EAUX-FORTES EXECUTEES PAR J. LAURENS
' Chez Jules Laurens, surtout en la rue Bonaparte, on ne s'occupait pas seulement de lithographie et de peinture; « même avant que l'éditeur Cadart lançât son importante publication de la Société des aquafortistes, l'eau-forte, écrivit-il lui-même dans sa Légende des ateliers, coulait à flots dans mon atelier, sévissant, en outre des essais de Chauvel, avec un bel entraînement, où venaient prendre part Bracquemond, de Saint- Étienne, Jules Didier, de Curzon, Peigné. Pour mon compte de premier boute-entrain responsable [ainsi donc, c'était Jules Laurens qui en avait pris l'initiative], il m'en est, de cette crise, resté sur la conscience un assez grand nombre de planches plus riches de vertu, de jeunesse et d'amour, que de leur intrinsèque mérite. »
N'en déplaise à sa modestie, la plupart de ses eaux-fortes sont des plus intéressantes. Elles offrent d'abord ces qualités de dessin qui ressortent de la moindre de ses œuvres, elles ont ensuite une puissance de trait et d'expression qui les rend comparables à celles des meilleurs maîtres du XI X« siècle. Il aurait pu lui-même se consacrer davantage à cet art, à côté de son ami et collaborateur Bracquemond (se rappeler la lettre de Victor Hugo du 24 mai 1856); mais son horreur du calcul le rendait inapte à juger du degré d'intensité de son liquide. Il procédait donc trop souvent par tâtonnements et il lui arrivait de gâter des cuivres, d'abandonner des travaux commencés qui se présentaient mal.
Ses premières productions en ce genre, ou du moins les premières que nous connaissons, paraissent être les planches qu'il donna à L Artiste. C'est en 1858, une rivière bordée de peuphers des Environs de Rennes; en 1859, la Batteuse de beurre (tirage de Delâtre), d'après une de ses meilleures aquarelles d'Auvergne, aujourd'hui au Musée de Clermont- Ferrand; en 1860, Un cercle d'intimes (canards); en 1861, la Forêt de Fontainebleau ; en 1862, la Vachère â Vétable, d'après la superbe aquarelle