PUBLICATION SUR INGRES
prétexte que le manuscrit renfermait des négligences de style, ou plutôt « des tournures particulières, des ellipses un peu vives, etc., auxquelles on ne trouverait rien à dire si elles étaient signées Concourt », M. Alboise renvoya le manuscrit à M. Durand. Celui-ci, investi de la pleine confiance de son ami, mit, comme il le disait, « un corset de pédagogue» à certaines phrases, «au risque de les rendre moins vivantes »;il le fit d'ailleurs avec le plus de discrétion possible. A cette publication il prenait en effet un intérêt personnel, car, à son jugement, l'œuvre de Jules Laurens était fort intéressante « et même, par ci par là, émouvante ».
Une première série (le tiers du manuscrit environ) parut dans le n° de L'Artiste d'avril 1892, sous le titre : A propos d'Ingres et avec bien entendu la signature de Jules Laurens. Le directeur de la revue avait l'intention de donner la suite; mais, pour illustrer ces souvenirs, il demanda à l'auteur de « crayonner sur la pierre un dessin d'après un tableau d'Ingres, de préférence choisi parmi ceux qui n'ont guère été reproduits et que certains de nos contemporains affectent de dédaigner. » Laurens proposa aussitôt « le croquis original d'un fragment du Romulus, qui fait face à l'hémicycle de P. Delaroche, de cette œuvre si extraordinaire qu'on dirait peinte, en pleine école Drolling-Blondel-Picot, par un Parrhasius ou un Timante. » Ce fut accepté, mais hélas! \q Romulus ne fut pas édité. Mieux que cela même, les anecdotes qui parurent dans U Artiste du mois d'octobre 1892, avec toujours la signature de Jules Laurens, se trouvèrent « tripatouillées » un peu trop fortement et augmentées de quelques phrases qui n'étaient pas dans le manuscrit. Il y en avait une, particulièrement, qui était presque inconvenante pour Paul Flandrin, dont on sait les relations d'affectueuse amitié avec Jules Laurens. M. Emile Durand se hâta de protester et exigea que le numéro suivant du journal contînt une rectification et mît sur le compte d'une erreur de mise en pages l'insertion avant la signature de Jules Laurens d'un certain nombre de notes, dont il n'avait pu contrôler l'authenticité et dont quelques-unes paraissaient fausses et se trouvaient fâcheuses.
Il se produisit donc un froid entre l'éditeur et l'auteur et le reste des