RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES ET MORALES
ça VOUS a rabattu son plumet rasibus, à ce bo monsieur... — Oh! bien moi, quand j'ei-t-été à Orange, y avei' à la Brasserie nouvelle... une cantatrice, que lorsque çanteit, elle y alleit de toute sa voye comme s'i lui sembleit que c'étei' arrivé. Elle seurreit les dents! Ohi! qu'elle çanteit bien! I vous feiseit des eusercices de la voix qu'on dit des vocalisses sans mé flatter, dont peursonne n'a pu encore rivaliser et qu'ils vous procurent un pleisir bougrement sensible! Ossi, diantre! l'entrepreneur de l'établissement i lui compteit, pour çaque soirée, trois francs et dix-vuit sous, pas mouins. »
Mais il y a beaucoup trop d'anecdotes diverses; il n'y a plus hélas! de chat « angoula », pour être l'objet presque unique de la conversation.
Il était d'autres réflexions plus sérieuses, d'autres observations plus philosophiques, que Jules Laurens consignait dans ses fameux carnets. Son scepticisme, sa critique s'y faisaient impitoyables : son esprit allait jusqu'au fond des choses et cherchait la réahté sous les apparences, sa plume dégonflait les outres pleines de vent, son scalpel disséquait, mais parfois son crayon croquait aussi une jolie scène.
11 ne craignit pas d'en faire part au pubhc, soit d'une façon anonyme, soit sous sa signature. La première série qu'il donna ainsi est intitulée : Pensées d'un homme de trente-cinq ans. Elle parut dans Le Conciliateur de Vaucluse, en 1860 et 1861. On y trouve des maximes comme celles-ci : « Croyez peu au cœur, à la bourse et à la main des gens se disant prêts, à tout propos, à donner leurs larmes, leur fortune et leur sang, au moment même où on ne leur demande que... des nouvelles de leur santé. — On préférera votre amabilité en détail à votre vertu en gros. — L'amour, qui est une religion aussi, comporte beaucoup d'hypocrisie, et la plus grande de toutes, puisqu'on est souvent hypocrite jusques et surtout avec sa divinité même. — Notre trop célèbre feuilletonniste dramatique,