CARACTÈRE DES COMPOSITIONS MUSICALES
le modeste Jules : « Mancaro plus qii'aco per immourtalisa li sant Laurens dins lou pays di tians\ Ei de fait que parlaran longtemps de nous autri. Il ne manquait plus que cela pour immortaliser les saints Laurens (la famille Laurens) dans le pays des tians (Carpentras). Il est de fait qu'on parlera longtemps de nous autres! »
C'était surtout pour lui-même, afin de s'exprimer des sentiments personnels et non pour en tirer vanité et faire apprécier ses talents, que Jules Laurens se livrait à son inspiration : a Si de tout temps, écrivait-il le 14 février 1898, je me suis laissé aller à écrire nombre de pièces de piano, violoncelle ou violon, de mélodies, etc., personne ne saurait trop me les reprocher, les ayant à peu près toutes gardées sous clef », et ne les ayant fait entendre, pour la plupart, à qui que ce soit.
Mais comme il se défiait de lui-même, comme il se rendait compte de l'insufTisance de son instruction musicale, il se résignait parfois à communiquer quelques morceaux à des juges compétents. Tel par exemple celui qu'il composa sur les vers d'Emmanuel Ducros à propos de son tableau. Le fond du ravin à Artemare, et qu'avant la publication il soumit à un de ses amis, A. -M. Auzende. « J'ai fait dans l'accompagnement, lui répondit celui-ci, quelques changements motivés par de légères incorrections d'écriture. Inutile de vous dire que cela n'a absolument rien à voir avec le caractère général du morceau qui est charmant et sur lequel je vous demande la permission de vous faire mes compliments les plus sincères. Le sentiment musical y est très intense et la contexture harmonique très serrée est en même temps très riche de couleur. Malheureusement, je n'ai pas pu trouver le tableau qui a motivé cela. »
Pendant les vingt dernières années de sa vie, ai-je déjà dit, il se passionna pour la réorganisation et l'accroissement des collections de la Bibliothèque-Musée de Carpentras. 11 poussa son frère Bonaventure à donner de son vivant à leurs compatriotes la très riche série d'œuvres musicales qu'il avait ramassées. Il prit soin lui-même de l'installer et en prépara le catalogue pour que l'usage en devînt plus facile. Il classa en même temps les lettres que Bonaventure avait reçues de nombreux