‹ Jules LaurensChapitre 20 sur 230 · DÉPART POUR PARIS · texte numérisé non relu

DÉPART POUR PARIS

il annonça sa résolution à sa famille et à Madame Mares. Son frère, désolé, fit tout au monde pour le retenir auprès de lui et l'empêcher de courir au loin les aventures. Madame Mares, qui aimait le camarade de son fils comme un de ses enfants, joignit ses objurgations à celles de Bonaventure ; elle le supplia de rester, l'assurant que s'il l'abandonnait, elle ne voudrait plus le revoir. Mais ni prières, ni menaces n'eurent raison de sa volonté, rien ne put l'ébranler. Il avait décidé de partir, de se livrer tout entier à un art qui le passionnait et pour lequel il se sentait des aptitudes particulières : il partit donc, léger d'argent, mais riche déjà d'un acquis important, riche de vaillance et d'espoir.

On pouvait d'ailleurs avoir confiance en lui, on pouvait faire crédit à sa bonne volonté, à son talent déjà éveillé, à son enthousiasme de bon aloi, à son caractère décidé et sérieux, à son désir de se suffire à lui-même et de devenir quelqu'un. Il n'avait que seize ans et demi. Qu'importait, puisqu'il se sentait assez fort pour triompher à peu près seul des difficultés de la vie et s'imposer par lui-même.

En tout cas, il ne devait jamais oublier ce qu'il devait à son frère Bonaventure et à ceux qui l'avaient accueilli avec tant d'affection à Montpelher. Il considérera toujours Bonaventure comme son véritable père intellectuel, comme son maître et son juge vénéré; il aura pour Madame Mares une reconnaissance filiale, il conservera avec gratitude le souvenir de ceux qu'il approcha et qui lui donnèrent leur estime, en parfaite connaissance deVsa valeur; il gardera même pour la ville de Montpelher des sentiments qui, sans être aussi forts que ceux qu'il eut pour sa ville natale de Carpentras, témoignèrent combien il se sentait débiteur envers elle.

Mais, pour le moment, il avait le courage de rompre ses affections, de dire adieu à ceux qu'il aimait, pour se lancer dans l'inconnu. Il ne consentait à accepter que des lettres de recommandation pour des personnages parisiens, amis de son frère, du D^" Lallemand, du peintre Baudouin et autres. De tout le reste, il se privait volontairement et fièrement.

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