‹ Jules LaurensChapitre 119 sur 230 · DE LA REPRÉSENTATION HUMAINE DANS LE PAYSAGE · texte numérisé non relu

DE LA REPRÉSENTATION HUMAINE DANS LE PAYSAGE

espaces infinis en des éléments d'une variété indicible. Or, une montagne, une forêt, la mer, le ciel, — si l'on y comprend encore les effets de lumière et de clair-obscur nocturne, — ensoleillés ou brumeux, diaprés ou monochromes, gais, mélancoliques ou tragiques, admettent toutes les conditions de la forme et tout le prisme des couleurs. »

Il comparait encore volontiers la peinture à la musique : la peinture de figures, «illustration d'un texte, d'un sujet ou scénario », était pour lui réduite au rôle de la musique accompagnant le livret d'une cantate, d'un poème dramatique, d'un office religieux ou d'une chanson. Tandis que le paysage, principalement celui d'où la figuration humaine est complètement bannie, avec tout au plus l'indication d'une bête sauvage, c'était la musique pure, vraiment digne de ce nom, non chargée de paroles, toute lyrique, expressive de rêves et d'idées supérieures, qui sont intraduisibles autrement.

Les sujets uniquement de terrains ont eux-mêmes, à son avis, un plus grand caractère et un plus grand style que les autres : « c'est que nous y voyons la figure essentielle et primitive de la terre », celle qui sera aussi sans doute la dernière.

Ainsi donc, dans la représentation d'un paysage, l'être humain ne doit figurer qu'à titre d'accessoire, d'infime détail. Comme dans la création, il ne doit servir que de « modeste repoussoir », dont, pour plus de dignité, se passerait fort bien le plus beau tableau. C'est ainsi que l'auraient compris les artistes les plus éminents. « La figure pourrait disparaître de cette Mort de saint Pierre par le Titien (qui a péri dans l'incendie de San Giani-Paolo) ; le site où elle se passe, l'arbre qui la domine, le ciel qui l'éclairé, le terrain qui la porte, n'en resteraient guère moins, et peut-être davantage, une chose d'expression aussi dramatique. Du Déluge par le Poussin, ce n'est pas précisément... le scénario plus ou moins marionnettant ou guignolesque des figures, qui constitue et sublimise la composition. Otez-les et tout le restant du ciel plombé et muré, de l'eau hmoneuse, tuméfiée et en rut de destruction, du rocher envahi, de l'arbre frissonnant, de la rafale visible, ce restant, dis-je, n'en offrira peut-être... que plus

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