BOUTADE » SUR PARIS
« Ce numéro trois... est un beau, découplé et avenant garçon, dont le pauvre costume ne parvient pas à disgiacier les charmantes formes de l'éphèbe prêt à passer jeune homme. Alerte, disert, l'œil fascinateur, chevelure demi-bouclée et lustrée, fine moustache, teint ivoire, on ne saurait posséder davantage le séduisant type de l'emploi; car c'est lui, qui, au débotté même, fait la tournée dans les maisons pour ofîrir les services des rétameurs... Que les farouches et les effarouchées, que les vieilles maîtresses et les jeunes servantes le renvoient la porte sur le nez, il rentrera en gymnaste par la fenêtre, ailes déployées et palpitantes dans le rayon de lumière et de vie de sa personne même, tout comme l'ange Gabriel ou l'Aymerillot qui prendra Narbonne de la Légende des siècles, et il n'en ressortira qu'avec une commande quelconque... »
Les Rétameurs, comme les autres nouvelles que j'ai déjà signalées, étaient l'amusement d'un philosophe observateur, le délassement d'un artiste, qui cherchait à se représenter toujours les faits d'une façon sensible. Mais ce ne sont pas de simples croquis, ce sont, surtout les dernières, des études très travaillées, où même les détails sont rapportés avec excès.
Notons encore, pour terminer cette série, une Boutade sur Paris, qui parut dans le Journal de Montpellier, en 1864 et 1865. C'était la virulente énumération de tous les désagréments de la capitale, surtout pour un provincial qui n'y a aucune famille. « De la part de ceux pour qui Paris n'offre ni foyer ni famille, il ne saurait, écrivait-il, être apprécié que par intérêt ou curiosité. C'est la lanterne magique du monde entier, dit-on avec éloge; on y entre, on y regarde, on en sort, y ayant fait ou défait ses affaires: toujours payant, avant, pendant et après; mais, je le répète, on n'y vit pas. A moins d'absolue nécessité, il faut y venir, mais ne pas y rester. » Et il terminait à l'adresse de ceux que le mirage de la grande ville pouvait attirer : « Gardez votre verger ou celui de votre voisin. Paris n'a ni verger, ni voisin. N'abdiquez jamais de l'espace des vertes plaines et de l'horizon de bleues montagnes qui environnent votre clocher natal. »