A PALESTRINA », NOUVELLE LITTERAIRE
grisonnants et mal peignés étaient retenus par un énorme peigne d'argent, et une ficelle soulageait ses oreilles du poids de lourdes et grandes boucles d'or. « Sono una vecchia disperata, disait-elle, mais j'ai été belle «et je revis dans mes filles».
Et en effet, ses deux aînées, qui se présentèrent, se trouvaient «semblables à deux admirables cariatides ou canéphores vivantes de toute la splendeur à la fois intense et sereine d'une triomphante jeunesse. La pureté de leurs traits, leurs beaux yeux noirs, la distinction native et vierge encore de toute leur personne, nous firent éprouver une émotion bien légitime... Ce qui ajoutait encore à leur réalité comme une vision d'idéal et un rayonnement, c'est qu'elles étaient entièrement vêtues de blanc. Leur camisole transparente, d'une coupe rappelant le péplum antique, laissait se dessiner les galbes généreux de leur fière poitrine. Leurs bras nus et pleins provoquaient la comparaison avec les plus parfaits modèles de l'art plastique. La physionomie de ces belles filles du Latium, nourries... de froment et de soleil, est inconnue toute autre part. Le style de grandeur numismatique des lignes du masque leur donne une sorte de sévérité qui impose.... Un collier de corail entourait d'un double tour leurs cous longs et polis. Dans les mouvements de nonchalance où la tête s'inclinait avec grâce sur une épaule de marbre, on enviait ce collier... Ainsi que le plumage du corbeau, leurs cheveux reluisaient de reflets bleus; une fine épée d'argent traversait le chignon, dont les lourdes nattes étaient étroitement enlacées, nouées serré, pourrait-on dire, avec un goût non moins heureux que fantaisiste. Enfin, sur les tempes et les côtés du cou se tortillaient des mèches vagabondes et folles. »
On croirait vraiment que Jules Laurens racontait ainsi ses propres souvenirs et décrivait des modèles vus par lui. Il est douteux que Drouet ait été aussi précis et aussi coloré et qu'il ait su communiquer son enthousiasme avec une telle conviction. Si réellement le fond du récit lui appartient (et cela reste douteux), l'art de l'écrivain a certainement transfiguré sa parole et donné à ses descriptions le charme et l'intérêt que l'on con-