LE BARBIER DE SUZE, ETUDE DE GENRE
Jules Laurens savait combien il était vrai; il le donna à nouveau, au mois de juillet 1884, dans un journal de Carpentras, Le Mont-Ventoux. Mais il le chargea d'additions, ce qui était malheureusement dans ses habitudes, et lui enleva, avec sa légèreté, une grande partie de son charme (1).
Aussitôt après le Chat angoula, dont le succès avait été si grand, il composa Le Barhier de Suze [Drôme) et publia cette nouvelle « étude de genre » dans L'Hérault, journal de Béziers (février 1881). Plus longue, plus compliquée, elle vaut infiniment moins : les trop nombreuses réflexions bizarres, les interminables récits en langage macaronique du barbiervannier Théodule-Pancrace-Narcisse Tarbout et de son voisin Gustin, finissent par fatiguer. Il y a cependant des expressions bien amusantes, qui ont dû être véritablement entendues par Jules Laurens (il se met encore en scène), telles que celle-ci :
«Eh! insistez- vous donc {comprendre : asseyez- vous) comme il fot, dessur une ceise, supériorement et peusiblement. »
Ou bien : « C'é un homme très conséquent par lui-même et pourtant bien affable et amicable et, quoique pas rice à la Crésus, pourtant bien servissable ossi... Ze veux dire servicieux. Voyez, feit' escuse, pas vrei? Ces zours-ci ze mé trouve particulièrement entrepris du rhume de cervo ; ze mouce, ze mouce et ça i m'ote la mémoire pour parler convenablement lé franceis... » Que serait-ce donc en temps ordinaire?
Et encore : « Et à Aouste donc ! il m'en ei' arrivé une autre forte ! J'éteis dedan'un cabaret qu'on servei' ossi à manjer, quan' il entre un eustansieur [faiseur d'embarras] de quelque pëys du nord, qu'il s'attable, démande dé ceci et dé cela et dé tout, en véritable prénce, quoi! qu'il n'en finisseit pas; enfén et même qu'il reclame-t-il pas jusqu'à une seurviette! Ossitôt à mon tour : «Garçon! que je feis, donnez-m'en « deusses de seurviettes pour moi tout seul! je puis payer.» Et, du coup,
(1) Au moment où je corrige les épreuves de ces pages, m'arrive Le Provençal de Paris, n" du 2 janvier 1910. Après un article très intéressant de M. Jules Belleudy sur Jules Laurens écrivain. est commence en feuilleton une nouvelle édition du Chat angoula.