‹ Jules LaurensChapitre 15 sur 230 · ÉDUCATION DE J. LAURENS · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE J. LAURENS

émouvoir sur place et pour laisser à jamais empreinte dans le souvenir. » C'est dans ce décor d'un romantisme achevé qu'il passa quatre années de sa vie. Elles furent assurément des plus décisives. De douze à seize ans,quel monde passe dans le cerveau d'un enfant aussi curieux et placé aussi favorablement pour l'étude! Sans doute, il était venu à Montpellier afin de suivre, sous la direction et la surveillance de son grand frère, les cours de l'École des beaux-arts, mais il avait à cœur, lui peut-être plus que sa famille, de développer son instruction générale et d'en savoir plus qu'un gamin sortant de l'école primaire. Il eut la chance d'être remarqué pour sa vive intelligence par une jeune veuve, d'esprit très large, appartenant à l'une des meilleures familles de Montpellier. Bonaventure Laurens était accueilli chez elle en ami. C'était Madame Mares, « une sorte de Vittoria Colonna par l'élévation de ses idées... dont on peut dire... qu'elle vit et vivra encore autant que la si admirable toile où l'a peinte Cabanel, à sa rentrée de Rome,» un des chefs-d'œuvre du Musée Fabre. « Personne imposante, prude, un peu compassée même », mais « dotée de beaux yeux et d'un timbre exquis de voix », elle s'occupait alors de l'éducation de ses trois enfants; l'aîné, Paul, du même âge que Jules Laurens, lui donnait assez de tourments. Ce n'est pas qu'il fût de santé délicate ou d'esprit borné, mais son peu d'ardeur au travail et son amour du jeu le rendaient absolument rebelle aux leçons de son professeur. Madame Mares eut l'idée de faire venir Jules Laurens chez elle, et de susciter l'émulation de son fils en lui faisant suivre les mêmes cours. Le résultat fut avantageux pour l'un et pour l'autre : traité maternellement par l'excellente femme, Jules se lança à corps perdu dans l'étude du grec et du latin, il fit rapidement ses classes et entraîna le jeune Paul par son exemple. Ce dernier devint plus tard un habile médecin et son ancien condisciple, parlant de lui, dira qu'il fut une « intelligence cultivée, un cœur plein de franchise et de chaleur méridionale ».

Malgré toute l'importance qu'il attachait à ces études et le zèle qu'il y montrait, il ne néghgeait aucunement les cours de l'École des beaux-

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