‹ Jules LaurensChapitre 173 sur 230 · SODOME » AU SALON DE · texte numérisé non relu

SODOME » AU SALON DE

végétation, les lormes superbes des arbres, qui, laissant apercevoir à l'arrière-plan divers édifices, produisaient un efîet monumental; ils louaient la parfaite exécution de l'œuvre et l'impression de « majesté mélancolique )) qui s'en dégageait. Il n'était pas jusqu'aux personnages, debout ou assis à l'ombre, vêtus de costumes brillants et coiiïés de hauts bonnets, qui, u diaprés de lueurs », n'aient paru ajouter une note intéressante. L'artiste avait senti en poète et s'était exprimé en peintre.

Le succès des tableaux de Jules Laurens allait d'ailleurs en s'affirmant de plus en plus. La Sodome, qui fut exposée au Salon de 1873, avec une autre toile : Au faubourg d'Eyoub (Constantinople), eut les honneurs d'un remarquable article de Paul de Saint- Victor, dans la Liberté du 3 juin 1873. On se rappelle que ce sujet avait été fourni par l'aspect de Kaschan, le soir où le peintre et le malheureux Hommaire de Hell avaient approché de cette ville. Voici l'article de Paul de Saint- Victor, qu'il faut absolument citer ici :

!t La femme de I^oth regarda derrière elle, et elle fut changée en une « statue de sel ». — De ce verset de la Genèse, M. Laurens a tiré un tableau d'un efïet grandiose, qui rappelle les belles scènes bibliques de Decamps. Une longue avenue, pavée de larges dalles, traverse la toile, elle aboutit aux portes de Sodome, entre d'énormes tours et de hautes murailles soutenues par de lourds piliers. Une seule figure y surgit : c'est celle de la femme de Loth, enveloppée d'une draperie de morte, qui se retourne immobile, à demi-vivante, à demi-sculptée, dans une attitude de désolation et d'efïroi. Au fond, on entrevoit les tourbillons de flamme qui dévorent la cité maudite. Une clarté sourde, douteuse, étouffée, plus sinistre que les ténèbres, faite des réverbérations de l'incendie et de l'éclipsé du ciel, s'étend sur la scène. C'est ainsi qu'on se figure le jour des planètes mortes, ou mieux encore, cette banheue de l'Enfer dantesque qu'éclairent les reflets lointains des feux éternels. Aucun détail, aucune dissonance importune n'altèrent l'impression solennelle qui se dégage de ce silence do mort, de cette solitude effrayante, de la statue tragique qui s'y forme, de la brume lugubre qu'exhale la ville foudroyée. On sent

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