LITHOGRAPHIES D'APRES DELACROIX ET DIAZ
Puis ce fut Un janissaire, d'après la pochade à l'aquarelle appartenant à M. A. Moreau; l'estampe en fut envoyée au Salon de 1873.
J. Laurens n'avait peut-être pas une admiration moindre pour Delacroix, et l'on a remarqué quelles attentions il avait eues pour ceux de ses tableaux qui se trouvaient dans la galerie Bruyas. Ce n'est pas qu'il le vît sans défauts, mais il appréciait sa composition et sa vigueur de tons. Je ne crois pas cependant qu'il ait interprété de lui d'autres sujets que ceux qui ont eu l'occasion d'ôtre déjà notés dans diverses collections et que le Christ an tombeau.
De Diaz il a été cité également de nombreuses œuvres, une vingtaine environ, qui furent traduites par le crayon d^ Jules l.aurens. En voici d'autres qui ne rentrent pas dans les séries précédemment énumérées : Séduction (amour parlant à l'oreille d'une femme debout, le buste nu); VAmour désarmé, d'après le tableau de la collection Bonnet (femme nue, vue de dos, enlevant à l'Amour sa flèche); Vénus jouant avec V Amour et Plaisirs d'été (i). C'est à propos de cette dernière grande planche, dont une épreuve fut exposée au Salon de 1865, que Philippe Burty, dans la Gazette des Beaux- Arts, demanda, qu'une médaille vîntcc enfin récompenser un travailleur modeste, laborieux, intelligent, artiste dans la meilleure acception du mot, tel que l'est M. Jules Laurens ».
Si tant d'œuvresde Diaz passèrent par les mains de notre lithographe, c'est que les deux artistes professaient l'un pour l'autre une singulière estime. D'après Laurens, Diaz était, « par sa vision et l'originalité d'exécution de sa peinture, poète jusqu'aux ongles. Paysages, figures, scènes mythologiques, de la vie galante ou de l'Orient, se transmutaient « sur sa toile, « en écrin de pierres précieuses, y éclataient sous une flèche de coup de lumière... » A côté de cela, il produisait « des paysages d'une simplicité absolue d'impression, d'une gamme de tons presque mono-
{!) Béraldi dans son catalogue de l'œuvre lithographique de Jules Laurens cite, d'après Diaz, VAmour couronné. Peut-être faut-il identifier cette estampe avec celle qui porte le n" 8 dans le Salon.
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chrome et véritablement pathétique et magistrale. ^' C'est peut-être pour cela que les lithographies exécutées par notre personnage d'après ses tableaux ne laissent rien perdre d'une telle impression. Diaz, de son côté, disait de son interprète : « V^oici quelqu'im qui, à des degrés étonnants, mxCt dans mes productions, tout en leur restant fidèle, des qualités et im aspect de dessin qui manquent au modèle. «Assurément, les planches de Jules Laurens d'après Diaz sont toutes remarquables et mériteraient d'être réunies en un recueil qui les fît valoir.
D'après Jules Didier, on connait une belle lithographie en cinq couleurs : Les deux Prolétaires; il en exista peut-être une seconde, une Pêcheuse, dont la maquette s'est retrouvée dans les cartons déposés au Musée de Carpentras.
De Gustave Doré, son autre ami, Jules Laurens reporta peu de dessins ou de peintures sur pierre; c'est que Doré se chargeait lui-même de se lithographier, et plus d'une fois c'est dans l'atelier même de Laurens qu'il le faisait. En dehors des estampes déjà citées, je puis cependant signaler encore La Sibylle de Panzousi (Rabelais, livre III, chap. xvii).
De Jules Dupré, qu'il connut dès son premier séjour à Paris et pour lequel il professait le même sentiment que Bracquemond disant : « Vous le voyez au milieu de tous ces artistes plus ou moins célèbres, eh bien! c'est encore lui le plus fort de tous », de Jules Dupré Jules Laurens reproduisit quelques tableaux, mais seulement pendant les trois ou quatre années qui suivirent son retour de Perse. Je ne connais même pas de lithographies en dehors de celles qui figurent dans les Artistes contemporains (n"' 99, 114, 124 et 147), et le Salon (n" 4). Plus tard, bien phis tard, lorsque se firent les élections pour le Comité chargé d'organiser les expositions des Artistes français, le peintre et son interprète se l'evirent et échangèrent leurs souvenirs d'autrefois. Dupré se préoccupait de la reproduction d'un certain nombre de ses œuvres; il demanda à Jules I^aurens de s'en charger; mais celui-ci, accabléde besogne, désigna son élève Chauvel à l'agrément du peintre.
11 n'pvécuta aussi que peu de planches d'après Paul Flandrin, auquel
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pourtant l'unissaient des goûts conformes, un caractère analogue et une vive affection. Toutes ont déjà été citées.
Voici par contre d'autres litliographies : d'après Siniéon Fort, des Chevaux à retable, en couleurs ; d'après Gélibert, une Chasse au lièvre et une Chasse au. renard, en noir: d'après E. Gridel. deux estampes : Sauve qui peut (troupe de sangliers mis en fuite par une locomotive); Une patrouille en famille (sangliers sur la lisière d'un bois, s'avançant dans une plaine couverte de neige). Ces deux dernières œuvres furent toute la participation de J. Laurens au Salon de 1877, dans la section lithographique.
Henner confia à son ami le soin dp reproduire sur pierre sa Byhlis. L'estampe figura au Salon de 1868. Le peintre en était d'ailleurs si satisfait qu'il aurait voulu qu'elle parût dans d'autres expositions : il en témoignait du moins le désir dans une lettre de 1891.
Voici maintenant une image de piété, car tout mécréant qu'il fût, Jules Laurens ne répugnait pas à ces travaux. C'est une représentation de la Vierge, Sauvegarde des familles, pour la confrérie de Notre-Dame de Bonne-Garde à Longpont (Seine-et-Oise), d'après une peinture de l'abbé Lambert. .\ous avons, du reste, déjà vu que, dans son jeune âge, il avait aussi lithographie une Vierge d'après la statue de Santarelli, pour l'éditeur Roger, de Montpellier. On connaît aussi une Petite Histoire sainte de Venfance, par l'abbé Eysséric, imprimée à Carpentras en 1867 et illustrée de petits bois par Alfred Sargent. dont il avait donné les dessins. Un jour môme, un exemplaire en était tombé en Alsace entre les mains d'Henner, qui ne s'en était pas autrement étonné.
Il existe ensuite deux planches lithographiées par J. Laurens d'après Lobrichon:Le Rêve d'une jeune romaine, couchée presque entièrement nue, et A Vaube : celle-ci a été au Salon de 1867 avec le Cuirassier blessé. Une Jeune fille normande, d'après Maillart a été reproduite aussi en couleurs. D'après A. Pabst, on connaît les estampes représentant des Alsaciennes lisant des Nouvelles de France dans le journal de la République française, ou bien agenouillées au bord d'un clair ruisseau et
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tendant une fleur en criant : Ne irCoubUez pas. D'après la peinture de Pollet, une Peau cVâne à la fontaine. Preciosi a donné le sujet de deux chromolithographies : l'une, représentant un Écrivain public turc, lut exposée au Salon de 1875. Deux tableaux de Rossi, Toilette du matin et Toilette du soir, ont permis à Jules Laurens de traiter des scènes un peu galantes dans le genre Louis XVI; les estampes en ont été publiées en 1873 par la maison Goupil.
Théodore Rousseau était un des peintres poiu' lesquels il avait le plus de vénération : à son sentiment. Rousseau avait plus que du talent; les inégalités et les contrastes parfois déconcertants qu'il présentait, étaient passés au compte des '( profits pt pertes du génie ». Laurens fit sous ses yeux la lithographie des Chênes de la forêt de Belle-Croix, son plus beau tableau, disait-il. 11 exécuta encore d'après lui, sans compter les pièces déjà citées, une Sortie de la forêt de Fontainebleau, effet du soir. Puis il exposa aux Salons de 1865 et de 1888 deux estampes : la première était une Chienne perdue, luu'lant dans un paysage nu, poignant d'angoisse et de tristesse, l'autre la reproduction d'un de ses tableaux du Louvre. Quand Th. Rousseau fut décédé, son historiographe Sensier voulut faire une publication complète de son œuvre par la photographie : il y eut cependant deux toiles extrêmement importantes laissées à l'état d'ébauche, qui, avec leurs reprises et leur'S repentirs, restaient intraduisibles autrement que par la lithographie ou la gravure. Charles Jacque s'en vit confier une; Jules Laurens eut la seconde : Crépuscule en pleine forêt. Des difficultés s'élevèrent; après une longue séance de travail dans l'atelier du glorieux défunt, notre artiste n'avait exécuté qu'un dessin préliminaire quand tout fut arrêté. Son esquisse passa au Musée de Montpellier, puisque Jules L,aurens avait l'habitude de ne rien garder pour lui.
Malgré qu'il trouvât dans ses salons une société dont les idées, surtout en politique, se trouvaient en contradiction absolue avec les siennes, Laurens fréquentait le duc Elzéar de Sabran-Pontevès et lithographiait « trois do ses peintures, d'une exécution vraiment peu ordinaire chez