PROPOSITION DE VOYAGE EN PERSE
quand, un beau jour, dans son étroit atelier de la rue de Seine, il reçut la visite de son ami et ancien condisciple Férogio. Férogio s'installa devant une table pour feuilleter les livres et revues qui l'encombraient, tournant le dos à Jules Laurens qui continuait un dessin commencé. Une conversation quelconque s'engagea plus ou moins suivie; sans l'interrompre, Férogio passa par dessus l'épaule à son camarade un chiffon de papier, sur lequel il venait d'écrire au crayon : « Voulez-vous aller en Perse? »
Laurens lui re tourna par la même voie : « Oui, pourquoi pas? »
Nouveau voyage du petit papier ainsi complété au verso: « Eh bien! alors, allez de ma part, avant neuf heures du matin, à l'adresse suivante : M. Hommaire de Hell, rue Bellechasse, rP ... »
Cependant la conversation languissait : « Zut! Je m'embête, s'exclama Férogio, selon sa louable habitude, je file. Adieu. »
Jules Laurens l'arrêta sur le seuil : « Qu'est-ce que c'est que votre plaisanterie orientale?
« — Mais ce n'est pas le moins du monde une plaisanterie, c'est très sérieux, si vous le voulez. Vous savez que j'ai lithographie pour M. de Hell la plupart des planches de son ouvrage : Les Steppes de la mer Caspienne (1). Gomme il vient d'obtenir une nouvelle mission du gouvernement, il m'a fait part de son désir de s'adjoindre un jeune artiste peintre. Il devait emmener le fils Varcollier, mais sa mère se désole; la Perse, c'est le bout du monde, la mort certaine. Alors j'ai parlé de vous. Voyez si vous voulez profiter de l'occasion et courir le monde. »
Poussé par la curiosité, Jules Laurens, passant dans la rue Bellechasse, alla se présenter à M. de Hell et le dialogue suivant s'engagea en présence de Madame de Hell, poète à ses heures et écrivain distingué :
« Avez-vous déjà monté à cheval? — Non.
« Souffrez-vous du mal de mer? — Oui.
« Portez-vous toujours de la flanelle? — Non.
( 1) Férogio exécuta 20 des 25 planches que contient l'Atlas historique publié en 1844.