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TABLEAUX EXPOSES EN 1882 ET

combien je préfère, soit le dessin d'une sincérité parfaile, soit le tableau, où les couleurs de l'artiste chantaient « l'exquis duo du gris et du vert ». En 1882, Jules Laurens prit une plus modeste part à la section de peinture du Salon : il n'exposa qu'un Souvenir du Bosphore, mais les critiques d'art s'y attardèrent encore avec un grand intérêt. Charles Clément lui reconnut « beaucoup de caractère et d'éclat. Au premier plan, sous de magnifiques cyprès, se trouve, écrivit-il, un kiosque, auprès duquel quelques personnages se promènent en causant (1). Au delà, on voit le Bosphore qui déroule ses eaux superbes, en tournant autour d'un promontoire couvert de constructions qui s'étagent jusqu'à son sommet. Les premiers plans de gazons, entrecoupés de parties sablonneuses, sont d'une exécution fme et charmante, qui contraste avec la facture puissante et pour ainsi dire ardente des arbres et des eaux. L'aspect de l'ensemble est très frappant. M. Laurens, ajouta le rédacteur du Journal des Débats, comprend et interprète admirablement l'Orient et son dessin correct et distingué, sa peinture solide et d'une extrême franchise, expriment avec beaucoup de vérité, de force, d'accent, un pays où les formes s'accusent nettement dans une atmosphère d'une extrême transparence ». Il n'y a rien à ajouter à une appréciation aussi compétente.

C'est encore un rappel de ces pays merveilleux d'Orient, où les vieux cyprès s'érigent avec une noblesse et une harmonie incomparables, qui fit l'objet du tableau de 1883 : Campagne de Constantinople. Je ne m"y arrêterai pas, pas plus que sur les Chrysanthèmes, qui lui tinrent une aimable compagnie.

Déjà depuis quelque temps, Jules Laurens avait quitté Paris pour s'installer en philosophe à Carpentras. Ses derniers tableaux avaient été exécutés dans cet atelier au large divan, installé à l'étage supérieur

{ 1 ) Les souvenirs de Charles Cl ment n'ont pas toute la -[ irécision voulue. La promenade est un exercice encore trop violent pour les O- ientaux. Dans le ta'ileau actuel, ils sont nonchalam ment assis ou couchés sur le sol.

274 TOILES AUX SALONS DE 1884 et 1885.

de Tagréable maison de la promenade des Platanes; les Chrysanthèmes avaient été caressés par le soleil de Provence et cueillis dans son jardin.

Dans les livrets du Salon, il n'avait pas encore marqué cependant qu'il avait déserté le champ habituel de ses exploits pour le pays natal. En 1884, il le nota et pour affirmer la joie qu'il éprouvait de se retrouver sur le sol où il avait fait ses premiers pas, il exposa un paysage de la région Carpentrassienne, ce qu'il n'avait guère fait depuis son retour d'Orient qu'une seule fois, en 1861. Désormais, il y reviendra plus volontiers et nous aurons à relever plus souvent de pareils sujets, alternant soit avec des vues de Turquie ou de Perse, soit avec des tableaux de fleurs.

Donc, en 1884, il présenta le Mo7it Ventoiix, qui passa ensuite, par donation, au Musée de Garpentras. « C'est un motif bien français », proclama Ch. Clément, dont le témoignage autorisé doit encore (qu'on me le pardonne!) être ici reproduit. On voit tourner sur le devant «un chemin poussiéreux... avec un petit berger et quelques moutons maigres qui broutent l'herbe rare; dans le fond... une vulgaire diligence qui s'éloigne, puis la plaine et la ville éclairées, et, au-dessus, la montagne arrondie » que couronne un nuage grisâtre, frangé d'argent. « A gauche, quelques arbres aux feuillages diversement colorés ; à droite, un autre arbre d'une structure très pittoresque, planté seul sur un rocher. Le sujet, comme on le voit, n'a rien d'extraordinaire. Mais l'artiste a mis tant de goût dans l'arrangement de la composition, tant de fermeté et d'ardeur dans la facture, une si forte et si harmonieuse couleur que cet ouvrage plaît et frappe vivement. »

Après une reprise des motifs orientaux avec le Souvenir d'Anatolie {Asie mineure), exposé en 1885, Jules Laurens revint l'année d'après sur un sujet à peu près analogue à celui du Mont Ventoux. La route de Carpentras à Bedoin est dominée par la même montagne et ombragée des mêmes arbres. Une simple Etude de fleurs complétait la participation du peintre au Salon.

On vit successivement les années suivantes, car il est temps de se hâter dans notre énumération :

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