‹ Jules LaurensChapitre 22 sur 230 · PREMIÈRES RELATIONS A PARIS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES RELATIONS A PARIS

« — Baudouin! mais c'est mon camarade. Eugène Cicéri, mais c'est moi-même!

« Véritablement ému, je pus à peine ajouter que j'avais aussi de mon frère une lettre pour Eugène Isabey.

« — Eugène Isabey! Mais c'est mon oncle! {])

« Une autre lettre pour Jules Dupré.

« — Jules Dupré! Mais c'est mon voisin d'atelier et il passe autant de temps chez moi que moi chez lui ! »

Et voici la connaissance faite : Jules Laurens rappelle que, presque enfant, il a copié des lithographies et peintures de Cicéri : il n'en faut pas plus pour nouer des relations qui amenèrent une solide et durable amitié. Tout d'ailleurs semblait devoir les rapprocher, tout sauf le tempérament, exubérant chez l'un, timide chez l'autre; ils avaient les mêmes goûts, la même ardeur et le même enthousiasme, ils traitaient à peu près les mêmes sujets par les mêmes procédés, Cicéri avec une verve endiablée et un esprit des plus fins, avec une impeccable fermeté de touche, Laurens avec plus de conscience et de sincérité.

Les fameuses lettres de recommandation emportées par le jeune homme devaient avoir à peu près partout le même succès, sauf chez George Sand, où il ne put triompher de sa sauvagerie et surmonter sa timidité, sauf encore chez le baron Taylor. Celui-ci, d'ailleurs, était d'un caractère qui déplaisait souverainement à Jules Laurens; affectant une protection autoritaire et blessante, il était au fond assez vilain. Bonaventure Laurens, qui était déjà depuis quelques années en rapport avec lui, et collaborait à la publication de ses Voyages pittoresques et romantiques dans Vancienne France, n'avait pas manqué de lui envoyer son jeune frère. Jules se présenta à l'une de ses réceptions du dimanche, avec plusieurs des études qu'il avait exécutées dans la forêt de Fontainebleau :

« — Mais c'est très bien, c'est parfait», s'exclamait le baron, au milieu

(1) La sœur d'isabey avait épousé !e peintre décorateur Luc-Charles Cicéri (1782- 1S68), dont les œuvres les plus connues sont la restauration du théâtre de Cassel pour le roi Jérôme et la décoration des fêtes pour le sacre de Charles X .

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