COMPOSITIONS MUSICALES DE J. LAURENS
dans cette opinion que les Persans n'usent pas de la même échelle mélodique que nous et qu'ils recherchent, comme les anciens, leurs effets mélodiques dans l'usage d'intervalles autres que les tons et les demitons. J'avais déjà pressenti ce fait si intéressant, en entendant, l'an dernier, à la grande Exposition, une boite à musique persane jouer des airs du pays. Un de ces airs était tellement curieux et si foncièrement révélateur que, si j'avais été riche, je me serais payé cette boîte...
« Nous sommes à une époque où la connaissance de toutes les musiques spontanées, traditionnelles ou exotiques, s'impose. Assez longtemps nous avons vécu sur un système harmonique dont toutes les conséquences ont été déduites. Il est temps de mettre en ligne d'autres conceptions harmoniques, d'autres gammes : or, la musique populaire est une mine inépuisable et non exploitée... »
On pourrait dire que c'est grâce à la musique que Jules Laurens s'est marié. Bonaventure connaissait déjà depuis quelques années celle que son frère devait épouser, et s'il la voyait souvent c'était parce qu'il lui reconnaissait un vrai tempérament musical et surtout qu'il était en admiration devant sa voix. Il venait chez elle rien que pour l'entendre chanter. Jules accompagna un jour Bonaventure, fut séduit davantage encore, revint, et plus tard fut l'heureux mari d'une musicienne accomplie.
Retiré à Carpentras, plus hbre de son temps et en relations beaucoup plus suivies avec son frère aîné, il continua, peut-être plus qu'auparavant, à demander à la musique des satisfactions intimes. Déjà, depuis de longues années, il s'était exercé à des compositions mélodiques (il en existe avec la date de 1862), il s'y consacra davantage encore et mit au point une assez longue série de pièces de chant ou d'instrumentation pure. Il s'en était tellement caché que Bonaventure Laurens ne fut parfaitement renseigné qu'au début de l'année 1882. Quelle joie pour lui de savoir son junior s'avancer dans une voie où il était passé maître : « Enfin toi qui te mets à composer de la musique religieuse ! » lui écrivait-il le 17 février et il ajoutait en provençal, avec son enthousiasme naïf, qui amusait tant