BONAVENTURE LAURENS
pittoresque, d'un monument en ruines, d'un bouquet d'arbres d'allure engageante, revenait chez lui organiser un concert, où il tenait les instruments les plus variés, surtout le violon et le violoncelle, et trouvait encore le temps d'écrire des compositions musicales, de reporter d'innombrables dessins sur la pierre lithographique, d'entretenir une correspondance abondante, de se former une bibliothèque artistique de premier ordre. Conscient de sa valeur, il n'hésitait pas à aller au devant de tous ceux qui pouvaient apprécier sa compagnie ou qu'il avait profit à fréquenter. Un Listz arrivait-il à Montpellier pour donner un concert, il se rendait à son hôtel, se présentait à lui sans façon, engageait une conversation si savante et si intéressante à la fois qu'il entraînait le virtuose chez lui, l'installait à son piano et nouait des relations dont l'un et l'autre tiraient avantage et qui se continuaient fort longtemps. Découvrait-il chez son fournisseur habituel de musique quelque pièce d'un auteur alors inconnu, d'un Stéphen Heller par exemple, qui lui parût de valeur supérieure, il n'hésitait pas à prendre la plume, pour adresser au compositeur jamais vu des éloges qui tombaient quelquefois si à propos qu'ils le sauvaient du désespoir : car ses appréciations paraissaient découler d'une intelligence si droite, si lucide et si savante, qu'elles revêtaient immédiatement une véritable autorité.
Et pourtant il n'avait pas eu de maître que lui-même ou si peu d'autres • Mais il avait mis une telle ardeur à s'instruire, son esprit était si ouvert, d'une compréhension si vive pour les vraiment belles choses, qu'il se donna une formation réellement surprenante. Ses goûts musicaux avaient pris naissance à Carpentras et s'étaient développés par les seules leçons de son entourage. Sa passion pour le dessin n'avait guère, elle aussi, été favorisée que par un Denis Bonnet.
Cependant un premier voyage qu'il avait accompli à Paris, du 14 mars au 7 juin 1825, n'avait pas été sans exercer une très grande influence sur ses aptitudes. Accueilli par son compatriote Castil-Blaze, présenté par lui dans tous les milieux, il avait employé la plupart de ses journées à parcourir les Musées du Louvre et du Luxembourg, à travailler