ÉTUDE DU DESSIN
arts. C'était le baron Fabre, l'illustre fondateur du Musée de Montpellier, qui les avait créés. En remontant dans ses souvenirs, Jules Laurens se rappelait ce « bourru bienfaisant», ce mécène artiste, qu'il eut à peine le temps de connaître et dont il put à peine recevoir quelques conseils, car le baron, ami et appréciateur de Bonaventure, à qui il reconnaissait du goût et de l'habileté, mourut en 1837. L'enseignement qui lui fut donné reste pour nous anonyme; cependant, nous devons mentionner le nom du maître Matet, conservateur du Musée Fabre et professeur à l'Ecole de dessin et de peinture. Ce n'était pas d'ailleurs, au dire très compétent de son ancien élève, « une nature de haute ni bien originale portée, mais il était honnête dans le sens général du mot, plein de tenue et tout voué aux travaux du métier «. Il ne faisait que des portraits, qu'il réussissait assez au gré de ses modèles : il s'y distinguait par « une absolue sincérité de ressemblance » et une « fine conscience d'exécution ». Nous ne savons rien de ses qualités de professeur; cependant, à considérer les artistes qu'il contribua à former de 1838 à 1842, parmi lesquels nous ne retiendrons qu'Alexandre Cabanel, Férogio et Jules Laurens, on peut augurer qu'il n'était pas dénué de valeur.
Les leçons des maîtres de l'École de peinture et de dessin se complétaient d'ailleurs fort heureusement par l'étude des chefs-d'œuvre, que le baron Fabre avait recueillis surtout en Italie et qu'il avait généreusement donnés à ses concitoyens. Jules Laurens fréquentatellement ce Musée que, disait-il, « chaque personnage, chaque scène, chaque paysage, réalisé... par les dieux de l'art » dans cette précieuse collection, avait pris et conservé dans son existence « une place plus large, plus profonde et plus affectionnée que celle qu'y occupaient tant de personnes et de lieux» existant en réalité. «Bien plus et bien mieux qu'avec ceux-ci, ajoutait-il, je me serai trouvé apparenté, bien plus étroitement qu'eux je les aurai vécus. En quel cénacle n'ai-je pas été ainsi admis! Celui de Raphaël, de Rubens, de Véronèse, de Ribera, du Poussin, de Van Ostade, de Terburg, de Vernet, de Prudhon, en un mot de l'élite des peintres. »
J'imagine que s'il profita surtout des leçons de Matet devant le modèle