‹ Jules LaurensChapitre 179 sur 230 · LE « TEMPLE ANTIQUE A VERKÈGUES · texte numérisé non relu

LE « TEMPLE ANTIQUE A VERKÈGUES

les herbes ont envahi les dalles du grand escalier qui conduisait au temple. A gauche, une vierge, à demi vêtue d'une tunique blanche et couronnée de lierre, est assise contre un chêne et tient ses regards fixés sur le monument.

Or, Jules Laurens avait, lorsqu'il dessinait les ruines, été profondément ému par la contemplation d'une statue antique à laquelle la bonne nature avait octroyé un vêtement somptueux. « Représentant une jeune femme, de grandeur naturelle, mais mutilée, privée de la tête et des bras, le haut de la poitrine de cette figure, une jambe et deux pieds apparaissent seuls par une tunique entr'ouverte, que maintient et relève sur la hanche gauche une ceinture libre. Nus et draperies nous apportent là... l'indestructible rayonnement d'un type de beauté parfaite... Mais voici que... les éléments... en grands artistes amoureux et comme pudiques, ont composé à la matière du divin fantôme un revêtement de parure et une gaine conservatrice. Le feu du soleil provençal, l'eau des pluies, les germes et les fécondations de la terre et de l'air ont teint les plis de son costume... sur le fond duquel sont serties en Hchens» cloisonnées, de toutes variétés de dimensions et de nuances, des rosaces d'or et des constellations d'argent ; et le Merre soutache le tout de ses broderies. »

N'est-ce pas qu'il devient évident que le peintre a rappelé à la vie cette figure inanimée, mutilée par les siècles? Il l'a rappelée à la vie terrestre et a idéalisé le décor où la pierre s'est muée en chair humaine, il l'a éclairé d'une lumière crépusculaire qui donne au paysage un aspect de rêve. Cette femme assise devant le temple, mais c'est le rappel de l'âme antique, c'est le symbole de la beauté qui survit dans les ruines. Ces restes d'un vieux monument, gardés par la nature qui les enchâsse dans ses arbres et ses arbustes, ne sont pas morts : tant qu'ils cons':rvent un reflet du génie antique, ils vivent et l'apparition que l'artiste a fait surgir est là qui l'atteste (1).

(1) Ces lignes étaient écrites (je n'en modifie aucune idée) lorsque j'ai retrouvé dans une suite d'articles que Jules Laurens écrivit dans V Hérault, de Béziers, sur L' Exposition des artistes cigaliers au Cercle des Arts libéraux, en février-a\ ril 1880, l'explication que lui-même donnait de

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