TABLEAUX EXPOSES AU SALON DE
inférieur qu'il soit au talent de l'artiste, attirera-t-il l'attention d'un public injuste et distrait. Laurens n'est pas seulement un peintre fort et un lithographe hors ligne, c'est un puits de science, une mine de renseignements pittoresques. Ses cartons, qu'il commence à publier chez Goupil 11), sont un véritable trésor, où le peintre voyageur a réuni les plus beaux sites d'Europe et d'Asie. )•
\oi\k bien de quoi être fier! Pourvu qu'un petit nombre de personnes intelliarentes et éclairées fussent convaincues de sa valeur, qu'importaient à Laurens les applaudissements de la foule? Il savait que son œuvre était bonne : elle aurait le temps de conquérir, lentement, mais sûrement, les faveurs d'un plus grand public.
Dès cette époque cependant, la presse artistique, stimulée par des écrivains comme About, s'intéressa davantage à ses productions et ne manqua plus guère de consacrer des articles élogieux à ses expositions.
« Parfois, sur le chemin de Paris à Hispahan », qu'il faisait •( sans cesse, en Juif-errant du crayon, du pinceau et d'un peu de plume à l'occasion », il s'arrêtait « au Mont-Dore, ou moins loin encore à Marlotte ». C'est, dit Jules Laurens, ce qui lui arriva en 1868, pour ne plus mériter le reproche qui lui avait déjà été adressé à propos de ses toiles d'Orient, celui de refaire toujours le même tableau. Le Plateau <ï Auvergne et Dans la forêt de Fontainebleau n'étaient, d'ailleurs, annonçait-il, « qu'un prétexte à ces deux thèmes de la plus absolue unité, un ciel, c'est-à-dire l'espace lumineux, infini... où glisse toute une flotte de nuages; un bloc de végétation sombre, claustrale. «Au lieu d'une porte (( de soleil, les avenues n'avaient plus à leur bout qu'une éclaircie où « défaillait le vert, et les grandes futaies... n'ouvraient plus que des pro- « fondeurs d'ombre. » Ces lignes, d'un livre récent des frères de Concourt, décriv[ai]ent photographiquement la chose. >> La loi primordiale à laquelle il avait donc voulu obéir était la simpHcité d'idée et de forme : ses deux toiles en recevaient une impression forte et poétique.
(1) Il est ici fait allusion au Portefeuille de voyage, dont il a été question à la page 219.