ARTICLES SUR LA PERSE
deur de vergers, dénicheur de falaise, rabouilleur des récifs. Il se tirait, du reste, assez résolument d'un mauvais pas. »
4*^ Tazièh ou lecture dramatique à Tauris, suivi de : Les portes Caspiennes {Haute- Perse), article signé Jules Laurens et publié dans le t. II de 1856, p. 295-298. Il est illustré de deux grands bois d'après les planches LIV et XGII de l'Atlas du Voyage en Turquie et en Perse.
Ce dernier article était sans doute la suite à un prochain numéro annoncée par Jules Laurens à la fin du précédent. Mais là s'arrêtèrent les récits de voyage et les impressions enTurquie et en Perse.L'auteur n'eut plus l'occasion d'y revenir dans U Illustration, si ce n'est deux ans plus tard (26 juin 1858), lorsqu'il commenta dans son Intérieur persanla Danse d'aimées dans un palais persan, gravée sur bois d'après le tableau de M. Schœft. Il en prit l'occasion pour décrire ces salles de miroirs et ces intérieurs qu'il connaissait si bien pour les avoir fréquentés; il rappela en même temps ses souvenirs sur les danseuses à gages des Persans, décrivit leur costume que M. Schœft avait, dans sa composition, quelque peu modifié ou arrangé, et expliqua ainsi la scène représentée :
« L'amour heureux ou malheureux, la jalousie, l'attente du bienaimé, tous les mouvements enfin de la passion, ceux surtout qui s'adressent aux sens, composent l'invariable sujet de la mimique chorégraphique. Là, rien de ces figures régulières et fausses de nos entrées de ballet, ne paraissant avoir d'autre but que la perfection abstraite d'une méthode. On y procède, par l'andante de passes et de torsions lentes et mollement rythmées, à une action graduellement animée jusqu'au vertige et capable alors, comme jadis Bathylle mimant les amours de Léda, de causer aux spectateurs des distractions dépassant les bornes d'une sensibihté purement pittoresque. Notez que, dans les principes des mœurs de la société persane, la continence est plus qu'un défaut; elle est un péché. Ainsi se balancent, se déhanchent, tournoient et trépignent ces vierges folles, Zorèh, Messounièh, Keyrénissèh, Touty, aux sons discordants du halaban, sorte de hautbois ou de clarinette aiguë; du schouteg, flûte-fifre; de la cytharèh, assez semblable au psaltérium du moyen âge; du kémantcha,
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violon; des tambourins en poterie, negarèhs, tambours de basque, etc., tandis que plusieurs assistants marquent une mesure quelconque, en battant des mains et psalmodiant des complaintes erotiques... »
Quelque quatorze ou quinze ans plus tard, Jules Laurens, après avoir encore présenté dans L' Illustration du 21 mai 1864 une Vue de Téhéran, écrira aussi de courtes notices sur les villes et pays visités par lui en Orient ; mais ce sera tout simplement pour accompagner la reproduction de ses tableaux ou de ses dessins dans Le Magasin pittoresque et en expliquer le sujet. On aura ainsi, de 1873 à 1882, Le5 Jardins abandonnés d''Aschreff, La Mosquée bleue à Tauris en Perse, V Intérieur de V acropole d'Amasserah (1876), un Monument taillé dans le roc à Amasserah (1876), les Murailles de Sinope (1877), les Murailles de Tauris (1877), un Campement kurde dans le Diarbékir (1877), UAt-Méidan ou grande place de Trébizonde {[877), Lac et forteresse de Vann [Arm.énie) (1877), Le Château génois sur le Bosphore (1879), Messemvria {Côtes septentrionales de la mer Noire) (1879), Adana {Asie- Mineure) (1882), Trébizonde {Turquie d'Asie) (1882), et peut-être d'autres encore que j'oublie (1).
Pour en finir avec cette série d'articles inspirés par les souvenirs du voyage en Orient, signalons encore : Un Persan à Paris et le Jettatore, dans Le Conciliateur de Vaucluse des 22 octobre 1859 et 4 avril 1863. La dernière nouvelle racontait les malheurs que provoquait l'approche ou l'attouchement du baron de M***, ministre de Hollande à Constantinople. Il faut en rapprocher Nazar-Endaz, Episode d'un voyaye e/^ Perse, qui parut dans la Revue d'Orient et fut réimprimé dans la Légende des ateliers : c'est l'amplification du récit que Jules Laurens avait adressé par lettre à son frère Bonaventure sur les circonstances ayant accompagné la mort de M. Hommaire de Hell. A l'amplification revue, corrigée et embellie, je demande la permission de préférer toujours la lettre écrite sur l'émotion du moment. Le Musée des Deux-Mondes publia enfin, au mois d'avril 1874, une Station de muletiers persans, avec un récit de
(1 ) Trébizonde est illustré d'un bois gravé d'après le dessin que je reproduis ici.
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voyage ; le Journal des Chasseurs donna La Chasse chez les Persans ; et La Vie à la campagne, des Pêcheries sur le Bosphore.
Un des derniers articles de Jules Laurens dans U Illustralion fut consacré à la région d'Auvergne située dans le voisinage de Tauves : c'est là, on se le rappelle, qu'il avait été emmené par son ami Alexandre Guillaume. Intitulée En Haute-Auvergne, cette notice a paru avec plusieurs dessins dans le numéro du 4 décembre 1858; elle a été reproduite plus tard dans le Journal pour tous. A la lire, on sent combien ce magnifique pays de montagnes, de verdures et de sources vives a séduit le paysagiste, on s'explique son enthousiasme d'artiste, on comprend les magnifiques œuvres qu'il produisit.
« Prenez garde de vous aventurer à la traverse, écrivait-il : le sol est souvent inondé jusqu'à l'état de fondrière et de tourbe par les gannes ou sources, qui aboutissent à se faire un lit collectif avec les chemins. Encaissés d'épaulements en grosses pierres, ces chemins, impraticables même dans la belle saison pour le piéton rejeté au-dessus, dans l'annexe d'un sentier parallèle, sont ouverts çà et là sur les propriétés de claydes, système de porte-barrière d'une naïveté biblique. Beaucoup serpentent en labyrinthes obscurs sous un berceau de noisetiers frissonnant au voisinage d'un gai ruisseau [rivau), puis agités soudain des bonds des caScatelles et même des cataractes.
« Quand le cours d'eau est la Burande, alors la scène prend un grand caractère, devient, qu'on me permette l'expression, tout à fait épique. Ainsi, à Trémevoux, site véritablement digne du pinceau de Poussin, elle est déjà d'une noblesse sévère; mais dans l'étroite gorge qui contourne la roche Corbière, sous Montant, elle atteint ce genre de grandiose sauvage, qui vous pénètre irrésistiblement de l'horreur poétique dont parlent les anciens et l'auteur des Contemplations. On retrouve avec douceur,
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au sortir de ce chaos d'escarpements, de ramées et de tourbillons, le coin de guéret, moins sublime peut-être, ma's ouvert au ciel et i-egardant fumer placidement les horizons, où le pâtre enfant, à moins que ce ne soit une très vieille femme, chante sur un mode de vilanelle et la ballade et l'idylle.
« C'est au carrefour de gorges et de ravins, dit les Lugans, qu'on peut admirer sans doute le plus parfait spectacle dû à la réunion, dans une heureuse mesure, de tant de divers et beaux éléments pittoresques. A côté de différentes masses végétales, la riche charpente du sol affleure en assises de terrain ou surgit en groupes de rochers disposés à souhait pour l'enthousiasme du peintre. En effet, un pays à hautes montagnes, à grande végétation, à belles eaux et d'une atmosphère douée de toutes les variations, n'est-ce pas une terre promise des paysagistes, réalistes comme stylistes, ainsi qu'on dit, je crois? «
Et plus loin : « Aujourd'hui, c'est l'été : la grande digitale empourpre les talus que tapissaient hier des essaims de violettes et que fleurira demain l'églantine. Au fond du ravin, comble de gras feuillages, bruit par intermittence éoMenne la chute d'eau et rythme le moulin tout attifé de bas en haut de tuhssages et de herre. Sur le fond de genêts des plateaux, peuplés de troupeaux multicolores, se reflètent en moires de clair-obscur les jeux infinis des nuages et de l'air. Il n'est pas jusqu'au champ du plus pauvre laboureur, battant chez lui le grain de la première récolte, qui ne rie sous le blé noir en floraison. C'est l'été :
« La terre luit; la nue est de l'encens qui fume. >
A cette notice il faut joindre l'article sur Les Monts Dore, que Jules Laurens publia, en 1884, dans U Alliance des arts et des lettres, puis dans La Vie à la campagne, et une nouvelle qu'il donna plus tard encore (avril 1891) à La Chronique de Vaucluse, sous le titre de : En Auvergne, Nanette. L'histoire qui est racontée ici a été attribuée par l'auteur à un certain « ami Paul », qui l'aurait débitée à un cercle d'intimes, réunis en