‹ Jules LaurensChapitre 219 sur 230 · BIOGRAPHIE DE BONAVENTURE LAURENS · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE DE BONAVENTURE LAURENS

Jules Laurens avait eu le regret de perdre son frère Bonaventure le 29 juin 1890. Si l'on se rappelle l'affection qu'il avait eue pour lui, la reconnaissance qu'il lui avait vouée, l'admiration qu'il avait professée pour ses talents variés, on ne s'étonnera plus qu'il ait essayé de faire revivre sa mémoire. J'ai déjà dit qu'avec les renseignements fournis en grande partie par lui, M. Emile Durand avait consacré au défunt dans L'Artiste une étude élogieuse et tout amicale. En préparant le catalogue de la collection musicale laissée par Bonaventure à la Bibliothèque de Carpentras, Jules Laurens entreprit d'écrire à son tour le volume, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Selon lui, une biographie, même celle d'une personne n'ayant pas atteint la célébrité, a en efîet l'avantage « de figurer et cataloguer historiquement, biologiquement et socialement, un des types» de l'humanité. Elle reste « comme un de ces piliers, dits témoins, dans les gisements de carrières ou de mines. » Qu'est-ce donc quand un tel livre a trait à un homme si extraordinaire dans sa sphère?

Cependant, par un sentiment de discrétion fort compréhensible, il n'avait pas osé se mettre lui-même à la besogne et célébrer un personnage qui lui tenait d'aussi près. Il demanda à un ancien professeur de lycée, M. Antoine Seguin, de prendre pour base l'étude de M. Emile Durand et d'utiliser les documents qu'il pourrait lui mettre en mains; si cette biographie ne devait pas être publiée, le manuscrit en serait conservé dans la Bibhothèque qui s'enrichissait de ses libéralités. Il y aura tout absolument, disait-il à ce propos, tout jusqu'à la poignée de gruau que Rabelais jeta à la face d'un de ses compagnons de table, qui prenait des notes sur lui, en s'écriant : « Mettez-y donc ça aussi! «

Le collaborateur sur lequel il avait compté n'arriva pas au bout de sa tâche. Jules Laurens la reprit donc, cette fois sans hésitation; il eut la joie, à la fin d'avril 1896, de mettre son œuvre sous presse. Je

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