DE LA COULEUR DANS SES TOILES
sans les égaler pourtant, car ici, il faut se garder de tout ce qui aurait un air d'exagération. Cependant, au milieu de cette pléiade de peintres dont il étudiait les œuvres, dont il reproduisait les tableaux par la lithographie, quelquefois même par la peinture (1), il avait su garder son originalité et ne s'était inféodé à aucun parti. Il avait donc sa palette à lui. Il n'avait pas voulu qu'elle fût trop brillante et d'un éclat trop marqué : en fidèle disciple des théories de Bonaventure Laurens, il restait de ce côté presque classique. Les audaces des impressionnistes l'effrayaient et l'on ne pourrait que répéter ici ce qui a déjà été dit : c'est à l'harmonie des lumières et des ombres habilement disposées qu'il demandait ses effets
Si, dans ses tableaux d'Orient, les tons sont plus vifs et plus violents, en général dans les sujets qu'il reproduisit de France ou d'Italie ils sont beaucoup plus adoucis; la note, harmonieuse, reste discrète, aucune partie n'écrase la voisine. Aux accents forts il préférait les accents justes. De là, une discrétion, un charme <^légant. Pbis d'éclat cependant se révélait dans les tableaux de fleurs; mais ne faîlait-il pas faire chanter les rouges des dahhas sanguinolents, les blancs des chrysanthèmes neisroux, les verts ardents des feuillages en pleine sève, l'or et la pourpre de la végétation agonisante? Il semble aussi que la pâte de ces tableaux fût plus solide et plus consistante.
D'après les sujets représentés, on pourrait diviser l'œuvre picturale de Jules Laurens en quatre séries :
1° Les tableaux à paysage historique : ce sont ceux qui reproduisent dos aspects de villes, qui montrent des monuments et des sites célèbres, même ceux qui rendent une scène réelle ou légendaire dans un décor inspiré par des monuments existants. Telles sont à peu près toutes les toiles qui ont été composées d'après les croquis et les dessins d'Orient et qui ne sont parfois que la transposition de dessins originaux ;
(1) Le ^lusée de Carpentras conserve quelques-unes de ses copies : En Sologne, d'après Théodore Rousseau; Le Buisson, d'après Ruysdaël, et Le petit pouilleux, d'après Murillo.