ENTRE MONTPELLIER ET PARIS, PAR BORDEAUX
le récit d'un voyac^e en chemin de fer Entre Montpellier et Paris, par Toulouse, Bordeaux, Tours et Orléans. Les observations y abondent; les descriptions de divers aspects des villes et des campagnes y sont assez lestement faites. Mais déjà, s'intercalent de longues tirades philosophiques, des professions de foi, des réflexions plus ou moins appropriées. Il y a cependant, même dans ces hors-d'œuvre,des phrases extrêmement justes, telles celles-ci :
« Je remarquais avec peine, une fois de plus, combien, à moins de curiosité d'un fait accidentel, le spectacle désintéressé, poétique de la nature, est plus ou moins indifférent aux classes dites inférieures, absorbées qu'elles sont évidemment par les détails pratiques de la vie matérielle... Écoutez de pauvres gens, pauvres de cette existence matérielle, pauvres de développement intellectuel, vous ne les entendrez jamais, ne vivant qu'en eux, ne se préoccupant que d'eux, ne parler que d'eux-mêmes, rivés qu'ils sont aux misères de leur petite personnalité, de même que les malades et les enfants. La plus belle prérogative des grandes existences et des hautes intelligences n'est-ce pas, au contraire, de pouvoir se projeter, par les ressorts multiples et perfectionnés d'un corps libre et d'une raison libérale, dans la collectivité des hommes, des choses, des faits et du temps? »
La plupart des réflexions sont suggérées par la vue de tel ou tel spectacle. J'en détache seulement une : « Le cimetière de Bordeaux est un magnifique parc de platanes. Mais combien la grandeur et la vanité de ces lieux, dans les grandes cités, exprimées avec ostentation, le plus souvent par une somptuosité de mauvais goût, inspirent peu de touchante mélancohe et même de respect! On en sort écœuré : voilà tout. C'est parmi les simples tertres gazonnés et les croix de bois penchées d'un cimetière de hameau, abrité du mur moussu de l'antique chapelle, dans la retraite d'un vallon, ou en face des vastes horizons, qu'on trouve la seule digne poésie de la mort. Je l'ai ineffablement ressentie ainsi, en Bretagne, dans le plus humble enclos aux murs croulants et le sol couvert d'une neige de fleurs d'acacias. Des inscriptions à demi efTacées crient des
RÉCITS d'excursions ET DE VOYAGES. 307
profondeurs de rinconnii au solitaire passant : «Ayez pitié de moi! « Priez, priez pour une pauvre âme! » Ne serait-ce pas plutôt aux morts, me disais-je, d'avoir pitié et de prier pour les vivants? »
Plus tard (décembre 1868), Jules Laurens écrivit une notice sur Port- Roy al-des-Champs, qu'il avait été visiter avec Auguste Bonheur; il conta àa.n^\Q Journal de Montpellier {Q yâXiy'iQT idiQ'è) une Chasse au marais, ïdiiiQ entre Ham et Péronne; il donna OiW Magasin pittoresque en iSlS, un QiTi\Q\Q sur Les bords de VAvre à Nonancourt {Eure), pour accompagner le dessin d'un lavoir, au-dessus duquel il avait admiré « une petite cabane de bois, toute enguirlandée de plantes grimpantes, lierre, vigne vierge, houblon, clématite, capucine, chèvrefeuille, parures de sa vieillesse vermoulue ». Il en écrivit deux autres l'année suivante dans la même revue : Parc d'Arcueil, pour présenter une ancienne chapelle ombragée de magnifiques arbres; et Vitré {Ille- et- Vilaine), avec la vue des toits de cette petite ville «irréguhèrement étages les uns au-dessus des autres, dominant une ligne de remparts démantelés et dominés eux-mêmes par un massif de tours, de tourelles à mâchicoulis et à toitures coniques, de pignons aigus, restes de l'ancien château-fort ».
Les voyages qu'il exécuta en Italie après son départ de Paris lui procurèrent trop d'impressions, pour qu'il crût devoir les laisser consignées dans ses carnets ou ses lettres intimes. Il donna donc successivement, en 1882 et 1883, dans L'Economie domestique : De Carpentras à Rome. Feuillets de carnet trouvés dans un wagon de troisième classe, et dans V Indépendant de Vaucluse : Notes romaines. Feuillets de carnet trouvés sur la via Appia, entre le second et le troisième mille. Ce dernier journal donna ensuite (1884) : De Rome à Carpentras. D'autre part. Le Magasin pittoresque accueillit, avec quelques-uns de ses dessins, de brefs récits descriptifs, extraits de pages abondantes sur les antiquités romaines : Le Pied di marmo à Rome (1886), Promenades de Rome. Sur la place Subura (1887).
En même temps, Jules Laurens communiquait à cette dernière revue des dessins et des notes hur lô département de Vaucluse où il avait fixé