EN LOGE POUR LE GRAND PRIX DE ROME
de ses nombreuses maisons près du Marais, entretint avec le jeune artiste une correspondance abracadabrante et finit, lorsqu'il revint à Paris, par lui proposer de lui laisser en héritage tous ses millions s'il voulait vivre en sa société et l'accompagner dans ses voyages continuels. Jules Laurens n'était pas apprivoisable de cette manière, il refusa sans hésitation d'aliéner sa liberté, détourna les yeux du mirage tentateur et n'eut même pas l'ombre d'un regret lorsque, quelques courtes années après, il sut par les journaux la mort de son fantasque ami et le legs de son immense fortune à divers hôpitaux de Paris et de la province.
L'exemple de son intime ami Cabanel, qui affronta en 1845 les grands concours de l'Ecole des Beaux-Arts, le décida à prendre part, lui aussi, avec une audace qui pouvait être taxée de présomption, au concours de paysage historique, doté d'un prix de Rome. Il était assurément le plus jeune de tous les candidats, mais qu'importait! Il ne comptait que juger de la force du concours et mesurer sa propre valeur, sans aucune prétention à enlever d'emblée le succès. Le voici donc par une belle matinée du printemps de 1845, s'attaquant à une première épreuve, esquisse peinte sur toile de 8, qui devait être exécutée dans la journée. Sujet : La Fuite de la Sainte Famille.
Sur une centaine de concurrents, plus de quatre-vingts se trouvèrent d'abord éliminés. Avec quinze autres jeunes gens, Jules Laurens, classé deuxième, fut admis aux trois autres épreuves éliminatoires : l'arbre, l'académie et la perspective. Nouveau triomphe de notre jeune artiste : troisième au classement général, il entra définitivement en loge, où pendant trois mois, il eut à traduire sur la toile le programme qu'on lui remit : La Rencontre (V Ulysse et de Nausicaa. C'était un honneur pour l'atelier de Paul Delaroche; aussi le maître, après avoir vu l'esquisse de son futur tableau, ne ménagea-t-il pas les encouragements et les conseils à son brillant élève.
Avec Jules Laurens se trouvèrent alors concourir pour l'épreuve définitive le fashionable Lecointe, qui devait plus tard emporter le prix ; Achille Benouville, déjà deuxième grand prix, et dont le frère.