-ci, « sur un panneau grand comme la main, peut faire apparaître des

(1) Surnom donné dans sa famille à Jules Laurens tout enfant.

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