VIVE AFFECTION POUR COROT
œuvres les plus remarquables de VEcoîe moderne et de la Galerie Briiyas ; il dessinait pour le Magasin pittoresque {i) celui de la Becquée et peut-être le commentait-il en une nouvelle charmante, Jeanie.
Il est préférable de s'attarder davantage à ses affections. De très bonne heure, je l'ai déjà dit, il témoigna grande estime et vive admiration pour les œuvres d'Isabey, Dupré, Marilhat, Decamps, Paul Flandrin, Delacroix, Gustave Doré, Diaz, mais surtout Ingres et Corot. On ne peut s'empêcher de puiser encore dans ses lettres de Perse, pour en donner un aperçu : « La vue de quelques productions de Dupré, Rousseau et Diaz, écrivait-il à Bonaventure et Rosalba Laurens le 20 décembre 1847, me vaut votre adhésion à l'admiration que j'ai tant prêchée pour ces grands artistes. Bravo! mais j'attends davantage de vous. Ainsi j'ai la réserve de ne pas accepter votre opinion sur Corot comme un dernier mot. Vous en reviendrez et ce sera pour dire que le véritable maître à tous, non pas le maître chef d'école, celui qu'on peut copier et développer, mais celui qui crée, qu'on étudie, qui étonne et ne peut être même commenté, c'est l'auteur de Daphnis et Chloé, c'est celui dont on trouve le talent incomplet sans se demander si ce n'est pas par hasard notre intelligence de ses qualités qui est incomplète. Toi, Rosalba, qui demandes d'abord à toute œuvre son côté spirituel, idéal, tu trouveras que c'est là ce qui déborde les toiles de Corot. Vous savez si j'admire Dupré : eh bien! cela ne m'a pas empêché de comprendre que la moitié de son génie est surtout la passion extrême de l'effet, du rehef de l'exécution enfin... »
En sa qualité de paysagiste, de « peintre de l'air », c'est surtout Corot qui l'intéressa le plus. Il ne cessait de le prêcher : « Vous rappelez-vous, lui écrivait Henner en 1889, il y a quelque trente ans, pas loin de quarante, que vous me disiez déjà que Corot était le plus grand paysagiste; maintenant je crois que c'est le plus grand peut-être de tous, car ses tableaux sont les seuls qui tiennent et qui, au heu de perdre, semblent gagner. Ses figures également sont admirables de ton et de relief; jamais je n'avais
(1) Année 1879, p. 209,