C:iché de M. R. RaDfhier
TEMPLE DE VERNÈGUES (Bouches-du-Rhône).
Tableau du Musée de Carpentras.
l'« ermitage de lumières >♦ 269
Évidemment la philosophie et le symbohsme ne sont pas des sujets à mettre ordinairement en tableaux et l'œuvre d'un Gustave Moreau, par exemple, devient froide, subtile et ennuyeuse quand elle s'y attarde. Il n'est cependant pas interdit à l'artiste de mettre, dans une composition déterminée, une idée philosophique ou symboHque. Mais alors, il faut qu'elle soit clairement exprimée ou facilement compréhensible. Dans le Temple antique de Vernègiies, le fait qu'elle a été diversement interprétée prouve qu'elle ne ressortait pas suffisamment. Toutefois, il est une quahté que les critiques lui ont reconnue unanimement : c'est le sentiment poétique qui s'en dégage avec une réelle intensité. Cela aurait dû suffire pour épargner au tableau des reproches injustes.
Avec V Ermitage de Lumières, Jules Laurens a voulu montrer que l'Orient n'avait pas seul le privilège de ces rochers abrupts, couronnés de verdure et abritant des habitations humaines. C'est le soir : deux oblats, au sommet des murailles, contemplent le couchant où le soleil vient de disparaître. « Sobre de ton », la toile montrait, « une recherche de la ligne et une sévérité dans le dessin, qui, selon le critique de Y Alliance des lettres et des arts, deviennent de plus en plus rares ». Comme pour beaucoup d'œuvres excellentes qui ne dévoilent pas du premier coup toute
son tableau. Je la reproduis ici comme document : « Le monument de Vernègues... présente une grande et riche variété d'aspects. Celui choisi par Jules Laurens est peut-être le moins développé, matériellement parlant; mais il répondait le mieux à la poétique picturale, surtout sous la lumière de la lune, plus apte a en dégager l'expression la plus distinguée, la plus intime et la plus t ouchante. Cette noble et élégante colonne corinthienne, se dressant seule encore sur un piédestal de décombres et comme dans un nouveau sanctuaire reformé et gardé par la végétation de chênes blancs et verts, de sycomores, de micocouhers, de figuiers, de toutes sortes d'arbustes et de plantes, ne dit-elle pas ainsi, avec toute sa beauté plastique propre et avec toute l'éloquence de la rêverie méditative où se recueille le spectateur, l'intérêt essentiel du sujet? Cette silhouette de pierres et de feuillages, pure, discrète et à peine caressée d'un rayon de l'astre nocturne qui, par contraste, inonde le sol, semble bien ne plus aimer à vivre qu'ainsi d'une demi-réalité et de sensations élégiaques. Enfin, l'âme du site entier, genms loci, personnifiée même par l'impression qui s'est imposée à l'interprétation du peintre, se manifeste dans la petite figure de Muse antique, que l'œil découvre, non du premier coup, assise et adossée au tronc d'arbre de gauche... Tel est l'hommage pieusement rendu par un enfant du pays à l'un des plus beaux coins de la Provence ».