TABLEAUX EXPOSES AU SALON DE
que toiite voix déjà s'y est tue, que les cris et les hurlements ont cessé, et qu'on n'y entend que les mugissements de la flamme mêlés aux craquements des édifices qui s'écroulent. J'avais un goût très vif pour le talent pittoresque et original de M, Jules Laurens, mais je no le croyais pas capable d'une conception si poétique et si haute. Le souffle de la Bible a passé sur lui et Fa élevé à une vraie grandeur. »
Ce tableau fut donné, deux ans après, par Jules Laurens au Musée de la ville d'Orléans; ce fut surtout en considération de M. Ed. Marcille, qui, après les malheurs de 1870-1871, avait consacré tous ses efïorts à sa réorganisation. Voilà comment notre artiste savait encourager ceux qui vouaient leur vie au culte et à la difîusion de l'art. Dire avec quelle joie sa générosité fut appréciée, serait inutile : les éloges donnés par Paul de Saint-Victor, répétés à Orléans <m cette occasion, ne purent que l'augmenter.
lia participation au Salon de 1874 (section de peinture) fut marquée par trois tableaux, dont deux reproduisaient encore des vues d'Orient qu'il excellait à peindre, selon le témoignage de Philippe Burty, dans la République française. Charles Clément, le critique très écouté du Journal des Débats, s'est chargé de nous les décrire et de nous communiquer les impressions qu'ils produisaient. Ce sont, affirmait-il, « deux très beaux ouvrages. L'un {A Tauris) représente un intérieur de ville persane, avec une rivière, les deux lignes de maisons qui la bordent, colorées de ces teintes chaudes qui vont du blanc de chaux jusqu'à l'orange foncé, ses monuments à l'architecture ample et pittoresque, la montagne, d'un si beau dessin, qui termine le tableau. Mais je lui préfère de beaucoup, avouait-il, une Vue du Bosphore, qui me parait être l'une des toiles les plus remarquables, du Salon. A droite et à gauche, so dressent de grandes tours rondes reliées par des murs crénelés qui descendent en formant des terrasses de verdure et laissent au milieu une échancrure, par laquelle on voit la mer d'un bleu intense et profond, et de l'autre côté les collines rosées de la rive d'Asie. La partie gauche est vivement éclairée et l'ombre des végétations du premier plan donne à ces grandes et pittoresques con-