LITHOGRAPHIES DIVERSES
les amateurs ». C'était La Campagne romaine, dont une épreuve alla au Salon de 1876; la Villa de Fitou {Aude) et le Lac de Mnntriond [Haute-Savoie), que Ton vit à celui de 1880. Le duc, lors d'un voyage en Suisse, recueillit ensuite de «< jolies pochades », dont quelques-unes étaient destinées à être reproduites paj' le même lithoarapho; mais ses projets ne furent pas réalisés.
Après deux scènes exotiques, photographiées par V^ictor Trond et reportées sur pierre par Jides Laurens : Fabricants de jacas {paniers) et Pilage du café (numérotées 57 et 67), voici les dernières ostampes : une première d'après Van Marke, Vaches au pré (en chromolithographie; épreuve au Salon de 1875); une deuxième d'après Villa, Le lapin et la sarcelle: une troisième, les Bûcherons, d'après Alfred Van Muyden.
Cette énumération, quelque longue qu'elle soit, n'est pas complète. Il faudrait y ajouter des petites scènes de genre : Un coin d'office, Chats devant le feu, etc., d'après les dessins de Jules Laurens ; il faudrait y ajouter des études d'animaux telles que la planche en couleurs de Fitz gladiator : puis, des portraits, dont quelques-uns sont difficiles à retrouver, comme celui de l'organiste Adolphe Hess, dont je n'ai rencontré aucune épreuve dans les collections publiques, comme encore celui du meunier-sculpteur de Lacoste, Louis Malaquier, dont les œuvres barbares ont eu la bonne fortune d'être dessinées et lithographiées par Jules Laurens.
La dernière estampe qu'il aurait exécutée serait celle qu'il fit à Carpentras d'après un tableau de Craesbeke, conservé au Musée d'Avignon. Il n'en existe peut-être que deux épreuves : l'une, après avoir été au Salon de 1888, est venue rejoindre l'original. Voici la description que J. Laurens a donnée lui-même du tableau Elle est intéressante, car elle est vraiment caractéristique de la précision et de l'acuité de sa vision : « Contre le mur nu, délabré et crasseux d'un bouge, assis, mais comme près d'en glisser, sur un tonneau défoncé, vide, devant une table vermoulue où crépite la fin d'une chandelle entre un broc d'étain renversé et ouvert, un flacon débouché, une cruche égueulée, une corbeille, un soufflet, une bouteille à demi-sortie de son étui de roseau et une
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tète de mort privée de mâchoire inférieure fippuyée à un torchon et couronnée de quelques brins de paille, le sol jonché de débris de caries à jouer et de pipes, un pauvre hère est arrivé au dernier point de la misère, de l'ivresse, de lui-même et de la fin de toiit. Les cheveux hérissés et humides, le teint brillant d'une sueur d'agonie, l'œil vitreux, dont le scintillement s'émousse et se perd déjà dans le vide, il se cramponne faiblement de la main gauche, à la fois rude et molle, au bord du tonneau, <M de l'autre élève d'iinl)ras ankylosé son brCde-Queide éteint. La narine du nez dont la décomposition tuméne et enlumine l'acceul crochu, aspire encore la buée du cabaret, et les lèvres semblent déguster, par un tic habituel et suprême, la boisson et le tabac. Ce fantôme, ce haillon, cette ombre de misérable va devenir cadavre! Car, à sa gauche, par la porte dont elle lève le hoquet, survient, crâne Jiu, avec un lambeau d'étoffe en fichu, la Mort! Cela, exprime finement, magistralement, sur un panneau de 0"'32 sur 0'"25, avec un fin glacis de couleur quasi monochrome, piqué çà et là d'une pointe de pinceau plus solide, constitue un petit poème, grand de sentiment et d'nbsei'vation... »
Arrêtons-nous sur cette dernière œuvre. Aussi bien la liste qui vient d'être transcrite est suffisamment éloquente et il n'est plus besoin d'insister sur la valeur de chacun des numéros, sur la conscience et l'habileté du lithographe. Tous les artistes contemporains, qui à Paris dessinaient sur pierre, connaissaient du reste la science de son écriture, la perfection de son procédé et le mérite de ses productions. Combien fiu'ent-ils ceux qui gravirent les marches de ses ateliers, pour lui soumettre leurs propres travaux, lui demander d'utiles avis, le prier de mettre au point une planche dont ils n'arrivaient pas à bout! Combien furent-ils encore,, ceux qui. so consacrant jusqu'aloi's exclusivement à la peinture, furent