LA MOSQUÉE BI.EUE A TAURIS
que baignés de soleil et sous un ciel d'une sérénité immuable. Il y a un grand accent de vérité dans cette peinture puissante. On la fouille obstinément jusque dans ses moindres détails et l'on en veut presque à l'artiste de n'y avoir rien laissé de vague, d'avoir eu la courageuse vérité de tout dire... v
Cette dernière phrase est, sous une forme très courtoise, une critique qui porte juste et que nous savons pouvoir être faite à d'autres compositions. Elle ne dut pas alors émouvoir Jules Laurens, au contraire : s'il avait ici soigné le détail autant que les grandes lignes, c'est qu'il avait voulu en même temps présenter un document sur l'architecture persane, trop méconnue jusqu'alors. La Mosquée bleue, avec son revêtement de faïences émaillées, était un des spécimens les plus remarquables de cet art et le peintre se chargera de la faire mieux connaître par le commentaire qu'il fera do son tableau. ;( Comme celle de Véraminn, écrira-t-il, elle s'écroule et s'émiette au jour le jour, fracassée et renA^ersée par les tremblements de terre fréquents de la contrée, la rigueur alternative des saisons, les dévastations et l'abandon. Mais admirable encore et intéressante jusque dans ses moindres détails, fragments de brique, tessons ramassés dans sa poussière, elle reste le plus pur, le plus noble des modèle? de la grande époque artistique persane vers le XV^' siècle. Depuis sa base en belles pierres rougeatres, depuis les hautes proportions de ses plans, de l'ouverture de ses baies, de l'arc de ses voûtes à ogive en légère pointe de cœur, celui du grand portail entre autres, jusqu'au plus élémentaire motif de son ornementation,, tout y est magistralement marqué d'un style d'élégance dans la force et de grâce dans la noblesse. »
La Mosquée bleue à Tauris a malheureusement perdu de sa valeur avec la disparition de certaines colorations intermédiaires; nous jugeons maintenant qu'il y a une opposition trop aveuglante entre le bleu profond du ciel, le bleu de la mosquée et le blanc éclatant de la neige. Déjà, en 1872, certains critiques d'art lui préféraient le second tableau exposé par Jules Laui'ens: les Jardins abandonnés d'Aschreff. Ils admiraient plus franchement la beauté du paysage, le charme et la luxuriance de sa